Quelle image avais-tu de la Maison Verte avant d’y arriver ?

J’avais l’image d’un lieu riche d’une longue histoire, avec notamment la cache d’enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et un engagement aux côtés de l’extrême gauche dans les années 1970. Je savais que j’allais trouver un vivier de bénévoles et de salariés très attachés à La Maison Verte et s’y investissant énormément. Je connaissais le gros potentiel de l’endroit tout en sachant que j’arrivais dans un contexte de crise suite à un conflit avec mon prédécesseur. Je me doutais donc qu’il y avait beaucoup de choses à reconstruire : la confiance en interne et, avec, le lien avec la Mission populaire.

Quels ont été les gros chantiers de ces sept ans ?

Il y a d’abord eu le chantier financier : désendetter la Maison Verte, resserrer les dépenses, retrouver la confiance des financeurs. Il a aussi fallu reconstruire les équipes de cadres bénévoles capables d’animer le lieu : à la fois un conseil d’administration où les gens se sentiraient en charge de la structure, et des coordinateurs pour faire tourner chaque activité. J’ai enfin tenté de recréer une communauté spirituelle. Pendant les premiers mois, il n’y avait que deux personnes au culte hebdomadaire. Je suis donc allé chercher des gens à l’extérieur et parmi les anciens.

Et ça a marché ?

Il n’y a malheureusement pas de mode d’emploi, et je ne suis pas certain d’avoir réussi à en fabriquer un. Aujourd’hui, nous sommes entre dix et vingt chaque semaine. Au bout de sept ans, c’est un peu décevant. Quantitativement, j’entends, car qua- litativement, c’est une réussite. Nous avons formé une vraie communau- té avec des moments de partage et d’échanges après le culte. Je pense que s’est noué un lien de confiance entre nous. C’est d’ailleurs ce lien et cette écoute mutuelle qui ont permis que nous soyons la première commu- nauté d’une église de la Fédération protestante à faire officiellement des bénédictions pour les couples homo- sexuels. Car, au départ, tout le monde n’était pas partant.

Qu’as-tu particulièrement aimé dans ta fonction ?

Sentir que des personnes fatiguées, évoluant dans un environnement assez dur à l’extérieur, trouvaient ici un endroit où elles pouvaient se poser, où elles se sentaient bien, accueillies par des regards bienveillants. J’ai adoré être un de ces regards bienveillants. C’était assez fort. J’ai aussi aimé être pris à témoin par ces personnes des évolutions de leur parcours de vie, des petits pas pour nous, de grandes avancées pour elles. C’était émouvant. Enfin, je ne me suis jamais lassé de voir des enfants du 18 e qu’on emmène en sortie découvrir pour la première fois la Seine, la forêt ou le musée. Pour eux, un monde s’ouvre.

Quels ont été tes meilleurs moments ?

Tous ceux où l’on fait des repas où chacun amène des plats à partager. De vrais instants de fraternité. On entend souvent que La Maison Verte est le lieu des rencontres improbables. Je pense que c’est justement le cas lors de ces repas. J’ai aussi en tête l’élan de solidarité et d’engagements après l’incendie de l’été 2011. Comme si cela avait permis de faire apparaître et de faire prendre conscience aux gens de toute la richesse humaine qu’il y a ici. Enfin, il y a eu la mobilisation, lors du Noël 2010, pour soutenir le mari d’une des élèves du cours de français. Sans papiers, il s’était fait arrêter. Je me souviendrai toujours de cet après-midi passé dans un tribunal administratif, au fin fond de la banlieue parisienne, avec une dizaine de bénévoles. Certains d’entre eux n’avaient jamais participé à une action militante.

Quelle est la suite pour toi ?

Je vais faire mon doctorat en théologie sur l’engagement d’intellectuels protestants dans le débat public depuis les années 1960. En parallèle, je vais enquêter pour la Mission populaire afin d’imaginer ce que pourrait être son nouvel engagement aujourd’hui dans la banlieue parisienne. Tout un programme !

PROPOS RECUEILLIS PAR BENJAMIN SÈZE

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