Sur un plan plus personnel, il m’est arrivé de me définir comme « un produit hybride » du protestantisme, c'est-à-dire que j’ai reçu la foi au sein de l’Eglise adventiste du 7e jour, été sensibilisée très tôt dans mon milieu familial à la rencontre avec différents chrétiens et d’autres croyants, évolué au travers de plusieurs courants protestants. Tout cela pour dire que, comme beaucoup de personnes, je tiens à rester fidèle à certaines de mes racines et suis reconnaissante de ce que j’ai reçu et reçois ailleurs. Je crois avoir le goût des lieux carrefour et suis allergique aux étiquettes, surtout à celles que l’on voudrait vous coller de manière définitive !

Qu’est-ce qui vous a incité à rejoindre la Mission populaire évangélique et à postuler au poste de la Maison Verte ?

J’ai d’abord eu une connaissance théorique de la Miss pop, forcément en faisant un peu d’histoire du protestantisme. Puis j’ai découvert « en vrai » une fraternité, celle de Trappes, où j’ai entendu témoigner des bénévoles, des « usagers », venant d’horizons et milieux divers, sur le fait de trouver leur place à la Miss pop. Un entretien avec Robert Mollet, alors en poste à Trappes, m’a profondément marquée et a nourri l’idée d’un engagement de terrain conjugué à un accueil inconditionnel. J’ai reconnu dans les propos du pasteur Mollet une cohérence dynamique, pourtant sans illusions, entre Evangile et service. Arrivée à un tournant de ma vie et de mon parcours professionnel, j’ai senti que c’était le moment de basculer pour répondre enfin à cette aspiration. La Mission populaire évangélique s’est alors imposée à moi naturellement. L’appel à candidature pour le poste de la Maison Verte a été le dernier déclic pour postuler.

Comment voyez-vous la Maison Verte ?

Je suis impressionnée par sa longue et belle histoire (140 ans déjà !), des héritages très riches qui n’ont pas fini d’inspirer ses orientations actuelles. Elle incarne aussi un état d’esprit porté par des personnes d’aujourd’hui, un sens de l’accueil qui se travaille et se recompose au quotidien. Et quel lieu de vie(s) ! Par les différentes activités et animations qui s’y tiennent, par les personnes elles-mêmes, qu’elles soient comme on dit « usagers », bénévoles… Pas deux journées semblables à la MV ! Je la perçois aussi comme un lieu-refuge de personnes, de valeurs aussi. Cette idée de « refuge » me paraît essentielle face aux multiples précarités, aux tensions contradictoires auxquelles sont soumis les plus fragiles. A la MV, on aime faire la fête et vivre la convivialité, une dimension non négligeable pour accueillir et communiquer de l’espoir. Le fort rayonnement de la MV, inscrite dans différents réseaux, est à cultiver et développer, l’enracinement local restant prépondérant puisque la MV remplit une mission de maison de quartier. La culture du débat et de la réflexion ont nourri des engagements de la Maison Verte. Je compte bien proposer au Conseil d’administration de la MV des rendez-vous et des animations dans ce sens.

La Maison Verte est aussi une paroisse de la Mission populaire évangélique. Comment s’articule pour vous cette dimension ecclésiale ?

Je m’y engage comme laïc, c'est-à-dire que je ne suis pas pasteur, mais mets au service de la paroisse locale du temps, une contribution à la prédication, à la catéchèse, à l'accompagnement, à l’animation de la vie spirituelle et ecclésiale. Cette nouvelle configuration à la Maison Verte peut déstabiliser lorsqu’on est très attaché à la figure pastorale. Cependant, le ministère pastoral peut se décliner autrement, et « faire église » demeure toujours une aventure collective ! D’ailleurs pour la Miss pop, que l’on soit pasteur, directeur, on est tous « équipiers ». Et à la Maison Verte, nous ne manquons pas de pasteurs, ni de liens avec d’autres paroisses. Cette vie d’église doit donc s’élaborer à plusieurs, ce qui était déjà le cas avec Stéphane Lavignotte. Et si on se reposait davantage sur Stéphane puisqu’il était pasteur-directeur, nous allons à l’avenir faire tous ensemble un peu plus l’expérience du sacerdoce universel !