Michèle, psychanalyste de profession, partageait son temps entre un hôpital de jour de la région parisienne et un institut de formation pour éducateurs spécialisés. S’appuyant sur sa pratique de sculpteure, elle animait d’un côté un atelier modelage auprès de jeunes adolescents présentant des difficultés psychiques (troubles du comportement graves, psychoses...), de l’autre, elle formait des travailleurs sociaux à leur métier en leur permettant de vivre une expérience d’atelier de création.

« Un jour, je suis passée à l’acte, j’ai amené tout le monde à se rencontrer. J’ai dit aux jeunes : ’venez, on va tous à l’institut’. » Là-bas, la psy organise un atelier de modelage mixte. « On s’est rendu compte que c’était très dur pour les éducateurs, se souvient-elle. Ils ont été bouleversés de se retrouver avec les jeunes. Certains ne voulaient pas recommencer, ils n’acceptaient pas d’être mis au même niveau que des ’fous’. » Devant le « foutoir » né de l’expérience, Michèle est inquiète : « Ça voulait dire que lorsqu’ils arrivent dans les établissements, les éducateurs se posent comme des gens nor- maux face à des handicapés. » Alors elle cherche à prolonger l’expérience. « Petit à petit, malgré les différences d’âge, de culture et de structure psychique, une connaissance mutuelle s’est développée entre les gens ainsi que des liens d’amitiés et de tolérance. Ça remue tout le monde mais c’est positif. »

L’atelier modelage du lundi permet progressivement d’instaurer un « vivre-ensemble autour d’un objet de création, analyse la psychanalyste. Et le regard sur la différence change ». Ouvrir l’atelier à des gens du quartier Au bout de quelques années, Michèle et ses deux collègues intervenants, Dominique – psychomotricienne – et Mathieu – éducateur spécialisé –, doivent trouver une autre structure d’accueil. Leur association (Association activité artistique, psychanalytique) est d’abord hébergée dans un ate- lier du 18 e arrondissement, rue de Trétaigne. Puis, il y a environ deux ans, sur les conseils de son fils et de son frère (respectivement responsable d’un groupe d’Eclaireurs-ses et bénévole à La Maison Verte) Michèle va toquer à la porte du pasteur Stéphane. Bingo. Il est intéressé à l’idée d’accueillir le projet dans les locaux de la fraternité, tous les lundis. Le partenariat qui se noue permet d’ouvrir l’atelier à des gens du quartier. « On a retrouvé notre élan », s’en- thousiasme Michèle. L’atelier est fréquenté par des jeunes de l’hôpital, d’autres sortis et étant aujourd’hui dans des structure de travail protégé. De 10h à 16h, toute cette petite équipe se retrouve autour de sellettes et de terre pour modeler. Michèle réfute l’étiquette d’art-thérapie. « Nous n’intervenons pas au niveau du modelage en interprétant. Nous ne sommes pas du côté du soin mais nous sommes orientés par la psychanalyse. » Se débrouiller avec ses limites Pour les jeunes, l’atelier est une occasion de vivre une expérience de création avec d’autres dans une structure d’accueil ouverte sur un quartier. « C’est une ouverture sur le monde ordinaire, en dehors des structures protégées habituelles. »

De même, pour les autres participants, l’expérience pousse à gérer des différences compliquées, parfois fatigantes. « Il faut se débrouiller avec ses limites », explique la psychanalyste. Grâce à la durée de l’atelier (six heures), le groupe peut s’offrir une pause déjeuner dans les locaux de La Maison Verte, un café dans le quartier. « Ça laisse le temps de par- ler, de s’arrêter, de traîner. C’est aussi un moment de rencontre et d’échange. C’est très agréable et nécessaire pour se connaître et apprendre à s’apprécier au-delà de nos différences. »

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Michèle et ses collègues ont pous- sé leur concept assez loin. Depuis plusieurs années, ils organisent un voyage en Italie, fait de visites touristiques et de rencontres. Après des échanges avec les coopératives sociales de Bologne, Michèle a noué contact avec une fondation qui travaille sur la question de l’exclusion sociale située sur l’île de San Servolo, qui abritait jusqu’au début des années 1990 un des hôpitaux psychiatriques de Venise. « Une année, un responsable nous a proposé de venir y passer quinze jours pour faire de la sculpture et ainsi rencontrer d’autres personnes. » Une repas italien pour financer les différents projets Aujourd’hui, le groupe est désormais accueilli sur l’île de San Giorgio où se trouve une fondation artistique. « Nous y étions en septembre. C’est stimulant et gratifiant pour tout le monde. Ça oblige à changer ses repères, à s’adapter, à faire attention... » Pour financer ses projets, l’association organise des fêtes, des brocantes... Fin mai, un repas italien sera justement préparé à La Maison Verte. « On est tout petit et on se débrouille... » résume Michèle. Si d’aventure certains voulaient rejoindre l’atelier de modelage, n’hésitez pas à contacter La Maison Verte ou à vous y rendre directement, le lundi matin, dès 10 h.

 JULIA PASCUAL

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