1er corinthien 15,12-20 : ne le dites à personne, mais il y a bien du monde qui a bien du mal avec la résurrection...
Par Editeur le dimanche 14 février 2010, 19:12 - Prédications - Lien permanent
Prédication de stéphane Lavignotte du 14 février.
1 corinthien 15,12-20. 15.12 Or, si l'on prêche que Christ est ressuscité
des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a point de
résurrection des morts?
15.13 S'il n'y a point de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas
ressuscité.
15.14 Et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et
votre foi aussi est vaine.
15.15 Il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu,
puisque nous avons témoigné contre Dieu qu'il a ressuscité Christ, tandis qu'il
ne l'aurait pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent point.
15.16 Car si les morts ne ressuscitent point, Christ non plus n'est pas
ressuscité.
15.17 Et si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore
dans vos péchés,
15.18 et par conséquent aussi ceux qui sont morts en Christ sont perdus.
15.19 Si c'est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous
sommes les plus malheureux de tous les hommes.
15.20 Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de
ceux qui sont morts.
Paul, décidément, c'est Paul. Il y a va franco, sans prendre de gants, sans
se soucier des dégâts. Il y a des membres de la communauté de Corinthe qui ne
croient pas à la résurrection des morts alors qu'ils croient pourtant à la
résurrection de Jésus ?
Il leur dit : si vous ne croyez pas à la résurrection des morts, comment
pouvez-vous croire à la résurrection de Jésus ? Et si vous ne croyez pas à
la résurrection de Jésus, donc votre foi est vide puisque c’est le centre de la
foi.
J'ai une mauvaise nouvelle pour Paul : soit il se trompe, soit il y a
beaucoup de monde dont la foi est vide. Depuis la rentrée, de groupe
théologique d'adulte, en discussion avec les uns ou les autres, en passant par
la discussion au culte de jeudi dernier, je me suis aperçu de cela : pour
la plupart d'entre nous, la résurrection du Christ, c'est loin d'être évident.
Et quand je demande "et vous la résurrection, vous y croyez ?", c'est souvent
un peu gêné qu'on me répond : bin non, je ne sais pas quoi en faire.
Donc, n'ayez pas honte, vous êtes nombreux à vous interrogez. Alors cherchons
ensemble.
Qu'est-ce que j'ai entendu en interrogeant les uns et les autres ? Il y
a ceux qui n'y croient pas du tout, qui la mette en partie ou complètement de
côté. Ou qui l'acceptent formellement, sans rien en faire. Le centre de leur
foi, ça peut être alors les actes et les paroles de Jésus, sa façon d'être avec
les autres. Son caractère révolutionnaire qui met tout en cause.
ça peut être le sentiment que Dieu les accompagne au jour le jour. Le sentiment
que Dieu les aime. L'importance donnée au bonheur au quotidien.
D'autres insistent sur la résurrection dans cette vie. La résurrection, ce sont
les choses heureuses que je vie aujourd'hui, alors qu'hier, j'étais écrasé par
la maladie, seul, triste, ou pas très heureux, en prison ou à l'hôpital psy.
Mais pour la résurrection de Jésus lui-même, ils ne savent pas trop, et ce qui
leur arrivera après la mort, ils ne s'en soucient pas.
D'autres insistent encore, comme les précédents, sur les résurrections vécues
dans cette vie. Mais ils placent cela dans le temps : Je peux accueillir
le bonheur que me donne cette résurrection. Mais je vois bien qu'autour de moi,
dans le monde, tout le monde n'est pas heureux. Je crois alors qu'il y aura un
jour une résurrection finale, à la fin des temps, qui fera que tout le monde
sera heureux, qu'on en aura fini avec ces bonheur par petits bouts qui laissent
beaucoup de monde de côté. Et cela donne du courage dans ce monde. Et encore,
bien d'autres façons de répondre.
Si j'étais Paul, je pourfendrais une vision, j'en moquerais une autre. Mais
je ne suis pas Paul. J'aime trop faire ce que Paul ne pouvait pas faire, tout
simplement parce qu'il n'avait le livre en question puisqu'il allait être
rédigé après lui : lire les évangiles.
Que voient les fameux témoins de la résurrection ?
Dans Marc et Luc, les femmes voient que le tombeau est vide, elles aperçoivent
un ou deux homme en blanc. Et les disciples ne croient pas les femmes.
Dans Jean, Marie de Magadala ne reconnaît d'abord pas Jésus, et le confond avec
le jardinier.
Dans Luc, sur le chemin d'Emmaüs, les disciples passent un long moment avec
Jésus, mais ne le reconnaissent qu'à la fin. Le moins que l'on puisse dire,
c'est que même pour les témoins directs, ce n'est ni facile à voir, ni facile à
croire. Guère plus que pour nous.
Et Paul ? Dans l'Epitre aux Corinthien, il dit que Jésus lui est apparu à
lui aussi.
Que s'est-il passé ? Sur le chemin de Damas, il a vu une grande lumière,
une voix lui demandant "Saül pourquoi me persécutes-tu" et il est tombé de
cheval.
Mais cela, c'est arrivé très tard, alors que selon les actes des apôtres, Jésus
était déjà monté au ciel.
Donc il y a tout ça et encore d'autres choses.
Mais avez-vous remarqué qu'il n'y a aucune description de la résurrection
elle-même. On aurait put avoir une description du type : Jésus est dans sa
tombe, tout d'un coup, il ouvre un oeil, puis secoue le pied gauche, et après
l'oreille droite. Aucune description de ce type là. Aucune description de LA
résurrection.
Non, on voit une résurrection vécue différemment, à travers les apparitions
de Jésus qui prend des formes, des visages très différents pour chacun. En
fait, chacun a vu une résurrection différente. Un tombeau vide,, un jardinier,
un voyageur, une grosse voix. Et à travers ces apparitions qui se succèdent, la
résurrection, ce n'est plus un moment précis, mais tout une série d'événement,
très différents les uns des autres, qui se succèdent dans le temps.
Et qui continuent encore à prendre des visages et des formes, des sens très
différents avec le temps qui se poursuit. La résurrection, ça signifiait quoi à
l'époque de Paul ? ça répondait à ce qui angoissait les gens à l'époque de
Paul : quand on meurt, y-a-t-il quelque chose après ? La fameuse
question de la résurrection des morts qui fait débattre à Corinthe. A l'époque,
on pense que Jésus va revenir vite, que va se poser rapidement la question de
savoir qui va ressusciter à ce moment là. Jésus ? Les morts qui ont cru en
Jésus ? Tous les morts ? La résurrection répond à cette angoisse de
ce temps là. Je ne crois que ce soit encore la-nôtre.
Au Moyen-âge, la question est différente. On est 10 siècles après. On n'attend
donc plus la fin des temps pour demain. Ce qui inquiète c'est : après la
mort, immédiatement après, je vais en enfer ou au paradis ? Ce que je fais
sur cette terre, ça m'envoie en enfer ou au paradis ? Le succès du
protestantisme sera de répondre : ne te prend pas la tête, ce n’est pas
toi qui décide, c’est Dieu. Cela ne dépend pas de toi, de tes œuvres, mais de
la seule bonté, grâce de Dieu. Et cela glissera vers : et comme il est
bon, tout le monde est sauvé, personne ne va en enfer.
Finalement, de quoi parlons-nous quand nous parlons de la résurrection
?
On a tendance à se focaliser sur un moment précis. Les 8 minutes 22 - ou les 24
heures on ne sait pas - où Jésus mort serait revenu à la vie. Et ça, notre
intelligence moderne ne sait pas quoi en faire. Mais le texte biblique, ne nous
décrit pas cela, il ne nous parle pas de ça.
La résurrection prend la forme d'un tombeau vide, d'un jardinier, d'un marcheur
qui accompagne les disciples, d'une présence, d'une réponse au moment où les
disciples se sentent abandonnés. D'une grosse voix, d'une lumière qui bouscule
la vie de Paul alors qu'il était un super-pharisien qui persécutait les
chrétiens. La résurrection apparaît comme une réponse aux angoisses de la mort
lors de l'antiquité, comme une réponse à la peur de l'enfer au Moyen-âge.
A chaque fois que la peur, la mort, l'angoisse, les logiques de meurtres,
menacent de prendre le dessus, que ce soit au début de l'histoire avec les
femmes, avec les disciples, avec Paul, que ce soit ensuite plus tard au moment
du Moyen-âge, la résurrection prend une forme différente pour chacun, pour
chaque époque, pour ce que ce ne soit pas la mort qui ait le dernier mot, mais
Dieu, mais la vie.
La résurrection est-ce que c'est le nom d'un fait précis à un moment situé un
dimanche de l'année 33, ou le nom de quelque chose de plus large et plus
profond, que Dieu nous envoie à chaque époque, à chaque moment de notre vie,
différemment à chaque fois, quelque chose qu'on ne reconnaît pas toujours, et
en général pas du tout, mais quelque chose qui met à mort la mort, qui empêche
que ce soit la mort qui ait le dernier mot.
On l'a dit, la résurrection répond dans l'antiquité à l'angoisse de la mort,
et au Moyen-âge à l'angoisse de la damnation. Selon Paul Tillich, l'angoisse
actuelle serait celle du non-sens, du vide : comme nos vies ne servent
plus à faire des choses, bien se comporter pour gagner des points pour aller au
paradis, puisque - soit on ne croit plus à l'au-delà, soit on pense qu'on est
déjà sauvé par Dieu, la position protestante - alors à quoi servent nos
vies ?
Et je crois que tout ce que j'ai entendu des uns et des autres sur ce qui était
au centre de leur foi est une réponse à cette inquiétude là. Pas la peur de la
mort ou de l'enfer, mais l'angoisse de vivre. Nos vies ont du sens par le
bonheur quotidien. Notre bonheur quotidien est menacé par la maladie, la
solitude, l'abandon, la perte de l'être cher. Mais nous savons que l'amour de
Dieu ne nous lâche jamais.
Nous sommes passés par des moments où ce bonheur semblait définitivement perdu,
et nous en sommes finalement sortis, nous avons pu le vivre comme des
résurrections.
Notre bonheur de vivre est menacé parce ce que nous sommes touchés par le
malheur des autres, les catastrophes de ce monde. Nous répondons à cela par nos
engagements pour les autres, et par la conviction, qu'un jour, nous aurons un
monde plus juste, un jour le Royaume de Justice sera installé par Dieu.
La résurrection n'est-elle pas cela : face à ce qu'il y a de mortel, de
triste, d'angoissant dans nos vies et ce monde, Dieu nous envoie, sous des
formes qui n'arrêtent pas de changer, de quoi répondre pour que la vie prenne
le dessus.
Nous l'avons vu dans le groupe biblique jeudi. Jésus se fiche qu'on l'insulte,
que comme beaucoup de ses contemporains on n'ait pas cru qu'il était messie. Ce
qu'on dit contre le fils de l'homme, qu'il ne soit pas ressuscité, que ses
miracles sont bidons, il s'en fiche. Ce qui révolte Jésus, c'est qu'on se
laisse mourir alors que quelqu'un nous offre à manger, qu'on refuse le pardon
de Dieu alors que Dieu nous pardonne, qu'on ne vive pas alors que Dieu nous
offre la vie. Qu'on n'accueille pas ce que nous envoie Dieu pour riposter aux
forces de mort.
Ce qui révolte Jésus, c'est qu'on se laisse piéger par une question de zombie,
de mort qui ne pourrait pas revivre, alors que ce qui compte c'est de recevoir
la vie que nous offre Dieu contre tout ce qui nous tue.
Comme il est dit aux femmes au tombeau qui s'inquiètent de savoir où est le
cadavre : pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est
vivant ? La résurrection, c'est de laisser la mort derrière nous et de
marcher sur les chemins qui vous rendent vivants.