Nous sommes mi-octobre, et ce bel après-midi d'automne touche à sa fin. Ils sont un peu moins d’une dizaine encore à La Maison Verte. La théière est chaude et il reste quelques gâteaux. On discute de tout et de rien, surtout de gros sous... enfin de grosses pigalles. La pigalle, c'est la monnaie d'échange entre les adhérents du Système d'échange local (SEL) du Faubourg. Une monnaie fictive, car ici il n'est pas question d'argent.

Une alternative au système marchand

Au départ, le projet du SEL est plutôt militant. Proposer une alternative au système marchand. C’est ce qui a séduit Claire, jeune Asniéroise de 28 ans. « D’une manière générale, j’essaye de ne rien acheter de neuf et le SEL m’y aide », explique cette réalisatrice son qui travaille dans la pub. Aujourd’hui, elle est venue avec un stock de DVD, bandes dessinées et autres bouquins... Une paire de bottines aussi. Elle est arrivée tard et il ne reste plus grand monde. Tant pis, ce qui ne part pas ici sera proposé sur Internet, via la liste de diffusion interne au SEL ou celle inter-SEL. C’est comme cela que Claire a trouvé un grille-pain lorsque le sien a lâché : « J’ai juste eu à envoyer un message. »

Dans le Système d'échange local, tout le monde peut participer. Actifs, Rmistes, chômeurs, retraités : l’idée est que tout le monde a quelque chose à donner. Et même quand on n'a rien à donner, on peut toujours rendre un service. D’ailleurs, pour Danielle, 65 ans, « dans le SEL, l’échange d’objets est moins central que l’entraide, l’échange de services ». En douze années de SEL, Danielle dit y avoir eu régulièrement recours : « Pour changer le joint de mon évier, par exemple, ou pour récupérer un paquet quand je ne suis pas disponible. » Claire raconte avoir passé une heure et demie à ini tier quelqu’un à Facebook et Twitter. L'intellectuel est sur le même plan que le manuel. Une heure informatique va valoir autant qu'une heure de jardinage.Une question : comment définir la valeur des choses ? Les premiers adhérents du SEL se sont mis d'accord au début : pour les services rendus, la base c'est 60 pigalles de l'heure. Après, en fonction de la pénibilité du boulot, ça peut être plus. Pour les objets, « la valeur est basée sur une entente mutuelle », explique Claire. Pour avoir un ordre d’idée, « on peut se demander combien de temps on serait prêt à travailler pour avoir cette chose ». Un grille-pain, par exemple, s’échange souvent contre de 30 ou 40 pigalles.

Faire de nouvelles rencontres

Les pigalles restent virtuelles. Chacun a une feuille de richesse avec une colonne crédit et une colonne dépense, qu'il remplit scrupuleusement à chaque transaction. Depuis deux ans, Claire est plutôt créditrice, ce qui signifie qu’elle « vend » plus de choses qu’elle n’en « achète ». « J’ai parfois du mal à trouver mon bonheur », confie-t-elle. Mais qu’importe, « la démarche est symbolique, c’est bien de faire l’effort. Et à la base, je cherchais aussi un partenaire pour jouer au tennis ». Car le SEL n’est pas qu’un « marché parallèle », c’est également un moyen de rencontrer des personnes d’horizons divers. Danielle apprécie énormément cet aspect. « On partage des repas ou des parcelles de jardin. Avec certains, on peut faire du vélo ou aller ramasser des champignons. » Ce que préfère cette retraitée, qui a longtemps travaillé dans la gestion financière avant de devenir assistante sociale, c’est la route des SEL. « Nous disposons d’une liste d’adhérents aux SEL, dans toute la France, qui se proposent pour accueillir les gens de passage. » La solution est effectivement économique et il n’y a pas d’obligation de recevoir en retour. « Par contre, on ne sait jamais sur qui on va tomber, mais c’est aussi cela qui est sympa », s’amuse Danielle.

BENJAMIN SÈZE

La prochaine « bourse locale d’échange » organisée par le SEL du Faubourg à La Maison Verte se tiendra le samedi 8 décembre. Inscriptions et renseignements sur www.sel-faubourg.org

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