10h30 à la gare Montparnasse le 8 juillet. Eliane Frommel du Foyer de Grenelle est déjà là avec une famille du Picoulet (Paris 11e), un panneau « Mission populaire évangélique » bien visible. Les autres vont bientôt nous rejoindre de Trappes et Rouen, destination : Mazamet, comme des enfants de La Maison verte sont partis trois jours tôt vers la Suisse. Huit heures trente de voyage et un peu d'inquiétude en perspective, pour les accompagnateurs aussi...
Passées les premières angoisses – la moitié des places que nous a vendu la SNCF n'existent pas ! - les premiers copinages se nouent. Quatre enfants commencent à jouer aux cartes, un petit Moïse fait un dessin avec le prénom d'une petite Sarah qui fait de même en retour. Fanta et Souman ouvrent leurs livres, sages comme les images qui y défilent... Une petite fille pleure dans son coin – avant de passer une partie du voyage dans les WC : à 11 ans elle quitte pour la première fois sa maman... A la fin de la journée, quelques oreilles adultes attentives et câlins plus tard, elle jouera à cache-cache avec les autres...
« Il y a d'autres enfants dans les familles ? », « On pourra appeler nos parents à l'arrivée ? » : ceux qui sont déjà partis les années précédentes répondent aux nouveaux, les rassurent. De jeux en jeux, de concours de blague en leçon de cocotte en papier, de moustache dessinée au stylo bille en razzia sur le paquet de bonbon, le temps passe vite : « Si chaque journée est comme ça, les trois semaines vont passer à toute vitesse !» s'inquiète sérieusement Norman de Rouen.
Dernière ligne droite, le TER entre Toulouse et Mazamet. Pas de clim', une chaleur ahurissante. Qu'à cela ne tienne, nouveau jeu : à chaque gare, on descend à toute vitesse sur le quai, et on remonte dès le coup de sifflet du contrôleur. Rigolade, âneries, grimaces, le tout scandé à tue-tête par la chanson du dessin animé « oui-oui ». Arrivée à Castres : le chauffeur de la loco entrouvre la porte de sa cabine. Ni une, ni deux, les enfants vont lui demander de visiter, découvrent les biens étranges commandes et reviennent ravis de leur audace autant que de la rencontre.
Arrivée à Mazamet. Les membres de la paroisse, les familles accueillantes, pas toutes protestantes, attendent à la gare et accompagnent tout le monde au presbytère pour un délicieux repas en commun – quiches, pizzas et salades maisons, pâtés et saucisson du coin. Un enfant du Foyer de la Duchère, arrivé quelques heures plus tôt, fait la distribution des esquimaux glacés. Les familles partagent la même motivation : « on a la chance d'avoir une vie agréable, on veut redonner à d'autres ». Et la même inquiétude : trois semaines, c'est long, surtout avec des enfant aussi vivants avec lesquels il faut faire des choses quasiment tous les jours ! Les plans s'échangent. Les sorties de toutes les familles au lac, à l'aquaparc, à l'accrobanche se préparent. Dans le jardin du presbytère, les enfants jouent comme s'ils se connaissaient depuis toujours.
Première chamaillerie de garçons quand la frime pré-ado reprend le dessus sur la timidité. Durée : 45 secondes ! Il va bientôt falloir aller se coucher. Le petit rouleur de mécanique va pouvoir sortir les pantoufles en moumoute vertes qu'il a soigneusement caché tous le long du voyage. Les petites filles bien sages sortir leurs jolis pyjamas fujia achetés spécialement pour ces vacances... Le vent d'autan souffle sur Mazamet. Accueilli dans une jolie maison par des gens charmants et amoureux de leur ville, l'accompagnateur se dit qu'il aimerait à nouveau avoir 11 ans... et rester en vacances ici...

Stéphane Lavignotte