«Centre d’hygiène sociale - Chemin de fer du Nord », peut-on lire sur la façade de cet immeuble de logements sociaux, à l’angle des rues Marcadet et Léon. Témoignage d’une préoccupation héritée des années 1930 : offrir des soins médicaux de qualité accessibles à tous, quels que soient leurs revenus et leur statut social.

Ticket modérateur

Depuis plusieurs décennies, c’est la Ville de Paris qui a pris le relais des chemins de fer. En 2010, le centre de santé Marcadet a reçu 6 500 patients pour un total de 17 500 consultations. En 2011, le nombre de passages devrait approcher les 20 000, soit une progression de l’activité supérieure à 10 %, grâce à l’intégration de 9 salariés supplémentaires venus du centre Ternes (Paris 17e), qui a récemment fermé ses portes. A la tête de cette « entreprise » de soins – 21 médecins, 8 paramédicaux et 7 personnels administratifs –, deux femmes : Sylvie Payet, infirmière et responsable administrative de l’unité depuis 2005, et Sylvie Découflet, cadre infirmier et coordinatrice de trois centres de santé municipaux depuis 2008. Le centre n’a rien d’un dispensaire poussiéreux : les locaux sont neufs, l’ambiance cosmopolite et bon enfant. « Nos patients sont en majorité d’origine africaine, indique Sylvie Découflet. Le bouche à oreille fonctionne bien. » Et quand on parle d’accessibilité des soins, le centre Marcadet est parfaitement dans les clous : 40 % des prises en charge sont assurées par la Couverture médicale universelle (CMU) et 13 % par l’Aide médicale d’Etat (AME, destinée aux sans-papiers). Dans ces deux cas, le patient ne fait aucune avance, tandis que les autres visiteurs du centre, affiliés au régime général de la Sécu, ne payent que le ticket modérateur (de 7,90 à 9,10 €, puisque tous les praticiens exercent en secteur 1 sans dépassement d’honoraires).

Solidarité

La prise en charge des populations étrangères ne semble pas poser de problème particulier. « Les patients qui ne comprennent pas le français viennent souvent accompagnés d’un de leurs enfants ou d’un voisin, explique Sylvie Payet. Parfois, c’est une personne dans la salle d’attente qui vient faire l’interprète. Il y a beaucoup de solidarité. » « Notre principale difficulté, c’est l’absentéisme, reprend Sylvie Découflet. Nous appelons systématiquement nos patients à la veille de leur rendez-vous pour confirmation. Ils disent “oui, oui”, mais nous avons encore 10 à 20 % d’absences. Nous en avions 30 % en 2008 ! Au bout de deux rendezvous manqués, nous les orientons sur un autre centre. C’est assez dissuasif... A côté de ça, il y a beaucoup de personnes qui arrivent une heure ou deux en avance pour se retrouver dans la salle d’attente et discuter. Ici, c’est l’arbre à palabres ! » Et les médecins, quel intérêt ont-ils à exercer dans un centre municipal ? Viennentils parce qu’ils ont la fibre sociale ? Oui, certainement, mais la ville leur offre également d’excellentes conditions de travail. « On leur fournit tout : les locaux, le matériel, une patientèle fidèle », sourit Sylvie Découflet, qui s’enorgueillit notamment d’accueillir un pédodentiste réputé à Paris. Puis les deux femmes en profitent pour glisser une petite annonce : « Un de nos ophtalmos prend sa retraite, vous n’en connaîtriez pas un qui voudrait prendre sa suite ? »

Grégoire Ader

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