17.2.12.08.pngAu départ, elle cherchait simplement à mettre ses journées de jeune retraitée au service des autres. Après avoir passé trente ans dans la maison d’édition Hachette, Danielle Petit ne pouvait pas rester les bras croisés. Elle avait le goût du livre et celui de l’action sociale, pour avoir géré quinze années durant les fonds du 1 % logement de sa boîte (1). Mais la Parisienne n’a pas tout de suite toqué à la porte du 127 rue Marcadet. Danielle s’est dans un premier temps engagée avec l’association Lire et faire lire, de l’écrivain Alexandre Jardin. « Je faisais la lecture à des élèves de CP de l’école Saint-Isaure, dans le 18e arrondissement. Je voulais faire partager l’envie de lire aux enfants et faire travailler leur imagination. » Pendant un peu moins d’une heure, après la cantine, des petits groupes de six élèves écoutent ses histoires. « C’est adorable, ils sont fascinés », décrit la conteuse. Mais il manquait quelque chose à Danielle. Ce qu’elle souhaitait depuis longtemps, c’était transmettre la langue française à ceux qui ne la possèdent pas. Parce que ses parents sont arrivés enfants du Portugal sans maîtriser le français ? « Peut-être », hésite-t-elle, sans vraiment chercher une réponse.

Se débrouiller au quotidien

Trente ans qu’elle est dans le quartier et voilà qu’en 2008, à quelques centaines de mètres de son domicile, elle découvre l’existence de La Maison Verte et de ses cours d’alphabétisation. Elle assiste une bénévole à quelques reprises, suit des sessions de formation auprès de l’association Coeurs à lire et, finalement, intègre l’atelier socio-linguistique (ASL) de la rue Marcadet. Cette année, à 69 ans (et elle ne les fait pas !), elle est devenue coordonnatrice de l’ASL et de son équipe de huit bénévoles, en plus d’être personnellement responsable d’un des huit groupes de femmes étrangères, à raison d’une heure trente, deux fois par semaine. « Aujourd’hui, on a travaillé les notions autour du rendez-vous : être à l’heure, en retard, en avance... , explique la jeune retraitée. Après, on a parlé des fêtes dans le calendrier : Noël, le 14 Juillet... »

Un fonctionnement en équipe

Aller à la poste, chez le médecin... L’objectif des cours de français pour les femmes étrangères est de pouvoir se débrouiller dans des démarches au quotidien et, pour certaines, d’obtenir le Diplôme initial de langue française (DILF). Une quarantaine d’élèves sont inscrites à l’atelier, de toutes les origines. La plupart ne travaillent pas, certaines n’ont pas de papiers. Danielle suit cette année un groupe de cinq Chinoises et une Ivoirienne : « Elles sont très assidues et motivées, souligne-t-elle. C’est extraordinaire de voir ces femmes qui veulent être autonomes, pouvoir communiquer. Certaines viennent avec leurs enfants et on a la chance d’avoir une personne qui s’en occupe. » L’ASL fonctionne « en équipe » et Danielle trouve ce système très précieux : « Patricia et Odile tâchent d’organiser des visites au musée du Louvre, à Noël on a fait une fête avec les élèves et les enfants du soutien scolaire, on fait toujours un goûter à la rentrée... Chacun essaye d’améliorer les choses. »

Un minimum de moyens

A La Maison Verte, Danielle a eu le sentiment d’être « très bien accueillie ». Elle qui est catholique s’est rendu compte que « la religion protestante est très ouverte. C’est important la tolérance, insiste-t-elle. C’est une valeur essentielle. » Danielle est depuis l’été dernier devenue membre du conseil d’administration de La Maison Verte, à la demande de l’équipe. « Au début, j’avais peur de ne pas être assez disponible pour ça », dit cette grand-mère qui, trois fois par semaine, va garder ses petits-enfants de 3 et 1 an dans les Yvelines. Finalement, avec quatorze autres membres, elle participe aux réunions du conseil une fois par mois. « C’est intéressant. On apprend le fonctionnement de La Maison Verte, on aborde les travaux de rénovation, l’embauche d’un salarié, les prochains événements... Ici, les gens se battent, ils sont très engagés. On fait un maximum de choses avec un minimum de moyens. Et ça me plaît. »

Julia Pascual