Cet été, éclaireuses et éclaireurs se réuniront ensemble dans plusieurs camps pour célébrer les cent ans du mouvement. Mais si le scoutisme est bien né en 1911, filles et garçons ont fait bande à part jusqu’en 1970. Leur unification n’a d’ailleurs pas enterré le débat autour de la mixité des groupes. Fin de l’année 2010, le mouvement national a, lui, préconisé le recours à la non-mixité. « La prise d’autonomie et de res- ponsabilité est plus facile dans un univers non mixte », justifie Elsa Bouneau, vice-présidente des Eclaireuses et Eclaireurs unionistes de France (EEUDF) La commission « branche moyenne » du mouvement, qui planche sur les groupes d’éclaireurs (12 à 16 ans), s’est en effet penchée sur le fonc- tionnement des équipes. « Les préjugés sont parfois plus dur à com- battre quand filles et garçons sont ensemble dans la vie au quotidien, dit Elsa Bouneau. Et les premières se retrouvent souvent à s’occuper des tâches ménagères ». Héloïse Duché est membre des EEUDF. Elle travaille sur le scoutisme féminin dans le cadre de son Master en Sciences de l’éducation. Elle pense aussi que « la construction de la domination se fait aussi dans les espaces de mixité où la confrontation entre filles et garçons est dure ». Elle estime que les moments d’« entre-soi », non sexués, peuvent être des moments privilégiés. Les garçons se rendent compte qu’ils peuvent faire la vais- selle et la cuisine en même temps que les filles réalisent qu’elles peuvent se passer des garçons pour couper le bois ou faire du feu.

Le mouvement EEUDF a tranché lors d’un conseil d’administrationqui s’est tenu en octobre 2010. Son message : pour un scoutisme de qualité, mieux vaut avoir recours à des unités co-éduquées. Il s’agit d’équipes de quatre à huit éclaireurs non-mixtes, à l’intérieur d’un plus grand ensemble, l’unité, qui regroupe plusieurs équipes et qui, elle, est mixte. Actuellement, envi- ron la moitié des effectifs sont déjà dans cette configuration.

Éviter le problème Marion Coste est responsable des louveteaux (8-12 ans) de l’unité Barbès-Montmartre, à La Maison Verte. Si elle partage l’objectif du mouvement de ne pas reproduire les schémas sociaux de domination masculine, elle diverge sur le choix de la méthode. « Pour moi, faire des équipes non-mixtes revient à éviter le problème. Le pire des machos se fera des pâtes s’il est tout seul. Au contraire, la mixité est intéressante car les garçons apprennent qu’ils sont capables de faire la vaisselle même quand il y a des filles ». Faire du feu, remplir les jerricanes d’eau, cuisiner, ranger le lieu de camp... Lors des camps d’été, une roue des services est organisée à l’intérieur des équipes. Malgré ce système, Marion reconnaît que les stéréotypes peuvent reprendre le dessus. Elle a été confrontée à ce genre de situations. Mais à travers le jeu ou la discussion, elle a réussi à avancer pédagogiquement. Marion a la conviction que « le scoutisme peut vraiment apporter des réponses » car il est présent à tous les moments de la vie. Elle a aussi le sentiment que la lutte contre les clichés sexistes passe par la formation des responsables à ces questions-là. Un avis que je rejoint Héloïse Duché : « L’important c’est que mixité ou non, les moments et les espaces soient réfléchis. La vraie question c’est est-ce qu’on prodigue une éducation émancipatrice des rôles sociaux qu’on nous assigne ? » Une commission genre a été créée en septembre 2010 au sein des EEUDF. Laure Salamon est l’une des cinq membres : « Le débat autour de la mixité déclenche des passions et des discussions houleuses », reconnaît- elle. La commission s’est donc fixée comme objectif de « proposer des outils pédagogiques » d’ici la fin de l’année pour aborder la question des genres. JuLia PaSCuaL