Des moments forts

Parmi les moments forts de cette journée: le récit du sauvetage de 90 enfants juifs durant la seconde Guerre mondiale. Aux côtés de témoins de l'époque, dont des personnes ayant participé à cette opération, Renée Joussellin - l'épouse de Jean Jous- sellin (photo ci-après à gauche) à l'époque pasteur de La Maison Verte a raconté comment avait été organisée la mise à l'abri de ces enfants du quartier ayant échappé à la rafle du Vel d'hiv. "Au printemps 1943, leurs parents sont venus nous demander d'organiser un accueil pour leurs gosses durant tout l'été", a expliqué Renée. Leur demande a été immédiatement prise en compte. En partenariat avec les Eclaireurs Unionistes et les Eclaireurs de France qui possédaient conjointement le Château de Cappy près de Compiègne, La Maison Verte a assuré le départ de ces enfants en colonie de vacances à la fin de l'année scolaire au milieu d'autres jeunes. "Mais lorsqu'il a été question de rentrer à Paris en septembre, des parents nous ont dit: notre vie est trop difficile, pouvez-vous garder nos enfants?", a poursuivi Mme Joussellin. C'est ainsi que Cappy s'est transformé en maison d'enfants durant l'hiver 43-44 où les plus jeunes restaient au Château et les plus grands allaient à l'école du village. Et ce jusqu'à la Libération.

Mais le plus surprenant de ce récit, c'est la façon dont ces enfants ont vécu cette période. Mis à l'abri mais pas cachés, tout en gardant leur identité, ils ont pu mener une vie normale, jouer en plein air, faire des ballades, sans jamais être inquiétés par l'occupant, grâce à la complicité passive des habitants du village, du maire et du directeur de l'école.

"On était conscient du danger, mais on a fait notre devoir, notre responsabilité étant de ramener tout le monde à la Maison sain et sauf" a indiqué Mme Joussellin avant de conclure sur ces mots du pasteur Joussellin : "Seigneur, je n'ai perdu aucun de ceux que tu m'as confié".

La grande période des années 70

Sur le thème des engagements de l'après- guerre, les témoignages de Vérène Hédrich - l'épouse de Charly Hédrich pasteur de La Maison Verte de 1969 à 1980 - et de son fils Pierre, ont permis d'évoquer la période des années 70. Mme Hédrich a décrit une Maison ouverte à tous, de 9 heures à 22 h et parfois au delà, pour accueillir les classes populaires en souffrance.

L'objectif étant, a-t-elle affirmé, de "donner la voix aux gens sans voix" en leur offrant un espace de liberté et de confiance où ils peuvent s'exprimer et se redonner courage pour mieux affronter leurs difficultés. C'est l'époque également où La Maison Verte a ouvert ses premières braderies pour permettre aux familles nombreuses et aux personnes âgées de se vêtir à bon marché.

De cette période, l'histoire retiendra également que La Maison Verte a servi de lieu d'accueil pour la veillée funèbre de Pierre Overney, ce militant d'extrême gauche assassiné en 1972 à la sortie de Renault ainsi que ses nombreuses actions de solidarité avec les victimes des dictatures d'Amérique Latine. C'est avec beaucoup d'émotion que Pierre Hédrich a évoqué le pianiste argentin Miguel Angel Estrella qui dès son arrivée en France après trois ans d'emprisonnement, est venu à La Maison Verte rejouer ses premières notes.

Autre temps fort de cette période : le lancement du quotidien « Libération » dans la grande salle de La Maison Verte en janvier 1973 au cours d'une conférence de presse présidée par Serge July et Jean-Paul Sartre. L'un des fondateurs du journal, Antoine de Gaudemar, présent à notre journée, a raconté la période qui a précédé son lancement et notamment les discussions très vives, et parfois houleuses qui ont eu lieu dans cette même salle.

Les nouvelles initiatives

"Nos engagements aujourd'hui", c'est sur ce thème que s'est achevée cette journée, autour d'une table ronde à laquelle ont notamment participé un élu du groupe Europe Ecologie, Sylvain Garel et une représentante de la Ligue des droits de l'homme, montrant ainsi leur intérêt pour les actions menées par La Maison Verte et celles à mener en commun. Cette table ronde a mis en lumière une série de nouvelles activités récemment initiées par la Maison en matière culturelle, d'insertion, ainsi que d'hygiène de vie et d'alimentation en faveur des personnes en difficulté.

Parmi les initiatives culturelles, l'installation en décembre dernier d'un ciné club "inclusif" dans les locaux de La Maison Verte, ouvert une fois par mois, particulièrement destiné aux personnes en situation de handicap et, où chaque film est sous-titré et audio-décrit, et sa projection suivie d'une rencontre avec des artistes, comme l'a expliqué Catherine Bonamour du Tartre, coordonatrice de ce projet, parrainé par François Cluzet.

Dans le même esprit, Anne-Charlotte Simb a évoqué "le Kafé Entendants Sourds" où ces personnes peuvent se rencontrer et déguster les plats africains qu'elle a préparés. Concernant la vie au quotidien, outre la tenue régulière, grâce aux dons, d'un vestiaire gratuit (vêtements, produits d'hygiène et, quand il y en a, jouets, livres, fournitures scolaires), La Maison Verte est partenaire depuis deux ans, avec succès, d'une coopérative de produits alimentaires biologiques de qualité vendus à prix coûtant. "Une bouffe sans poison", a lancé Hervé Krief, ce personnage haut en couleur qui a créé l'association "L'indépendante".

Cette journée aussi riche d'informations que d'émotions intenses s'est achevée sur les interventions de deux bénévoles : celle de Danielle Petit, coordinatrice de l'atelier d'alphabétisation, qui donne des cours de français aux femmes étrangères pour leur permettre de se débrouiller dans les démarches au quotidien, et celle de Audrey Noeltner.

Jeune urbaniste franco-américaine, elle organise chaque samedi pour les jeunes du quartier des séances d'apprentissage de l'an- glais grâce au rap. "Hip, hop, One, Two, Three", je parle et je rap en anglais", une affaire qui marche et qui a permis à ces jeunes, souvent déscolarisés, d'enregistrer leur premier CD !

Sylvie Polack