Imiter Dieu ?
Par -- le dimanche 14 février 2010, 23:05 - Prédications - Lien permanent
Prédication d'Herbert Van Tongeren du dimanche 31 janvier 2010.
LE LEVITIQUE, chapitre 18 verset 30 et chapitre 19 verset 1
(18:30) "Gardez mes observances, sans pratiquer ces lois abominables qui se
pratiquaient avant vous, et ne vous rendez pas impurs par de telles
actions ; C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu". (19:1) Le SEIGNEUR adressa
la parole à Moïse : "Parle à toute la communauté des fils d'Israël. Tu
leur diras : Soyez saints, car je suis saint, moi le SEIGNEUR, votre
Dieu."
L'EPÎTRE AUX EPHESIENS, du chapitre 4, verset 30au chapitre 5, verset 2
(30) N'attristez pas le Saint Esprit, dont Dieu vous a marqués comme d'un sceau
pour le jour de la délivrance. (31) Amertume, irritation, colère, éclats de
voix, injures, tout cela doit disparaître de chez vous, comme toute sorte de
méchanceté. (32) Soyez bons les uns pour les autres, et pleins d'affection.
Pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné en Christ.
(1) Imitez Dieu, puisque vous êtes des enfants qu'il aime. (2) Vivez dans
l'amour comme le Christ nous a aimés et s'est livré lui-même à Dieu pour nous
....
L'EVANGILE SELON JEAN, chapitre 15, versets 9 à 10 et 16 à 17
(9) Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon
amour. (10) Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour
comme, en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son
amour.
(16) Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et
chargés afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit
demeure. Ainsi, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous
l'accordera. (17) Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les
autres.
Mes chers frères et sœurs, les trois textes bibliques que nous venons
d'écouter, sont trois textes forts. Trois textes assez différents, qui nous
parlent de notre relation à Dieu.
D'abord, le texte du Lévitique. Comme dans une grande partie de ce livre -le
troisième de la Torah-, dans le chapitre 18 Dieu parle à Moïse en lui donnant
des prescriptions, des règles de vie, que Moïse doit présenter aux
Israélites.
Ce sont des règles très pragmatiques, très concrètes, par exemple relatives aux
moisissures sur les vêtements, aux boissons alcoolisées ou, comme dans ce
chapitre 18, au respect de l’union conjugale. Mais ces règles se situent dans
un cadre très spécial, ainsi que Dieu l’explique à Moïse : le pourquoi de
ces prescriptions est que les Israélites doivent montrer, dans leur vie de tous
les jours, leur spécificité de peuple élu, peuple de Dieu.
Comme le début du chapitre le souligne : « Vous ne ferez pas ce qui
se fait en Egypte où vous avez habité, et vous ne ferez pas ce qui se fait en
Canaan où je vous amène.» Et le chapitre finit avec les paroles que nous avons
entendues : "Gardez mes observances, sans pratiquer ces lois abominables
qui se pratiquaient avant vous, et ne vous rendez pas impurs par de telles
actions ; C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu".
C'est le SEIGNEUR Dieu qui parle en Dieu exigeant. Le Dieu qui exige que son
peuple ne soit pas comme les autres peuples, mais qu’il manifeste -dans son
existence même- son obéissance à son Dieu en observant les lois que Dieu lui a
données.
Et Dieu met la barre très, très haut dans ces paroles de notre texte :
« Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : "Parle à toute la
communauté des fils d'Israël. Tu leur diras : Soyez saints, car je suis
saint, moi le SEIGNEUR, votre Dieu." "Soyez saints, car je suis saint, moi, le
SEIGNEUR, votre Dieu". Est-ce que l’on peut exiger plus ? D’autres Dieux
ont exigé de l’obéissance, des offrandes, des cultes, des temples, mais nul
autre que le Dieu d’Israël n’a demandé à son peuple d’être saint comme lui-même
est saint.
Je vous ai présenté ce texte du Lévitique pour exposer explicitement la
relation entre Dieu et son peuple dans le Premier Testament. Ce qui est
frappant quand nous passons au Nouveau Testament avec ces paroles que l’apôtre
Paul écrit à la communauté chrétienne à Ephèse, c'est le changement de ton,
d'approche.
Paul demande aux Ephésiens un comportement digne de croyants. Non plus parce
que c’est Dieu qui l’exige. Non, Paul donne un message radicalement autre,
comme l’exprime cette merveilleuse phrase au début de notre texte :
« Pour ne pas attrister le Saint Esprit qui vous a marqués ». Après cette
éblouissante expression imagée n’attristez pas le Saint Esprit Paul concrétise
son exhortation avec d’autres paroles, aussi fortes : « Imitez Dieu,
puisque vous êtes des enfants qu'il aime »..
Le début est impérieux : "imitez Dieu". Ma première réaction quand
j'entends ce texte est toujours : non, c'est trop, c'est excessif ;
comment penser que nous, hommes et femmes de ce monde, pourrions nous imaginer,
même un seul instant, que nous pourrions imiter Dieu, que nous pourrions
essayer d'être comme lui. C'est comme si nous étions de nouveau devant le
message du Lévitique : soyez saints comme Dieu est saint. Quelle audace,
quelle témérité, quelle attitude utopique, quelle prétention !
Mais heureusement, cela n'est pas du tout le propos de Paul. L'apôtre témoigne
de sa foi, explique, enseigne, exhorte, admoneste même, mais il reste toujours
réaliste, très impliqué dans la situation et la vie des communautés auxquelles
il écrit.
Quand il écrit "imitez Dieu", il n'exhorte pas les croyants d'Ephèse à se
prendre pour Dieu. Il ne leur demande que de comprendre, de vivre leur
bonheur ; le bonheur qui surpasse toute intelligence, d'être les enfants
bien aimés de Dieu. Il leur dit : cet amour avec lequel Dieu vous aime
n'est pas n'importe quel amour. C'est l'amour avec lequel le Christ nous a
aimé ; l'amour à cause duquel il s'est livré à Dieu pour nous.
Remarquez bien, Paul ne dit pas que Dieu nous pose des conditions pour qu'il
puisse nous aimer. Il ne dit pas "Imitez Dieu, pour qu'il vous aime",
mais : Dieu vous aime, vous êtes ses enfants ; cela ne peut que
changer votre vie de fond en comble: puisque vous êtes des enfants qu'il aime.
Tout l'accent, toute la quintessence de son message est dans ces paroles
puisque vous êtes des enfants qu'il aime.
Ces paroles de Paul, ainsi que les paroles qui suivent, ont dû toucher les
Ephésiens ayant reçu sa lettre, comme elles nous touchent encore
aujourd'hui : "N’attristez pas l’Esprit saint, mais imitez Dieu, puisque
vous êtes des enfants qu'il aime. Vivez dans l'amour comme le Christ nous a
aimés et s'est livré lui-même à Dieu pour nous."
Tout comme les Ephésiens ayant reçu ces paroles, quand nous entendons ces mots
magnifiques "Vivez dans l'amour comme le Christ nous a aimés", nous sommes
certains qu'il ne s'agit pas là de nos efforts pour être saints. Nous pouvons
être convaincus que Dieu ne nous demande pas de mériter son amour. Qu'il ne
nous juge pas sur nos actions, qu'il ne nous justifie pas selon nos
œuvres.
Ceci devient encore plus patent lorsque nous réécoutons les paroles de
l’évangile selon Jean, des paroles que Jésus adresse à ses disciples, tout à la
fin de son existence sur terre, parmi eux. Dans ce dernier entretien, il les
exhorte à comprendre l'enjeu de leur vie de disciples ; à comprendre leur
relation à Jésus et, à travers lui, à Dieu : "Comme le Père m'a aimé, moi
aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour. Si vous observez mes
commandements, vous demeurerez dans mon amour...". Et plus loin :
« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis
».
Les relations sont extrêmement claires : "Ce n'est pas nous qui avons
choisi Dieu, c'est Dieu qui nous a choisis". Ce n'est pas nous qui décidons que
nous voulons être aimés par Dieu. Que nous consacrerons notre vie à son
service, à son Royaume. Non, c'est lui qui est venu nous recueillir pour nous
aimer. C'est Dieu qui nous aime, comme il l’a montré dans la venue du Christ
parmi nous. Comme le Christ a montré l’amour de Dieu en se livrant pour
nous.
Tout cela inspire la conviction de l’apôtre. Tout ce que Paul nous demande est
qu'il n'y ait de la place dans notre cœur, que pour cet amour. Que nous vivions
notre existence de tous les jours dans la joie de nous savoir les enfants que
Dieu aime, qui ont été choisis par Dieu, leur père.
Et pour "imiter Dieu", cela suffit-il ? Oui, cela suffit. C'est tout et
c'est beaucoup. Comme Jésus l'exprime selon l’évangile de Jean : "C'est
moi qui vous ai choisis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que
votre fruit demeure."
Paul dit dans sa lettre aux Ephésiens des choses très pragmatiques, très 'vie
de tous les jours' : "amertume, irritation, colère, éclats de voix,
injures, tout cela doit disparaître de chez vous, comme toute sorte de
méchanceté. Soyez bons les uns pour les autres et pleins d'affection."
J’ai souvent l’impression que Paul aurait pu écrire sa lettre à nous-mêmes,
à notre communauté de la Maison Verte. N'est-ce pas cela que nous essayons de
vivre, de jour en jour, entre nous mais surtout avec tous ceux et toutes celles
que nous accueillons ici ? D'être bons les uns pour les autres et plein
d'affection ?
Vivre l'amour, c'est tout simplement cela. Pour la Maison Verte autant que pour
chacun et chacune de nous. Avec les mots de Paul : « Ce que je vous
commande, c’est de vous aimer les uns les autres ». Dieu ne nous demande pas
d'être des martyrs, de mener une vie sainte, hors de la réalité de notre
monde.
Non, il ne nous demande que de vivre une vie normale, une vie de tous les
jours. Une vie professionnelle, une vie de famille et d’amis, mais une vie qui
puise sa force dans la conviction, tranquille mais inébranlable, que nous
vivons comme des enfants, que Dieu aime. Dans la conviction que nous pouvons
imiter Dieu, puisqu’il nous a choisis afin que nous allions et portions du
fruit.