Dans la bibliothèque adossée à l’un des murs du bureau on trouve beaucoup de livres de droit : pas de doute, on est chez un avocat. On trouve aussi des livres sur la résistance, sur le féminisme : pas de doute, on est chez un sympathisant de la Maison Verte.

Henri Braun est avocat par vocation. Il veut faire ce métier depuis l’âge de 12 ans. Comme tout bon avocat il protège les gentils et les méchants mais, « engagé », ce qu’il aime c’est se mettre au service d’une cause, d’un groupe, comme un instrument au service de personnes qui se battent pour un objectif juste.

Le racisme en ligne de mire

Les injustices sont nombreuses. Lui a choisi de se spécialiser dans la lutte contre le racisme, en particulier l’islamophobie. Les valeurs qui l’ont amené sur ce chemin sont celles de la Révolution française car, depuis 1789, « il ne s’agit plus de juger ce que l’on est mais ce que l’on fait ». Les pratiques sont parfois bien éloignées de cette belle idée : l’Etat français, bien qu’héritier de cette Révolution,contribue à véhiculer des idées racistes, qui conduisent à juger sur l’apparence ou l’origine. Depuis son bureau dominant la cosmopolite rue Marx-Dormoy, il nous explique que l’ancien président Nicolas Sarkozy et ses ministres de l’Intérieur successifs ont stigmatisé les musulmans et les Roms, qu’aux paroles racistes ont succédé les incarcérations dans les centres de rétention et un grand nombre d’expulsions du territoire. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, perpétue cette triste politique, et Henri Braun continue quant à lui de défendre ceux que la France expulse de ses frontières.

Déconstruire les préjugés

Le racisme s’exprime également dans les médias. Maître Braun a ainsi participé et gagné un procès contre France Télévisions, qui avait réalisé un documentaire stigmatisant intitulé Sur la route des Roms. Les idées préconçues n’épargnant personne, le premier jour du procès, le juge s’était étonné qu’il ne représente pas des associations de défense des Roms, mais des associations de Roms eux-mêmes. A force d’entendre à la télé que les Roms sont des voleurs ou au mieux des victimes, il en avait oublié que ce sont avant tout des personnes capables de se défendre, de prendre la parole. « Il y a beaucoup de racisme, même de la part de gens bienveillants. Les Roms sont souvent assimilés à la misère, mais tous les pauvres ne sont pas roms, et tous les Roms ne sont pas pauvres. » Par son action d’avocat, Henri Braun participe à la nécessaire déconstruction de nos préjugés. Autres boucs émissaires pointés du doigt par certains pour expliquer tous les maux de notre société, les musulmans. Henri Braun a participé à de nombreux procès pour défendre des militants musulmans victimes de la bêtise de groupuscules d’extrême droite comme Riposte laïque, mais aussi de l’Etat. Dans les mois à venir, notre homme va notamment défendre Saïd Bouamama et Saïdou (du groupe de musique ZEP), poursuivis en justice en tant qu’auteurs du livre-CD Nique la France. Devoir d'insolence. « Je vais expliquer au procès que c’est de l’art, de la liberté d’expression, mais surtout que c’est ce que disent les jeunes dans les cités. Ils subissent une domination structurelle, ils se défendent avec ces mots-là contre un Etat qui leur demande de “s’intégrer” alors qu’ils sont nés en France. » Habitué de la Maison Verte il n’est pas protestant, mais vous l’aurez compris, il est « protestataire pratiquant ».

 SIMON COTTIN-MARX