Comment est née chez vous l’envie de devenir prêtre ?

C’est un ensemble de choses. Il y avait d’abord un contexte : une rupture amoureuse, l’éloignement de ma famille, des études laborieuses, un service militaire effectué en tant qu’éducateur. Ensuite, ce sont des événements et des expériences marquants qui m’ont poussé à la réflexion.

Lesquels ?

Je faisais des études de droit à Nantes. Parallèlement à la fac, j’étais « écoutant » à la prison. Ces échanges au parloir avec des prisonniers m’ont enlevé une certaine naïveté. Ils m’ont amené à prendre conscience de la chance que j’avais d’avoir grandi au sein d’une famille aimante et privilégiée, et à m’interroger sur le sens de ma liberté, celui de la promiscuité, et comment « incarner » tout ça. Ces questions m’ont pas mal chamboulé. J’étais aussi éducateur dans un lycée professionnel. Et au cours d’une retraite à Tressaint (Côtes d’Armor) où j’accompagnais des élèves, j’ai été bousculé par l’enseignement. Puis j’ai lu un jour, tout seul, dans une Eglise, l’Evangile de Saint Marc en entier, chose que je n’avais jamais faite : cette Parole m’a bouleversé. Deux choses venaient d’entrer dans ma vie : l’Evangile et la prière. Cette convergence d’expériences a donné du sens à la foi dont j’avais hérité de mes parents. J’ai alors décidé d’entrer au séminaire pour confronter mon intuition à une vraie vie d’Eglise.

Comment vivez-vous votre arrivée à Notre- Dame-de-Clignancourt ?

J’y suis très heureux. J’ai été très bien accueilli à la fois au presbytère, par les autres prêtres du 18e, et par la communauté des paroissiens.

Comment décririez-vous vos paroissiens ?

Il y a à la fois des jeunes couples, plutôt bobos, et des personnes âgées de milieux sociaux et d’horizons plus divers. Il y a parmi elles des Ivoiriens, des Tamouls, des Portugais... Ce qui est assez surprenant, c’est qu’il manque deux générations. : en dessous de 20-25 ans et entre 35 et 60 ans. J’imagine que c’est en partie dû à la taille des appartements. Beaucoup de familles quittent le quartier quand elles commencent à avoir plusieurs enfants.

Que pensez-vous du 18e ?

Je commence à aimer ce quartier bigarré de façon à la fois étonnante et injuste. Etonnante, car la mixité sociale est plus flagrante que dans le 14e par exemple, où j’ai officié pendant onze ans. Il y a une plus grande diversité. Et en même temps injuste, car la distinction est visible entre une population bourgeoise, et une autre plus précaire. Visible jusque dans la façon dont sont nettoyés les trottoirs. Cette différence de traitement me dérange. Ensuite, on m’avait parlé de la dureté de ce quartier, de sa violence. Je ne trouve pas cette réputation forcément justifiée. On ne se sent pas agressé, en insécurité. En revanche, il y existe effectivement une autre forme de violence avec la prostitution et les trafics en tous genres.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

La présence des pauvres et la présence aux pauvres. Notamment de la part des chrétiens. Une charité discrète mais efficace. Des centaines de personnes passent chaque semaine dans nos locaux pour manger, se laver, échanger, lire les journaux...

En tant que catholique, comment vivez-vous le fait d’être minoritaire dans ce quartier ?

J’espère pouvoir participer à un dialogue interreligieux. C’est important que des liens se nouent au niveau local. La peur de l’autre vient de la méconnaissance. Ici, on apprend un peu la culture protestante, une culture de la minorité ! Je le vis comme une chance pour l’Eglise catholique, une occasion de nous recentrer sur l’essentiel.

Propos recueillis par Benjamin Sèze