Notre place est sur la frontière : la rencontre et l'inclusivité au cœur du projet de la Mission populaire

Mission, le terme paraît ancien, dépassé. Il rappelle un geste : se porter au-delà des frontières. La Mission populaire au long de son histoire s'est portée, comme d'autres mouvements populaires, sur les lieux de frontière et de fracture de la société. Des personnes en-deça des frontières ont rencontrées et ont été rencontrées par ceux que l'on rejetait au-delà : ouvriers au XIXe siècle, étrangers dans les années 60, personnes gays et lesbiennes dans les années 70, personnes précaires à la fin du XXe siècle, personnes en situation de handicap depuis le début de notre siècle. La mission y a renouvelé en permanence son sens, et cela continue : ces frontières se déplacent, nous sommes rencontrés par des personnes que nous n'attendions pas.

Ces rencontres souvent nous désorientent, nous déstabilisent, nous inquiètent, nous bousculent. Ce sont des expériences fortes que nous ressentons comme le coeur de notre engagement. Engagement comme croyants, parce que Jésus est une personne qui rencontre et se laisse rencontrer et déplacer par celles et ceux qu'Il rencontre. Engagement comme croyants et non croyants, parce que les valeurs humanistes ne sont vivantes que dans la rencontre avec l'humain que je n'attends pas. En étant des lieux de rencontre, nos Fraternités font vivre notre utopie : dans ces moments où des personnes découvrent d'autres personnes au-delà des étiquettes, le respect remplace la violence, la fraternité remplace l'indifférence, le partage remplace l'égoïsme, la dignité remplace le mépris. Quand des personnes peuvent être accompagnées dans un chemin de réconciliation avec eux-mêmes, leurs proches, la vie en commun, nous sommes témoins de la Bonne Nouvelle de l'amour toujours plus fort que les logiques mortifères.

Nous voulons prendre au sérieux et inviter à prendre ausérieux cette dimension de l'identité de la Mission populaire. L'accueil sans discrimination, en particulier de celles et ceux qui ne sont pas accueillis ailleurs, est un des principes forts de la Mission populaire. Nous voudrions le compléter en proposant le terme d'inclusivité : l'inclusivité signifie à la fois l'affichage clair du refus de toutes discrimination dans l'accueil, mais aussi faire tout ce qui nous est possible pour permettre à chacun de trouver sa place. Chacun le fait à sa manière, avec ses moyens, avec sa réalité locale, en fonction des gens rencontrés : modifier la forme du culte pour que des personnes d'origine africaine y retrouvent leur sensibilité, organiser une garde d'enfant pour permettre la participation des jeunes parents, rendre accessible des locaux, traduire en langue des signes des débats ou des cultes, ne pas refuser aux uns ce que nous construisons avec les autres, par exemple des moments de rituel, de prière, de bénédiction pour marquer les grands moments de la vie des personnes, des couples, des familles, en raison d'une orientation sexuelle...

Chantier à vivre localement, l'engagement inclusif est aussi une tâche pour le national de la MPEF, par exemple par l'inscription de ces principes dans ses futurs documents de référence, par la prise de positions claires contre les discriminations racistes, sexistes ou homophobes ou la participation aux initiatives et structures inter-associatives sur ces questions.

Naam le Syrien et Elisée le juif, Jésus et le centurion romain, Philippe et l'eunuque éthiopien, Pierre et Corneille : ces rencontres dérangeantes ont écrit quelques unes des pages les plus belles et les plus évangéliques de la Bible. Elles écrivent aujourd'hui et écriront demain les plus belles pages des Fraternités de la Mission populaire.

Stéphane Lavignotte, Christine Villard, Pierre-Olivier Dolino, Marina Zuccon, Diane Barraud