Fâché de voir la terre remplie de violence, il a tout remis à zéro en provoquant un déluge. Une fois l’arche de Noé arrivée sur la terre ferme, il déploie l’arc-en-ciel et fait la promesse de ne plus recommencer : signe de paix. Promesse faite aux humains mais aussi aux animaux : vive la diversité des formes du vivant ! Mais Dieu va plus loin. Pendant un tiers du texte, il explique qu’il déploiera ce signe chaque fois qu’il y aura un début d’averse pour se rappeler à lui-même qu’il a promis de ne plus détruire la terre. Il se crée un signal pour limiter sa propre force.

Jouer la concurrence au détriment du vivant

Dieu est réaliste. Il sait que dire et penser qu’on est pour la diversité humaine et pour la paix ne suffit pas. On est toujours travaillé par l’envie de puissance et on risque de se laisser emporter. Alors il nous faut, pas moins qu’à Dieu, des signes qui nous disent « stop ». Et n’en avons-nous pas ? Par exemple sur les produits, les signes « commerce équitable », « agriculture bio », « fabriqué en France » (ou ailleurs en Europe) nous disent que ceux qui les ont produits ont limité leur pouvoir d’exploiter la nature et les humains et que nous, consommateurs, nous limitons notre pouvoir de jouer la concurrence au détriment du vivant. Dans nos vies quotidiennes, dans les relations avec autrui, nous courons toujours le risque d’écraser notre conjoint, collègue, ami. Savons-nous identifier les signes qui indiquent que l’averse risque de se transformer en déluge de violence ? L’impression d’avoir raison, que l’autre est bête, « qu’il lui faut une bonne leçon », le sentiment de puissance ou de colère qui grandit en nous. Dieu est capable de créer, avec l’arc-en-ciel, une version géante du nœud au mouchoir pour ne pas oublier de retenir sa puissance. Et nous, saurons-nous développer pour nous-mêmes et notre société ces signes « arc-en-ciel » ?
Stéphane Lavignotte