10.34 Alors Pierre, ouvrant la bouche, dit: En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes,
10.35 mais qu'en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable.
10.36 Il a envoyé la parole aux fils d'Israël, en leur annonçant la paix par Jésus Christ, qui est le Seigneur de tous.
10.37Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a prêché;
10.38 vous savez comment Dieu a oint du Saint Esprit et de force Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du diable, car Dieu était avec lui.

Qui est agréable à Dieu ?
Jusque-là, pour Pierre et les apôtres, seuls les juifs pouvaient l'être : il fallait être juif pour être choisi par Dieu.
Plus tard, il faudra être chrétien, et même catholique, avoir reçu le baptême, faire parti de l'Eglise. Et on se mettait hors de l'église quand on était prostituée, homosexuel, divorcé etc.
Vous connaissez la formule : Hors de l'Eglise point de salut.
D'un position fermée, on revint quelques siècles plus tard à une position fermée.
D'une vision ethnique, on en revenait à une position exclusive qui rejetait les protestants, les orthodoxes, les membres d'une autre religion et les gens dont les moeurs n'étaient pas dans la ligne.

Mais pour Pierre, qui est agréable à Dieu ?
Pierre dans le texte que nous avons lu déroule de manière longue et détaillé - et encore on a arrêté avant la fin - un credo, une confession de foi : qu'est-ce que croire en Dieu ?
Est-ce qu'il faut croire en cela, signer cela pour être agréable à Dieu ?
Il ne dit pas ça. Il va dérouler son credo, le saint esprit va descendre à ce moment là, et en raison de cela, il va décider de bénir les personnes présentes.
Mais elles sont déjà agréable, droite pour Dieu, avant le credo, avant le baptême.

Et donc pour Pierre, qui est agréable à Dieu ?

Il dit : "En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes, mais qu'en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable."

Dieu n'accueille pas selon la figure : ce serait la traduction mot à mot de l'expression grecque qui est traduit pas la Segond par "ne fait point acception de personnes".

Dieu n'accueille pas selon la figure. Pas de délit de sale gueule.

Pas d'acceptation selon l'apparence,

la moralité supposée ou la nationalité,

ou qu'on soit riche ou pauvre.

"Celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable."

Le critère d'accueil est très large.

Il est large, et surtout, c'est dans son mouvement qu'il faut le saisir :

il s'élargit sans cesse.

Car à quel moment intervient cette sentence de Pierre ?

C'est la conclusion de la rencontre avec Corneille.

Je vous résume rapidement l'histoire.

Corneille est un centurion romain venant d'Italie. Toute sa maison - c'est à dire sans doute aussi ses esclaves et son personnel - est pieux, craint Dieu.

Ils ne sont pas juifs mais sympathisant. C'est certes un occupant, mais plutôt sympa, il a de la compassion pour le peuple.

Dans une vision, un ange vient le voir et lui demande de faire venir Pierre chez lui.

Dans le même temps, Pierre a aussi une vision :

une grande toile - genre nappe de pique-nique - sur laquelle il y a tous les quadrupèdes et les reptiles de la terre et les oiseaux du ciel.

Et une voix lui dit : "lève toi, tue et mange". Pierre ne veut pas, parce que dans le lot, il y a des animaux impurs.

Et il lui est répondu : "Ce que Dieu a purifié, toi, ne le souille pas".

Il accepte donc l'invitation du Centurion romain et lui déclare : "

"Vous savez, leur dit-il, qu'il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ou d'entrer chez lui; mais Dieu m'a appris à ne regarder aucun homme comme souillé et impur. C'est pourquoi je n'ai pas eu d'objection à venir, puisque vous m'avez appelé."

Il va manger avec Corneille et c'est là qu'il dit cette phrase selon laquelle Dieu fait pas de tri chez les personnes.

On voit donc une vision de l'accueil qui est large.

Et qui donc surtout s'élargit. Qui est dans un mouvement d'élargissement.

Au départ, il n'y a que les juifs qui sont agréable à Dieu pour le judaïsme le plus orthodoxe.

Mais on sait que dans l'Ancien Testament, on voit des non-juifs à qui on fait une place : jusqu'à Cyrus, empereur idolatre et païen de Babylone, qui est appelé par Esaïe "oint de Dieu", choisit par Dieu, quand il libère le peuple d'Israël de son exil en Mésopotamie. Un païen fait la volonté de Dieu.

Il y a certains juifs qui bien que juifs sont laissés de côté, et les autres juifs n'ont pas le droit de manger avec eux : les prostitués, les collecteurs d'impôts, les pécheurs...

Et nouvel élargissement : Jésus va manger avec eux.

Il y aussi des non-juifs qui sont sympathisants. Les craignants Dieu comme Corneille.

Mais, il n'est pas autorisé de manger avec eux.

Et nouvel élargissement : avec eux aussi, maintenant, on peut s'asseoir.

Et même, puisqu'ils craignent Dieu et qu'ils sont justes, ils sont agréable à Dieu.

Il y a tout un mouvement d'élargissement de la bénédiction de Dieu, de l'autorisation de savoir qui peut partager la même table, cette table où l'on prend l'acte symbolique de la sainte cène.

Ce texte nous raconte cet élargissement permanent.

Et c'est ce qui rend les mouvements de fermeture étonnants.

Alors que là, on voit Dieu qui ouvre ses bras de plus en plus large,

comment imaginer que cela se referme ensuite, qu'on ne soit agréable à Dieu que si l'on est catholique, avoir reçu le baptême, faire parti de l'Eglise catholique romaine,

et qu'on serrait hors de l'église si on était prostituée, homosexuel, divorcé etc ?

Est-ce que le mouvement de l'église, ce n'est pas d'être de plus en plus universelle ?

Des juifs aux païens. Et les païens changent la façon de comprendre Dieu.

Des païens d'Europe aux païens d'Amérique : et il faudra de grands débats pour admettre que les indiens ont une âme.

Et puis aujourd'hui, on a toujours du mal à accepter que Dieu ne traite pas les gens selon leur apparence.

On a du mal dans les églises à s'ouvrir aux homosexuels, aux sourds et malentendants, aux divorcés, dans les églises blanches à s'ouvrir aux noirs et réciproquement.

Et pourtant, nous sommes invités à élargir sans cesse.

A commencer par accepter les interpellations des Corneille,

a à accepter leur invitation à entrer dans leur vie.

Commencer par rencontrer et faire un bout de chemin ensemble.

Sans condition.

Avez-vous entendu comme Pierre n'impose pas sa confession de foi ?

Il ne l'impose, il n'impose pas son acceptation comme condition pour aller manger chez Corneille.

Il ne dit pas qu'il faut l'adopter pour être agréable à Dieu.

Il n'en fait pas une condition pour élargir le cercle de l'Eglise.

Au contraire, comme Corneille et Dieu lui ont permis d'élargir sa vision de qui est agréable aux yeux de Dieu, il élargit lui-même la vision qu'il avait jusque-là de sa propre foi, en donnant une confession de foi très ouverte.

Dans beaucoup de textes, ceux de Paul par exemple, il n'y a que la mort et la résurrection.

Et être chrétien, ce serait croire en cela. S'il n'y a pas cela, on ne le serait pas.

Alors bien sûr, dans cette confession de foi, il y a la mort et la résurrection,

Mais il y a autre chose.

C'est une bonne nouvelle de paix.

C'est une bonne nouvelle qui a des effets, qui se réalise, dans le pays des gens à qui il parle.

C'est l'esprit saint qui rentre dans la vie des personnes.

C'est l'histoire de Jésus comme celui qui fait le bien et guérit.

Celui qui s'adresse à tout ceux qui sont tyrannisés par le diable, qui sont sous la puissance qui les divise, les détruit, les fait agir pour le mal.

Voilà comment Pierre dit sa foi.

Est-ce que ça veut dire que la résurrection n'est plus importante ?

Mais est-ce qu'annoncer la paix face à l'angoisse et la mort, ce n'est pas dire la résurrection ?

Est-ce que dire qu'il y a une bonne nouvelle dans la vie des personnes, ce n'est pas dire la résurrection ?

Est-ce que voir l'esprit saint rentrer dans la vie des personnes, ce n'est pas dire la résurrection ?

Faire que des personnes ne soient plus tyrannisées par leurs démons, ce n'est pas dire la résurrection ?

L'élargissement est celui de l'Eglise, mais c'est aussi celui de la résurrection, qui se dit peut-être moins comme "Il est mort et ressuscité le troisième jour", mais s'élargit dans bien d'autres façons de le dire, de le vivre, avec un alcoolique qui rentre en cure, un enfant des milieux populaires qui réussit dans cette école si peu faite pour lui, un sans-papier qui n'est pas renvoyé.

Qui se dit quand nous nous levons contre les mauvais traitements pour les étrangers, les roms, les personnes LGBT et que nous disons : pas d'accueil à la tête du client. Pas d'acception de personne.

Ce mouvement d'élargissement, nous sommes sans cesse invités à le continuer,

en ouvrant l'église,

en élargissant les formes que prend la résurrection,

en prenant conscience de ces nouvelles formes que prend la résurrection sans rien nous demader.

en annonçant la bonne nouvelle de la paix,

et en faisant souffler l'esprit saint dans ce monde.

Amen.