Doucement mais sûre- ment, Causette fait son trou dans le monde cloisonné de la presse française. Prenant le contre-pied de ses soi- disant concurrents – Elle, Marie-Claire, Femme actuelle... – le magazine bimestriel se revendique « féminin et intelligent ». Dans ses pages, pas de conseils shopping, ni de régime minceur. On y parle politique, international, sexualité... parfois avec humour, mais sans jamais prendre les lectrices « pour des quiches ». Causette est née dans le cerveau de Grégory Lassus-Debat, un soir d’été 2007 : « Malgré son intérêt pour l’actualité et son goût de la lecture, ma copine n’achetait pas de féminin. Aucun des multiples titres existants ne l’intéressait, se souvient le jeune journaliste de 29 ans. J’ai essayé d’imaginer un magazine féminin qui pourrait lui plaire, et, à travers elle, à toutes les femmes de mon entourage ». Grégory en parle autour de lui, bidouille une fausse couverture sur son ordinateur et, peu à peu, se persuade qu’il tient un truc. Garde-fou Dans ce projet « un peu fou », il embarquera Gilles Bonjour, un copain. Ce dernier, 32 ans, est informaticien au Crédit Agricole. « Il a la tête sur les épaules, je voulais qu’il soit mon garde- fou », explique Grégory. Gilles fait aussi partie de ceux que la futilité de la presse féminine exaspère. Il se souvient : « Nous descendions la rue des Martyrs dans le 18e, à Paris. Greg cogitait déjà depuis quelques semaines, lorsqu’il m’a parlé de son idée. Plus qu’être simplement son “garde-fou’’, j’ai voulu me lancer avec lui ». Plus d’un an et demi va s’écouler entre ce pacte fondateur et la sortie du premier numéro, en mars 2009. Des milliers d’euros investis de leur poche, de longues heures passées à bosser dans le deux pièces de Gilles, au 40, rue Doudeauville, aujourd’hui siège social des éditions Gynethic, éditrices du magazine. « Il y a eu une période où Greg logeait chez moi. Du coup notre vie se limitait à dodo, bou- lot, Causette, dodo ». Grégory résume : « On n’avait pas les moyens financiers du nombre d’heures qu’on y a passé ». Le désormais Directeur de la publication s’amuse à comparer leur budget de départ, « 347 fois inférieur à celui de Grazia », un hebdomadaire féminin du groupe de médias Mondadori France, lancé en août 2009. Incongruité Le premier numéro de Causette a été tiré à 20 000 exemplaires. Près de la moitié ont été vendus. L’incongruité de la ligne éditoriale a surpris et fait parler les médias. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Depuis, la formule a visiblement fait mouche, les ventes n’ont quasiment jamais cessé de grimper. Après une courte parenthèse, porte de Clignancourt, Grégory est revenu s’installer rue Doudeauville, mais cette fois-ci dans son propre appartement, au numéro 39. Lui et Gilles sont très attachés au quartier.

« J’ai toujours voulu y habiter, se souvient Gilles débarqué de province il y a cinq ans. Pour moi, c’était mythique. J’en avais l’image du Paris le plus vivant. Et effectivement, il y a du monde à n’importe quelle heure, même la nuit ». Grégory, lui, a été séduit par le côté « populaire, parfois un peu rock’n’roll » qui lui rappelle le quartier Saint-Michel, où il habi- tait à Bordeaux. « Ça correspond aussi un peu à l’identité que l’on veut donner au journal ». L’équipe rédactionnelle, qui s’est souvent réunie chez Gilles, a cependant quitté le quartier. Fort de son succès, le magazine prend cet été ses quartiers dans de nouveaux bureaux, dans le 11e arrondissement. Et passera à une parution mensuelle. BenJaMin Sèze