5.1 C'est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude.
5.2 Voici, moi Paul, je vous dis que, si vous vous faites circoncire, Christ ne vous servira de rien.
5.3 Et je proteste encore une fois à tout homme qui se fait circoncire, qu'il est tenu de pratiquer la loi tout entière.
5.4 Vous êtes séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi; vous êtes déchus de la grâce.
5.5 Pour nous, c'est de la foi que nous attendons, par l'Esprit, l'espérance de la justice.
5.6 Car, en Jésus Christ, ni la circoncision ni l'incirconcision n'a de valeur, mais la foi qui est agissante par la charité.
5.7 Vous couriez bien: qui vous a arrêtés, pour vous empêcher d'obéir à la vérité?
5.8 Cette influence ne vient pas de celui qui vous appelle.
5.9 Un peu de levain fait lever toute la pâte.
5.10 J'ai cette confiance en vous, dans le Seigneur, que vous ne penserez pas autrement. Mais celui qui vous trouble, quel qu'il soit, en portera la peine.
5.11 Pour moi, frères, si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté? Le scandale de la croix a donc disparu!
5.12 Puissent-ils être retranchés, ceux qui mettent le trouble parmi vous!

Christ nous a libéré pour que nous soyons vraiment libres, tenez bon, donc, ne vous laissez pas réduire de nouveau en esclavage !

Bang, bang, la sentence frappe, comme un coup de gong, une charge au clairon !

De quoi donc Christ nous libère, de quoi ne devons nous pas subir à nouveau l'esclavage ?

Dans le texte, ce qui est évident, c'est la circoncision.

Alors, ça peut nous paraître un peu léger. Comme homme, bien sûr, je ne dirais pas que c'est léger, c'est un peu intime comme tatouage quand même.

Mais après tout, on se dit : justement, certes c'est définitif comme un tatouage.

Mais après ? ça ne se voit pas et ça n'implique pas grand chose.

Mais pour les auditeurs, ça implique beaucoup plus.

D'abord, comme le dit le texte : qui se fait circoncir doit obeir à la loi toute entière.

Ce petit bout en moins, c'est des centaines de contraintes en plus.

Obeïr à la loi toute entière, dans le judaïsme orthodoxe, c'est obeïr à 613 lois sur la façon de manger, la façon de s'habiller, la vie dans le couple etc.

Bref, c'est tout un mode de vie.

Donc, ne plus se faire circoncir, c'est changer abandonner tout ça, et changer tout bonement, de mode de vie.

On voit bien ce que vise Paul quand il parle d'un esclavage induit par la circoncision : une vie rythmée par la loi et pas, selon lui, par l'esprit de Dieu.

Mais la circoncision c'est aussi autre chose.

C'est depuis Abraham le signe pour les juifs de l'appartenance au peuple juif.

On est juif quand on est circoncit, on ne l'est pas quand on n'est pas circoncit.

Donc quand Paul supprime l'esclavage, il ne fait pas que supprimer l'esclavage, il supprime la frontière qui définie le peuple juif, il dissout ce qui fait qu'il y a un dedans et un dehors, qu'il y a "eux" et "nous".

Il efface la frontière qui fait que l'identité est définie par un cercle,

une frontière par rapport à laquelle on est d'un côté ou d'un autre.

On se demandera : mais nous, en quoi ça nous concerne ?

Après tout, nous ne sommes pas circoncis.

Nous, nous ne serions pas dans l'esclavage.

Et bien pour deux raisons.

D'abord parce que nous avons toujours tendance, et c'est sans doute quasiment obligatoire dans toute vie en société, nous avons toujours tendance à avoir des nouvelles lois, qui sont aussi des esclavages, qui marquent un dedans et un dehors.

Par exemple, en France depuis un moment, certains donnent de l'importance à l'identité française, et on la définie avec des trucs plus ou moins logiques ou pas, racistes ou pas, rationnels ou pas : cracher ou pas par terre, boire du vin, manger du saucisson, jouer aux cartes, aimer le foot.

Toute vie en société crée ainsi des moeurs, des habitudes, des modes de vie.

Mais à quelle moment, en fait-on de nouvelles lois, un nouvel esclavage, de nouveaux marqueurs pour recréer des frontières, des eux et nous ?

Le foot, le jeu de carte, le saucisson et le rouge obligatoires, moi je ne m'y reconnais pas là-dedans, mais comme je suis blanc et chrétien, on ne m'embête pas.

Mais si j'étais noir et musulman, si je n'adhérais pas à ça, ne serai-je pas suspect d'être "en dehors" ?

La rondelle de saucisson n'est-elle pas aujourd'hui brandie comme un nouveau marqueur identitaire ?

La deuxième raison, c'est la liberté.

Paul dit : Christ nous a libéré pour que nous soyons vraiment libres.

Notre nouvelle identité serait-elle d'être libre ?

Pas si sûr.

Car cette phrase - Christ nous a libéré pour que nous soyons vraiment libre - a été traduite différement par d'autres : de la liberté, Christ nous a libéré.

Et vous vous souvenez que juste avant dans le texte, en galate 3,28, Paul dit qu'il n'y a plus ni juif, ni grec, ni homme, ni femme, ni esclave, ni libre. Ni libres non plus.

Nous ne serions plus esclaves. Nous serions libérés de l'esclavage.

Mais nous ne serions pas libres non plus. Car nous serions aussi libérés de la liberté.

Qu'est-ce que cela signifie ? Comment être libéré de la liberté ?

Là aussi, deux raisons parallèles.

La première, c'est qu'on peut être esclave de la liberté.

On peut se sentir obligé d'appliquer la solution qu'on nous présente comme la plus libre.

En économie, quand on nous dit : il faut de plus en plus de liberté dans le marché du travail, de moins en moins d'encadrement des banques et des entreprises, la liberté est obligatoire.

Dans les moeurs.

Dans un couple, on peut très bien imaginer un des membres du couple qui dit à l'autre : certes, nous sommes en couple, mais nous sommes des gens libres, je dois avoir la liberté d'avoir autant de relation extra-conjugale que je veux, et d'ailleurs toi aussi, fait pareil, sinon tu n'es pas libre.

On a dans ce cas - qui quand même n'est pas très fréquent - une liberté qui devient une obligation pour l'autre.

Ou dans la consommation. Avez vous remarqué comme la consommation est présentée comme une liberté, un lieu où l'on pourrait faire ce qu'on veut, mais en même temps où consommer est une obligation pour une vie épanouie.

On peut donc devenir esclave de la liberté.

Il y a une autre raison. On le disait, l'esclavage, la loi, ça créait un dedans et un dehors.

N'y-a-t-il pas toujours le risque de brandir la liberté comme une nouvelle loi, qui définie à son tour un dedans et un dehors ?

Dans le texte de Paul, à quoi sert-il que l'identité "esclave", "loi" avec ses frontières disparaissent,

si on crée une autre identité "libre", "esprit" qui crée une nouvelle identité, dedans-dehors :

nous nous sommes libres, pas les autres.

Eux sont des ringards encore sous la loi, nous nous sommes des gens à la page, vivant dans la liberté.

N'est-ce pas ce qu'on voit aujourd'hui aux Pays-bas, en Suisse, en France, dans certaines réactions face à l'islam ou au christianisme évangélique ?

Nous, nous sommes des gens modernes, libres, puisque nous avons abandonné les chaînes de la religion, ou en tout cas de religions réactionnaires, fondamentatalistes.

Eux, sont des ringards, dangereux, qui croient encore en Dieu, et appliquent des règles contraignantes de vie, liberticides : ne pas manger de porc, ne pas boire d'alcool, ne pas avoir de relations sexuelles avant le mariage etc. ?

La liberté sert alors de nouveau moyen de définir un "eux" et "nous" quand Paul voulait d'abord dissoudre toutes les frontières : il n'y a plus ni juif, ni grec, ni homme, ni femme, ni esclave, ni libre.

Il y a l'esprit saint qui souffle sans frontière.

Paul est clair dans ce texte :

pour celui qui est uni en Christ,

ni être circoncis ou ni ne pas l'être n'a d'importance.

Encore un "ni, ni" qui dissous les deux identités des deux côtés de la frontière, pour faire disparaitre la frontière.

Mais s'il n'y a ni la loi, ni la liberté qu'y-a-t-il ?

Paul est clair : pour celui qui est uni en Christ, ni être circoncis ou ni ne pas l'être n'a d'importance, ce qui en a, c'est la foi mise en oeuvre par l'amour.

Il y a comme ça dans le texte, trois phrases qui sonnent comme des confessions de foi, comme le coeur de la foi de Paul :

La première : Christ nous a libéré pour que nous soyons vraiment libres,. tenez bon, donc, ne vous laissez pas réduire de nouveau en esclavage !

La seconde : pour celui qui est uni en Christ, ni être circoncis, ni ne pas l'être n'a d'importance, ce qui en a, c'est la foi mise en oeuvre par l'amour.

Et la troisième : nous en effet, par l'esprit de la foi, nous attendons l'espérance de la justice.

Il n'y a plus une identité, par la loi ou par la liberté, qui définie une frontière autour de nous, avec un dedans et un dehors.

Il y a quelque chose en nous, qui nous transforme de l'intérieur,

quelque chose qui fait de nous une nouvelle création, loin des oppositions habituelles loi-liberté,

qui nous fait vivre l'amour de soi, et l'amour des autres, qui nous fait vivre la justice.

Nous ne sommes plus dans un rapport où "moi", "nous" se définie contre toi, contre vous par une identité,

mais où j'ai en moi un amour de moi, un amour de toi,

qui me fait entrer avec l'autre dans une relation d'amour et de justice,

l'amour met en oeuvre la foi,

et c'est ça qui est important.

Il n'y a plus un cercle qui définie une frontière.

Il y a une fontaine centrale, qui offre de l'eau à chacun. Et chacun est cette fontaine.

Il n'y a plus un cercle mais une roue de vélo avec ses rayons. Et chacun est cette roue de vélo.

Cet amour qui met en oeuvre la foi, cette amour qui met en pratique la foi ne constitue pas une nouvelle identité, même pas une identité chrétienne qui définirait à nouveau un dedans et un dehors,

cet amour qui met en oeuvre la foi, se subsitue à tout besoin d'identité,

il me remplie d'amour là je me remplissais d'identité,

il me remplie d'envie de justice et de mise en oeuvre de la justice, là où il y avait la concurrence dans l'affirmation de ma loi, de ma liberté, ou de ma civilisation.

Il n'y a pas conflit des civilisations, mais civilisation de la rencontre, de la justice, de l'amour.

Oui assurement, pour celui qui est uni en Christ,

ni être circoncis, ni ne pas l'être

n'a d'importance,

ce qui en a, c'est la foi mise en oeuvre par l'amour.