LE LEVITIQUE, chapitre 18 verset 30 et chapitre 19 verset 1
(18:30) "Gardez mes observances, sans pratiquer ces lois abominables qui se pratiquaient avant vous, et ne vous rendez pas impurs par de telles actions ; C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu". (19:1) Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : "Parle à toute la communauté des fils d'Israël. Tu leur diras : Soyez saints, car je suis saint, moi le SEIGNEUR, votre Dieu."

L'EPÎTRE AUX EPHESIENS, du chapitre 4, verset 30au chapitre 5, verset 2
(30) N'attristez pas le Saint Esprit, dont Dieu vous a marqués comme d'un sceau pour le jour de la délivrance. (31) Amertume, irritation, colère, éclats de voix, injures, tout cela doit disparaître de chez vous, comme toute sorte de méchanceté. (32) Soyez bons les uns pour les autres, et pleins d'affection. Pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné en Christ.
(1) Imitez Dieu, puisque vous êtes des enfants qu'il aime. (2) Vivez dans l'amour comme le Christ nous a aimés et s'est livré lui-même à Dieu pour nous ....

L'EVANGILE SELON JEAN, chapitre 15, versets 9 à 10 et 16 à 17
(9) Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour. (10) Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour comme, en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour.
(16) Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et chargés afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. Ainsi, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera. (17) Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.

Mes chers frères et sœurs, les trois textes bibliques que nous venons d'écouter, sont trois textes forts. Trois textes assez différents, qui nous parlent de notre relation à Dieu.
D'abord, le texte du Lévitique. Comme dans une grande partie de ce livre -le troisième de la Torah-, dans le chapitre 18 Dieu parle à Moïse en lui donnant des prescriptions, des règles de vie, que Moïse doit présenter aux Israélites.
Ce sont des règles très pragmatiques, très concrètes, par exemple relatives aux moisissures sur les vêtements, aux boissons alcoolisées ou, comme dans ce chapitre 18, au respect de l’union conjugale. Mais ces règles se situent dans un cadre très spécial, ainsi que Dieu l’explique à Moïse : le pourquoi de ces prescriptions est que les Israélites doivent montrer, dans leur vie de tous les jours, leur spécificité de peuple élu, peuple de Dieu.
Comme le début du chapitre le souligne : « Vous ne ferez pas ce qui se fait en Egypte où vous avez habité, et vous ne ferez pas ce qui se fait en Canaan où je vous amène.» Et le chapitre finit avec les paroles que nous avons entendues : "Gardez mes observances, sans pratiquer ces lois abominables qui se pratiquaient avant vous, et ne vous rendez pas impurs par de telles actions ; C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu".
C'est le SEIGNEUR Dieu qui parle en Dieu exigeant. Le Dieu qui exige que son peuple ne soit pas comme les autres peuples, mais qu’il manifeste -dans son existence même- son obéissance à son Dieu en observant les lois que Dieu lui a données.
Et Dieu met la barre très, très haut dans ces paroles de notre texte : « Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : "Parle à toute la communauté des fils d'Israël. Tu leur diras : Soyez saints, car je suis saint, moi le SEIGNEUR, votre Dieu." "Soyez saints, car je suis saint, moi, le SEIGNEUR, votre Dieu". Est-ce que l’on peut exiger plus ? D’autres Dieux ont exigé de l’obéissance, des offrandes, des cultes, des temples, mais nul autre que le Dieu d’Israël n’a demandé à son peuple d’être saint comme lui-même est saint.

Je vous ai présenté ce texte du Lévitique pour exposer explicitement la relation entre Dieu et son peuple dans le Premier Testament. Ce qui est frappant quand nous passons au Nouveau Testament avec ces paroles que l’apôtre Paul écrit à la communauté chrétienne à Ephèse, c'est le changement de ton, d'approche.
Paul demande aux Ephésiens un comportement digne de croyants. Non plus parce que c’est Dieu qui l’exige. Non, Paul donne un message radicalement autre, comme l’exprime cette merveilleuse phrase au début de notre texte : « Pour ne pas attrister le Saint Esprit qui vous a marqués ». Après cette éblouissante expression imagée n’attristez pas le Saint Esprit Paul concrétise son exhortation avec d’autres paroles, aussi fortes : « Imitez Dieu, puisque vous êtes des enfants qu'il aime »..
Le début est impérieux : "imitez Dieu". Ma première réaction quand j'entends ce texte est toujours : non, c'est trop, c'est excessif ; comment penser que nous, hommes et femmes de ce monde, pourrions nous imaginer, même un seul instant, que nous pourrions imiter Dieu, que nous pourrions essayer d'être comme lui. C'est comme si nous étions de nouveau devant le message du Lévitique : soyez saints comme Dieu est saint. Quelle audace, quelle témérité, quelle attitude utopique, quelle prétention !
Mais heureusement, cela n'est pas du tout le propos de Paul. L'apôtre témoigne de sa foi, explique, enseigne, exhorte, admoneste même, mais il reste toujours réaliste, très impliqué dans la situation et la vie des communautés auxquelles il écrit.
Quand il écrit "imitez Dieu", il n'exhorte pas les croyants d'Ephèse à se prendre pour Dieu. Il ne leur demande que de comprendre, de vivre leur bonheur ; le bonheur qui surpasse toute intelligence, d'être les enfants bien aimés de Dieu. Il leur dit : cet amour avec lequel Dieu vous aime n'est pas n'importe quel amour. C'est l'amour avec lequel le Christ nous a aimé ; l'amour à cause duquel il s'est livré à Dieu pour nous.
Remarquez bien, Paul ne dit pas que Dieu nous pose des conditions pour qu'il puisse nous aimer. Il ne dit pas "Imitez Dieu, pour qu'il vous aime", mais : Dieu vous aime, vous êtes ses enfants ; cela ne peut que changer votre vie de fond en comble: puisque vous êtes des enfants qu'il aime. Tout l'accent, toute la quintessence de son message est dans ces paroles puisque vous êtes des enfants qu'il aime.
Ces paroles de Paul, ainsi que les paroles qui suivent, ont dû toucher les Ephésiens ayant reçu sa lettre, comme elles nous touchent encore aujourd'hui : "N’attristez pas l’Esprit saint, mais imitez Dieu, puisque vous êtes des enfants qu'il aime. Vivez dans l'amour comme le Christ nous a aimés et s'est livré lui-même à Dieu pour nous."
Tout comme les Ephésiens ayant reçu ces paroles, quand nous entendons ces mots magnifiques "Vivez dans l'amour comme le Christ nous a aimés", nous sommes certains qu'il ne s'agit pas là de nos efforts pour être saints. Nous pouvons être convaincus que Dieu ne nous demande pas de mériter son amour. Qu'il ne nous juge pas sur nos actions, qu'il ne nous justifie pas selon nos œuvres.
Ceci devient encore plus patent lorsque nous réécoutons les paroles de l’évangile selon Jean, des paroles que Jésus adresse à ses disciples, tout à la fin de son existence sur terre, parmi eux. Dans ce dernier entretien, il les exhorte à comprendre l'enjeu de leur vie de disciples ; à comprendre leur relation à Jésus et, à travers lui, à Dieu : "Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour. Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour...". Et plus loin : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis ».
Les relations sont extrêmement claires : "Ce n'est pas nous qui avons choisi Dieu, c'est Dieu qui nous a choisis". Ce n'est pas nous qui décidons que nous voulons être aimés par Dieu. Que nous consacrerons notre vie à son service, à son Royaume. Non, c'est lui qui est venu nous recueillir pour nous aimer. C'est Dieu qui nous aime, comme il l’a montré dans la venue du Christ parmi nous. Comme le Christ a montré l’amour de Dieu en se livrant pour nous.

Tout cela inspire la conviction de l’apôtre. Tout ce que Paul nous demande est qu'il n'y ait de la place dans notre cœur, que pour cet amour. Que nous vivions notre existence de tous les jours dans la joie de nous savoir les enfants que Dieu aime, qui ont été choisis par Dieu, leur père.
Et pour "imiter Dieu", cela suffit-il ? Oui, cela suffit. C'est tout et c'est beaucoup. Comme Jésus l'exprime selon l’évangile de Jean : "C'est moi qui vous ai choisis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure."
Paul dit dans sa lettre aux Ephésiens des choses très pragmatiques, très 'vie de tous les jours' : "amertume, irritation, colère, éclats de voix, injures, tout cela doit disparaître de chez vous, comme toute sorte de méchanceté. Soyez bons les uns pour les autres et pleins d'affection."

J’ai souvent l’impression que Paul aurait pu écrire sa lettre à nous-mêmes, à notre communauté de la Maison Verte. N'est-ce pas cela que nous essayons de vivre, de jour en jour, entre nous mais surtout avec tous ceux et toutes celles que nous accueillons ici ? D'être bons les uns pour les autres et plein d'affection ?
Vivre l'amour, c'est tout simplement cela. Pour la Maison Verte autant que pour chacun et chacune de nous. Avec les mots de Paul : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ». Dieu ne nous demande pas d'être des martyrs, de mener une vie sainte, hors de la réalité de notre monde.
Non, il ne nous demande que de vivre une vie normale, une vie de tous les jours. Une vie professionnelle, une vie de famille et d’amis, mais une vie qui puise sa force dans la conviction, tranquille mais inébranlable, que nous vivons comme des enfants, que Dieu aime. Dans la conviction que nous pouvons imiter Dieu, puisqu’il nous a choisis afin que nous allions et portions du fruit.