Les trois textes que nous venons d'écouter se font écho. Je vous propose de partir de la première lettre de Pierre qui pourrait bien nous choquer si nous la lisons un peu vite. Cette lettre nous parle de souffrance, celle endurée par le chrétien quand son identité de chrétien est rejetée.

La souffrance, chacun de nous en avons eu l'expérience à un moment de notre vie. Mais peut-être plus rarement à cause de notre identité de chrétien, de notre foi chrétienne.

Dans certains pays du monde, il est risqué d'être chrétien. Être chrétien, témoigner de sa foi constitue une menace pour la vie et l'intégrité physique. Et même si cette menace n'atteint pas le corps, bien souvent, dans ces pays, elle atteint l'esprit. Être chrétien signifie souffrir psychiquement et spirituellement à cause d'insultes, d'humiliations, de déchirements sociaux ou familiaux, d'exclusions de toutes sortes. Certains d’entre vous connaissent peut-être l’association Portes ouvertes au service des chrétiens persécutés. Cette association a pour mission de soutenir les chrétiens persécutés et de dénoncer ces persécutions. Elle dénombre jusqu’à 50 pays où la foi coûte gravement. Oui, souffrir à cause de sa foi chrétienne est une réalité aujourd'hui dans certains pays.

Peut-être avons-nous nous-mêmes eu l'expérience de rejets et moqueries parce que nous étions chrétiens, lors d’une conversation par exemple. Une remarque, une réflexion qui nous était adressée et qui visait nos convictions, nos engagements, nos choix de vie. Ce qui nous animait au plus profond de notre être s’est trouvé bafoué, ridiculisé. Et ça fait mal ! Notre amour pour notre prochain s’est trouvé blessé profondément.

Dans la première lettre de Pierre, il est question de souffrance et de joie. D'allégresse même ! Voilà des mots qui ne vont pourtant pas bien ensemble. La lettre suggère un contexte historique difficile pour les chrétiens. Les actes hostiles à l'encontre des chrétiens n'étaient pas rares dès le premier siècle. Il n'est donc pas étonnant que cette lettre parle de souffrance et qu'elle cherche à dépasser cette souffrance.

Alors je dis bien « dépasser » et non « donner sens » car j'y vois une différence importante. Donner sens à la souffrance pourrait bien amener à justifier la souffrance, voire la valoriser. Et les chrétiens n’ont pas toujours su faire la différence. Je pense aux mortifications qui étaient pratiquées au Moyen-Âge. Se faire souffrir pour se purifier de ses péchés.

Non, rien de tel ici ! Aucune souffrance ne porte en elle de valeur. Toute souffrance est clairement inacceptable. Et c'est précisément ce qui pousse le chrétien à refuser la souffrance en la combattant. Les actions mises en oeuvre ici, à la Maison verte, sont de cet ordre-là : accueillir tous ceux qui souffrent pour partager l'amour fraternel et trouver en cet amour la force qui relève et guérit de la souffrance.

Dépasser la souffrance : voilà ce que propose la première lettre de Pierre. Mais comment ?

Pierre nous met face à la figure de Jésus-Christ. Il nous invite à nous sentir associés aux souffrances du Christ. Il dit : « Avoir part aux souffrances du Christ. » Avoir part, ce n’est pas prendre part. Il ne s’agit pas d’aller au devant de souffrances pour rechercher je ne sais quoi qui pourrait ressembler à une espèce de communion avec le Christ. Non. Avoir part, c’est être éprouvé à la suite du Christ, à cause de son Évangile, comme lui-même a été éprouvé à cause de son Évangile.

Mais en quoi cela permettrait-il de dépasser nos souffrances ?

En parlant de la gloire de Dieu, Pierre nous rappelle que la gloire de Dieu a été révélée, s’est manifestée aux hommes alors même que le Christ était humilié et souffrait physiquement, psychiquement et spirituellement sur la croix. Quand Pierre parle des souffrances du Christ, il a bien sûr à l’esprit la Passion du Christ, sa mort sur la croix. Mais il a aussi à l’esprit le tombeau vide, la résurrection du Christ qui manifeste la gloire de Dieu et du Christ.

Voilà la clé de lecture qui nous est proposée pour comprendre ce rapprochement entre des mots qui ne vont pas bien ensemble, entre souffrance et joie, et allégresse même. Il ne s'agit pas de se réjouir des souffrances endurées à cause de notre engagement de chrétien et de notre témoignage mais de se réjouir de la gloire du Christ qui s'est précisément manifestée quand le Christ a traversé la souffrance, a dépassé la souffrance. Nos propres souffrances renvoient à celles du Christ et donc aussi à sa glorification.

Car cette gloire nous concerne bel et bien. En effet, Pierre nous dit que l'Esprit de Dieu repose sur nous. Si Dieu a été glorifié en traversant la souffrance et la mort, par le Christ, nous sommes, nous-mêmes, glorifiés par son Esprit.

L'évangile selon Jean que nous avons entendu tout à l'heure nous parle aussi de cette glorification. Jésus s'adresse à son père peu avant d'être arrêté pour être condamné et crucifié. Il prie son père d'être glorifié à l’heure même de l’issue dramatique, de sorte que Dieu lui-même soit glorifié par son Fils. Le but de cette glorification n’est pas centré sur Dieu mais sur les hommes. Le but est que le Christ puisse donner la vie éternelle à tous.

Ainsi, glorification et vie éternelle sont liées. La glorification est ce qui permet au Christ de donner la vie éternelle. J'irai même jusqu'à dire que la gloire de Dieu réside dans la vie éternelle.

Je m’explique. Jésus donne ici un sens pour aujourd'hui à la vie éternelle. Il n'est pas question d'une continuation de la vie terrestre comme nous pourrions l’entendre, ou d'une vie après la mort. Jésus dit : « la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Voilà une définition de la vie éternelle qui parle pour aujourd'hui.

Avoir la vie éternelle, c’est connaître Dieu, et le Christ envoyé par Dieu. Connaître que Dieu est l’origine de toute chose car tout est issu de Dieu. En effet, Jésus dit à son père en parlant des hommes qui ont gardé la parole de Dieu : « Ils savent que tout ce que tu m’as donné est issu de toi. » Et : « Ils ont vraiment su que je suis sorti de toi. » Avoir la vie éternelle consiste donc à connaître Dieu et le Christ. Le verbe « connaître » prend un sens fort, non pas d’un savoir mais d’une expérience de vie à tel point que nous pourrions dire que connaître Dieu, c’est vivre Dieu, vivre de la vie éternelle.

Si tel est ce que le chrétien est appelé à vivre, alors oui, il y a de quoi se réjouir et être transporté d’allégresse ! À des chrétiens persécutés à cause de leur foi et de leur engagement, Pierre annonce la gloire de Dieu et du Christ qui dépasse toute souffrance et offre la vie éternelle, la vie en Dieu.

La prière de Jésus à son père insiste sur l’unité entre le Père et le Fils, entre Dieu et le Christ. Ceux qui ont gardé la parole de Dieu ont aussi part à cette unité. Jésus demande à son père qu’ils soient un à l’image de l’unité divine. Vivre Dieu, c’est vivre en union avec Dieu pour toujours.

Le texte des Actes des apôtres que nous avons entendu se fait écho de cette union dans la prière après l’événement de l’ascension du Christ : « Tous, d’un commun accord, étaient assidus à la prière. » Le Christ maintenant glorifié et retourné à son père peut nous donner de vivre Dieu aujourd'hui. Et cela nous réjouit ! Amen.