Vous êtes porteurs du projet d’accorderie qui est en train d’être implanté dans le 18 e arrondissement. Qu’est-ce que c’est exactement ?

Une accorderie est un système d’échanges d e services . Organisée sur un territoire d’implantation, elle regroupe des « accordeurs » qui offrent des services et, en retour, ont accès à tous les autres services proposés par les autres membres. C’est une forme de troc. Il n’y a pas de monnaie d’échange, ni de différence de valeur entre les services : si une personne propose une heure de bricolage, elle pourra en échange profiter d’une heure de cours d’anglais. La différence fondamentale avec le troc, c’est qu’on n’échange pas des biens, mais des services. Ceux-ci sont de trois types : les échanges individuels, les échanges associatifs – temps donné à la gestion et au fonctionnement de l’accorderie, et les échanges collectifs – par exemple, des cours collectifs de dessin. Le but est de créer du lien, de la convivialité mais aussi de la réciprocité. Inciter les par- ticipants à s’intéresser à quelque chose de nouveau, qu’ils ne connaissent pas ou ne pratiquent pas encore.

Avant d’arriver dans le 18 e arrondissement, cette idée a-t-elle été expérimentée ailleurs ?

La première accorderie est née au Québec en 2002 à l’initiative d’une caisse d’économie solidaire et d’une fondation d’aide aux personnes en précarité. Ces deux structures ont mis en place ce concept de solidarité visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion, et à favoriser la mixité sociale. En France, en 2011, deux accorderies ont vu le jour, une à Paris, dans le 19 e arron- dissement, et une autre à Chambéry. Aujourd’hui, trois nouvelles accorderies vont naître à Paris : une dans le 14 e arrondissement, portée par la régie de quartier, une dans le bas Belleville, à cheval entre le 20 e et le 11 e , portée par le centre social du quartier, et une – la nôtre – dans le 18e arrondissement, portée par Le Petit Ney (café littéaire associatif, ndlr).

Concrètement, comment fonctionnent les échanges ?

Chaque accordeur propose et à la fois demande des services à d’autres accordeurs. Avant chaque inscription, nous organisons un entretien individuel pour détermi- ner les services en question et les valider. Certains services autour de la santé physique et mentale ne sont pas admis. De même, un accordeur ne peut proposer, pour cause de législation du travail, un ser- vice qui correspond à son métier, sauf s’il est à la retraite. Un conseil des accordeurs, un peu à l’image d’un conseil d’administration pour une association, est chargé du bon fonctionnement et des relations entre les accordeurs, comme l’organisation de festivités par exemple. Nous souhaitons mettre en place des « points-relais » dans différents quartiers du 18 e . Nous allons solliciter différentes associations, dont La Maison Verte.

Les accorderies naissent un peu partout, sont-elles connectées entre elles ?

Oui, on construit un réseau dans la France entière, le maillage sur le territoire national se développe. A partir du moment où tu es accordeur, tu pourras bénéficier des services d’une autre structure : si tu pars à Chambéry, tu pourras bénéficier de l’échange de services là-bas. Si je pars en vacances dans le 14 e , ça marchera aussi ? Oui…

PROPOS RECUEILLIS PAR SIMON COTTIN-MARX

Le Petit Ney 10, av. de la Porte-Montmartre 75018 Paris