Pour Christian Laval et les autres auteurs de La Nouvelle École capitaliste, nous assistons aujourd’hui à une mutation historique de l’école : si elle a toujours joué une fonction dans le capitalisme, comme l’ont montré les analyses critiques des années 1970, la nouveauté est qu’elle se plie désormais de l’intérieur à la norme sociale du capitalisme. L’« employabilité » est le principe et l'objectif de la normalisation de l'école, de son organisation et de sa pédagogie. L'école devient peu à peu un système hiérarchisé d'entreprises productrices de « capital humain » au service de l’« économie de la connaissance ».

Ces analyses précieuses, qui nous permettent de voir à l’œuvre, dans la multitude des changements en cours, un programme précis, ne risquent-elles pas cependant de négliger l’ambiguïté de l’école, qui explique peut-être sa difficulté à résister à l’offensive néolibérale ? Ne faudrait-il pas même aller plus loin et se demander ce que la logique néolibérale doit à la logique scolaire ? Ce sont les questions que nous nous poserons, avec l’idée que nous ne pourrons nous opposer efficacement aux réformes en cours que si nous pouvons énoncer quelle école nous voulons – et donc sans une critique de l’école telle qu’elle a existé.


Christian Laval
est sociologue, auteur notamment, avec Pierre Dardot, de La Nouvelle Raison du monde (2010) et membre de l’Institut de recherches de la FSU.

Charlotte Nordmannest essayiste, traductrice, éditrice, membre du collectif de rédaction de La Revue des Livres. Elle est notamment l’auteur de La Fabrique de l’impuissance 2. L’école entre domination et émancipation.