Dans les magasins, les soldes d’été ont débuté. Mais pour certains, ce rituel n’est qu’un spectacle dont ils ne seront jamais les acteurs. Soldés ou non, avec ou sans marque, les vêtements neufs sont tout sim- plement hors de leur portée. Pour que ces laissés-pour-compte puissent bénéficier d’un droit élémentaire, celui de se vêtir correctement et de préférence à leur goût, La Maison Verte a créé le vestiaire1. Un espace où les habits sont donnés anony- mement à d’autres anonymes, afin qu’ils entament une nouvelle vie sur d’autres corps, dans d’autres lieux. Martine Jeanjean est la coordinatrice – bénévole – du vestiaire depuis quelques semaines. Elle succède à Christine, tra- vailleuse sociale salariée de La Maison Verte, qui a pris sa retraite il y a un an. « Après son départ, il y a eu une période de flou. Ma désignation à ce poste s’est faite naturellement », explique Martine. Pas facile de prendre la suite d’une « pro » du social. La nouvelle responsable n’aime pas être placée sous la lumière et elle vou- drait qu’on parle de toutes les personnes avec qui elle travaille : Liliane, Gisèle, Odette, Mimouna, Ena, Anne-Denise, Moké, Kolidou...

un lieu d’accueil avant tout

Le premier maillon de la chaîne que gère Martine, c’est la réception des vêtements. Tous les mardis et vendredis, elle accueille les donateurs avec Liliane. Si quelqu’un vient déposer des habits les autres jours de la semaine, il ne sera pas refoulé, bien entendu. Puis vient le tri en trois catégories : le « top » sera vendu lors d’une braderie de La Maison Verte (toutes les huit semaines) ; le « pire » sera donné au Relais Emmaüs pour destruction et recyclage ; enfin,tout ce qui se situe entre les deux sera proposé au vestiaire. Le vestiaire n’est pas un simple libre- service. Une heure avant la mise à dis- position des vêtements, les « accueillis » sont reçus dans le foyer par Gisèle et Stéphane, le pasteur. Ils peuvent prendre un petit déjeuner, boire un café, discuter. Aucun bon attribué par une assistante sociale ne leur est demandé. Ils doivent simplement tirer au sort un ticket qui déterminera ensuite leur ordre de passage. Puis pendant deux heures, les « dames » et les « messieurs » – comme Martine aime à les appeler – vont faire leur choix.

« Les dames sont plus gâtées, remarque Martine, car nous manquons cruelle- ment de vêtements masculins. » Le vestiaire reçoit à chaque fois une cinquantaine d’adultes et une quinzaine d’enfants. « Certains osent à peine nous regarder, reconnaît Martine. Je dois faire preuve de bienveillance et parfois aussi d’autorité, par exemple lorsque deux dames convoitent le même article ! » Même dilemme lorsqu’il s’agit de répartir les produits d’hygiène achetés par La Maison Verte (avec un budget de 50 euros par mois). « Je suis obligée d’expliquer qu’ils sont des- tinés aux personnes en très grande précarité », regrette la coordinatrice, qui souhaite augmenter le stock de ces articles dès la rentrée grâce à un par- tenariat avec de grandes enseignes de distribution.


« J’arrive à voir quand quelqu’un va mal » Martine a commencé à travailler à l’âge de 15 ans et a fait toute sa carrière dans un salon d’esthétique rue Championnet, dans le 18e arrondissement de Paris. « A l’époque, je trouvais ce métier futile, je ne m’en vantais pas. C’est après avoir arrêté pour raisons de santé que j’ai réalisé que j’apportais du bien-être », se souvient- elle. Elle a connu La Maison Verte en 2006 par l’intermédiaire de la Croix rouge, dont elle est aujourd’hui encore bénévole : elle tient un après-midi par semaine la Baby-boutique2, qui vend à prix modique des vêtements pour femmes enceintes et enfants. C’est au début des années 2000 que Martine a ressenti le besoin de s’investir dans une activité solidaire. Elle a récolté des bouchons au marché de l’Olive en faveur des handicapés (pour l’associa- tion Les Bouchons d’amour). Elle a aussi maraudé dans Paris, de jour et de nuit, avec les Robins des rues. Quel que soit le lieu où elle prête sa bonne volon- té, Martine a un atout : « Après toutes les difficultés que j’ai rencontrées dans ma vie, j’ai une lecture différente des choses. J’arrive à voir quand quelqu’un va mal. »
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