Notre texte s'ouvrait sur cette citation du philosophe protestant Paul Ricœur : « La charité n'est pas forcément là où elle s'exhibe ; elle est aussi cachée dans l'humble service abstrait des postes, de la sécurité sociale ; elle est bien souvent le caché du social. » Ricœur part d'une critique des institutions. Dans la parabole du bon samaritain – réponse de Jésus à la question « Qui est mon prochain ? » –, le lévite et le prêtre passent à côté de l'homme victime des brigands : dans leur cas, l'institution obture la relation, leur fonction les occupe tellement qu'elle empêche l'événement de la rencontre. Le samaritain, lui, qui n'a aucune fonction ni même aucune place sociale, est disponible pour l'événement de la rencontre. Le prochain n'est donc pas tant une catégorie de personne qu'un comportement : se faire disponible pour la relation de personne à personne.

Paul Ricœur refuse pourtant d'opposer cette relation de prochain à celle qui passe par l'institution. Il constate que c'est la même charité qui donne sens à l'institution sociale et à l'événement de la rencontre : « J'aime mes enfants et en même temps je m'occupe de l'enfance délinquante ». D'où sa défense de La Poste, de la Sécurité sociale ou de l'impôt.
Paul Ricœur écrit aussi : « Qu'est-ce que penser le prochain dans la situation présente ? Ce peut-être justifier une institution, amender une institution ou critiquer une institution.  (...) Le thème du prochain opère donc la critique permanente du lien social : à la mesure de l'amour du prochain, le lien social n'est jamais assez intime, jamais assez vaste. »
Donc défendre les services publics mais aussi demander une plus grande place des usagers, une place plus assumée à l'accueil des plus faibles, etc. Mobilisation pour La Poste : ce n'est qu'un début, continuons le combat... et le débat !

Stéphane Lavignotte