En Babel, dans la Genèse, Dieu se fâche parce que les hommes parlent la même langue. A Pentecôte, au contraire, ils les fait tous se comprendre. Quelle logique à tout cela ? C’est un idéal largement partagé que tous les humains se comprennent enfin. On se dit que cela éviterait les guerres, les quiproquos qui créent tant de problèmes entre les humains. Alors, quel est le problème ? Quelles sont les différences ?

Le texte de la Genèse insiste à deux reprises sur le fait qu’ils parlent la même langue, qu’ils utilisent les même mots. Et Dieu va mettre le désordre dans leurs langues. La situation est différente dans le cas de Pentecôte. Certes, ils comprennent tous ce que disent les disciples bien qu’ils parlent des langues différentes au départ. Mais c’est parce que tous comprennent les paroles des disciples dans leur propre langue. Il y a deux projets d’unité radicalement différents. Dans le premier, il s’agit d’un projet total, voire totalitaire : une seule langue, un seul peuple, une seule ville. Dans ce « un seul », les différences sont niées.

Le projet de Pentecôte est aussi un projet d’unité, d’universel, mais qui admet la diversité : un diversel. Dieu parle à chacun comme il est. Il ne l’oblige pas à rentrer dans un seul moule. Dieu est inclusif : il fait une place à chacun en l’acceptant comme il est. Il l’intègre à son projet en ne lui demandant pas de renoncer à ce qu’il est. Alors nous, quelle unité voulons-nous ? Quand nous entrons dans une logique d’uniformisation – en éradiquant les langues régionales, en pensant qu’il n’y aurait qu’un seule modèle de famille, en mettant la pression sur les musulmanes pour qu’elles s’habillent d’une seule façon – est-ce que nous ne tombons pas dans la tentation de Babel ? En voulant réduire la diversité que Dieu a créée, est-ce que nous ne nous prenons pas pour Dieu ? Dieu alors met le désordre dans nos langues et ces sujets deviennent des sources de discorde qui font que, comme à Babel, nous nous dispersons. Posons-nous plutôt sur un banc dans la rue et admirons, comme on regarde un paysage, la belle diversité de l’humanité.

 STÉPHANE LAVIGNOTTE