C ’est parce qu’elle a pleinement adhéré au projet associatif de La Maison Verte et à son principe d’inclusivité (un accueil inconditionnel) que Marie-Laure Simon a accepté d’être « maîtresse de maison » depuis le mois de juillet. L’accueil au sens large, elle l’assure tous les jours dans le cadre de sa fonction. Accueil du tout venant, quel qu’il soit, mais aussi accueil des bénévoles et des différents acteurs du quartier. Car elle prend en charge aussi tous les aspects logistiques de la maison et doit gérer le planning : mise à disposition des salles à la fois pour les activités internes de la maison et pour les associations externes qui ont besoin de locaux pour se réunir. Une enfance un peu à l'écart Son penchant pour la solidarité et le service des autres, elle l’explique par l’environnement familial dans lequel elle a baigné durant son enfance : « J’habitais une petite ville, Hirson, assez pauvre, près de la frontière belge. Mes parents étaient médecins, chefs de service à l’hôpital de la ville et très impliqués dans le service public, le droit à la santé pour tous, les droits des femmes... Ils travaillaient beaucoup et n’étaient pas guidés par la volonté de s’enrichir. » Avec sa sœur aînée, Marie-Laure a l’impression de vivre un peu à l’écart : « Mes parents n’étaient assi- milés à aucun milieu, ni dans la bourgeoisie dont ils refusaient les codes, ni dans le milieu ouvrier ou paysan. Nous avions le sentiment de vivre une ségrégation. Nous étions rarement invitées. J’avais une seule amie. »

Paris, un appel d’air Son arrivée à Paris en 1979 pour suivre des études universitaires fut un véritable appel d’air : « J’ai eu le sentiment de pouvoir rencontrer tout à coup des gens très différents sans être jugée. C'est pour ça qu'aujourd’hui je suis très sensible au respect de chacun, peu importe d’où il vient. » Après un bac scientifique, Marie-Laure obtient un double diplôme universitaire, un DEA d’histoire et de sociologie avec une spécialisation en documentation. Naturellement, elle se tourne vers le milieu associatif, comme documentaliste : « Ça me permettait de trouver ma place et puis j’avais dans l’idéal le projet de rendre accessible l’information au public le plus large. » Elle rejoint Amnesty International comme chef de fabrication dans l’édition, « avec le désir d’un engagement plus politique et l’envie d’informer pour lutter contre l’injustice ». Déçue par le mode de management de sa hiérarchie, elle décide de se tourner vers l’entreprise et y travaille pendant plusieurs années comme assistante de direction. Mais son goût pour l’action sociale reprend assez vite le dessus. Parallèlement, Marie-Laure s’engage dans diverses actions bénévoles comme par exemple lorsqu'elle participe à l’intendance d’un orchestre pour enfants. Puis elle décide de rejoindre le centre social du 10 e arrondissement, où elle s’occupe de l’encadrement et de la coordination des animateurs. Souhaitant se former pour mieux comprendre les enjeux liés à la prise en charge des publics en difficulté, elle suit une formation au Conservatoire national des arts et métiers sur l’accompagnement social et professionnel. Un poste lui est proposé dans ce domaine à La Maison Verte. Après réflexion, elle choisit la fonction plus concrète de « maîtresse de maison » : « Je me sens plus à l’aise dans un poste opérationnel au service d’un projet que dans une démarche d’accompagnement en face à face. » Aujourd’hui, à 54 ans – elle a une fille de 23 ans –, Marie-Laure Simon se sent à sa place : « Ça me plaît d’être dans le lien social, dans l’accueil en particulier. A La Maison Verte, on a la chance de côtoyer beaucoup de gens différents, de tous les milieux, avec un respect profond de la personne, ça rejoint mes aspirations personnelles depuis toujours. Et puis ça aide à bien vieillir de rester dans l’ouverture… »

NATHALIE POLLET