L e rendez-vous est donné au café Le Mistral, en face de l’église Saint Bernard. Jeanne La Fonta habite à deux pas, Maya McCallum pas beaucoup plus loin, seule Carole Masseport n’est pas du quartier. Ces trentenaires se sont rencontrées au Centre musical Fleury Goutte d'Or-Barbara. C’était il y a deux ans et demi. Nous sommes donc en 2009. Chacune travaille sur son « projet perso ». « De la chanson contemporaine, avec un peu d’électro » pour Jeanne, « de la chanson électro-rock » pour Maya, et « de la chanson française » pour Carole. Toutes trois sont auteures-compositrices, entourées de musiciens, sur des répertoires plutôt pointus. « Nous portions nos projets et nos groupes. C’était parfois un peu lourd », confie Jeanne. Elles partagent alors une envie de légèreté. « Faire de la musique pour s’amuser, même si on bosse sérieusement. » Ainsi naît la P.O.U.F., Petite Organisation Ultra Féminine. Le jeu de mot est volontaire et assumé. « Nous nous sommes dit que nous allions jouer avec les stéréotypes féminins. Tant ceux de la société que les nôtres. Assumer la pouf qui est en nous. » Clowns trashs Le style choisi est délibérément rock’n’roll et théâtral, parfois burlesque. Les filles se créent des personnages, sortes de clowns trashs : Diva Pouf, la diva nymphomane, Aero Pouf, une boule de nerfs hyperactive et hypersensible, et Hard Pouf, rockeuse rebelle au cœur d’artichaut. Derrière le déguisement, le masque et le maquillage, tout est permis. « Avec l’humour, on peut balancer pas mal de choses, faire passer des messages sans avoir besoin de se justifier puisque de toute façon on n’est pas pris au sérieux », explique Carole. Pour Maya, « c’est aussi un moyen de sortir de nos thématiques personnelles, de nous décentrer ». Le concept plaît. « Nous avons été rapidement programmées. » Les Poufs montent pour la première fois sur scène au Lavoir Moderne, début mars 2010, lors du festival Au féminin. Leur univers inspirera même le célèbre photographe britannique Martin Parr. Laboratoire Au gré des salles de concert, de la Miroiterie au « chicos » Trois Baudets, en passant par des pubs de province et les apéros- tours organisés par le magazine féminin Causette – dont elles sont proches – Jeanne, Carole et Maya savourent ce « côté populaire et tout terrain » qu’elles disent ne pas retrouver dans leurs projets respectifs. Cette aventure à trois n’est pas qu’une échappatoire, chacune s’en sert aussi de laboratoire. « Les Poufs m’ont apporté une légèreté, aussi bien dans le boulot que dans ma vie, constate Carole, alias Diva Pouf. Ça m’a notamment permis de goûter à mon potentiel comique. » Grâce au groupe, Jeanne, elle, s’est mise au clavier. A les écouter, au bout de deux ans et quelques mois, l’histoire n’en paraît qu’à ses prémices. « Nous comptons étoffer nos personnages, notamment en leur donnant plus de sensibilité, confie Maya. Car au-delà du divertissement, nous aimerions que le public puisse s’y identifier. » Les trois amies reviennent tout juste d’une résidence de quinze jours à Nantes. Après avoir exploré les répertoires de Charlotte Gainsbourg, Catherine Ringer et PJ Harvey, s’être vu proposer des chansons par différents auteurs, elles avaient envie de jouer leurs « propres compos », écrites à six mains. Elles sont encore surprises du résultat : « On a vraiment créé un son propre au groupe… très loin de ce qu’on pouvait imaginer. »

 BENJAMIN SÈZE

Le 20 juillet, à Paris, au Cabaret Sauvage. www.petiteorganisa- tionultrafeminine.com