Vaste programme ! Chez les scouts, l’apprentissage passe avant tout par le jeu. Plusieurs fois par jour, nous organisons des jeux auxquels nous essayons de donner une dimension pédagogique, afin de faire du camp un bon moment, mais aussi un apprentissage de la vie en groupe. Peut-être cela sera-t-il plus parlant avec quelques exemples.

Nous avions décidé de les faire réfléchir sur les différences entre les filles et les garçons, partant du principe que vivre ensemble sans violence, c’est aussi vivre avec l’autre sexe. On a séparé les filles et les garçons en deux équipes, et on a donné à chaque équipe un carton d’un mètre carré sur lequel nous avions dessiné une forme de « garçon » et une forme de « fille » comme celles qu’on trouve sur les portes des toilettes publiques.

Nous avons d’abord demandé à chaque groupe de dessiner les habits de la fille et ceux du garçon, puis les objets qu’ils utilisaient dans la vie de tous les jours. Ensuite, nous leurs avons demandé d’écrire pour chaque silhouette, ce à quoi ils pensaient, au-dessus de leur tête, puis ce qu’ils aimaient faire en dessous. Nous avons ensuite donné le carton des filles aux garçons, et celui des garçons aux filles.

Nous leur avons laissé 10 minutes pour se révolter contre ce que les autres avaient écrit… Avant de leur rappeler qu’ils avaient, en grande partie, écrit le même genre de clichés sur leur carton.

Ensuite, nous leur avons demandé si ce qui était écrit sur le carton était faux. Est-ce qu’il n’est pas vrai que les garçons aiment le foot ? Est-ce qu’il n’est pas vrai que les filles aiment se maquiller ? Mais est-ce qu’il n’y a pas des filles qui aiment le foot, ou des garçons qui se maquillent ? Est-ce que toutes les filles se maquillent ? Est-ce que tous les garçons ont les cheveux courts ? Une fois que chacun a pu exprimer son opinion et prendre position (même ceux qui parlent le moins, c’est l’avantage de travailler avec des petits groupes !), on leur a demandé de retourner le carton.

Derrière, nous avions écrit plusieurs fois à la suite :

« il y a quand même des garçons qui … » ou « il y a quand même des filles qui… » et on leur a laissé compléter.

La dernière phase du jeu a été celle de la mise en commun : les filles ont lu les phrases qu’elles avaient écrites aux garçons, et les garçons ont lu les leurs aux filles. Puis c’était l’heure du repas, moment où les enfants peuvent discuter entre eux un peu loin des oreilles des responsables. Ensuite, pendant le temps libre, nous avons proposé à ceux qui le voulait de préparer des petits sketchs par groupe de 3 ou 4 à partir d’une ou plusieurs des phrases écrites sur les cartons, et les responsables n’étaient que spectateurs : l’idée était de leur permettre de s’approprier le jeu, et de trouver le moyen d’en rire. En tout cas ils ont trouvé le moyen de nous faire rire…

D’autres fois, nous faisons des jeux « folklorisés », c’est-à-dire que chaque responsable jouait le rôle d’un personnage et que nous partons dans un univers imaginaire : sur ce camp, nous avons décidé de partir dans l’univers du film « retour vers le futur ». Accompagnés de Doc et Marty, nous sommes allés dans diverses époques afin de rattraper les bourdes qu’y faisait Elvis, un petit garçon de la classe de Marty qui trouvait l’histoire qu’on lui apprenait en classe un peu ennuyeuse.

Ainsi nous avons voyagé dans le temps pour aller voir le festival de Woodstock, l’occasion de présenter aux louveteaux la pensée hippy de ces années-là, notamment lors d’une confrontation musclée entre le producteur véreux du festival et Janis Joplin. A la fin du camp, nous avons essayé de comprendre pour Elvis, mauvais élève, avait fait toutes ces bêtises, pourquoi il avait eu besoin de s’échapper dans d’autres époques.

L’apprentissage de la vie citoyenne passe aussi, et surtout, par la vie quotidienne du camp. Parce que chacun doit, à des moments de la journée, agir pour le groupe (aller chercher de l’eau, nettoyer les sanitaires, préparer la nourriture, faire la vaisselle), ce qui est l’occasion de se responsabiliser : nous essayons de faire en sorte que les louveteaux fassent ce qu’on leur demande non pas pour ne pas être grondés, mais pour permettre le confort du groupe tout entier. Mais surtout parce que dans le scoutisme, tous les enfants sont ensemble, toutes les filles dorment dans la même tente et tous les garçons dans une autre : on doit donc apprendre à jouer et à vivre avec des enfants qui ne sont pas forcément nos meilleurs amis, qui ne pensent pas forcément comme nous, qui n’ont pas forcément la même culture ou la même religion. Nous les poussons au maximum à régler leurs différends sans l’intervention des responsables : nous leur apprenons à demander l’aide d’un tiers, nous demandons aux plus grands de gérer l’intégration des nouveaux dans le groupe et de veiller à ce que personne ne se sente exclu. Une grande aventure…