Les marches de l’escalier à peine franchies, on entend un brouhaha en continu… Des petits groupes d’enfants sont répartis ici et là, autour des tables, entourés d'adultes affairés. L’un répète ses tables de multiplication. Une autre debout, récite un poème, tandis qu’une plus petite s’évertue à égrener les lettres de l’alphabet. « Tu nommes chacune des lettres et tu l'écris », encourage Odile, l’une des accompagnatrices du soutien scolaire, qui estime que « si l’ambiance apparaît dissipée, ils sont en réalité assez disciplinés et obéissants ». Julie, 6 ans, au CP, lit attentivement son cahier de textes. Elle arrive toujours à l’heure pour réviser ses leçons. Younes, même âge et même classe, se distrait plus facilement. Pour l’instant, il est assis sagement sur les genoux de Nicole, une autre bénévole, qui a commencé l’accompagnement scolaire au début de l’année. Ils sont vingt-huit petits écoliers, du cours préparatoire à la troisième, à venir faire leurs devoirs à La Maison Verte, soutenus par une dizaine de bénévoles. « Cette année, nous sommes suffisamment nombreux pour les encadrer par groupe de deux et les répartir de façon homogène entre même niveau scolaire », explique Odile.

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Les garçons plus dissipés

Quand on arrive chez les « grands », les collégiens, l’espace semble se diviser en deux avec d’un côté les filles, regroupées près de la fenêtre, et de l’autre les garçons. Pas un bruit, les collégiennes semblent attentives et appliquées. Pauline*, 13 ans, en cinquième, le nez rivé sur ses cahiers, écoute en même temps son Ipod. Elle rencontre surtout des difficultés en français, mais aujourd’hui elle arrive avec une série d’exercices de physique-chimie. Martine*, ancien ingénieur à présent à la retraite, l’aide pas mal dans cette matière. Chez les garçons, le climat est plus détendu, voire assez dissipé chez les plus jeunes. « S’il n’y a pas de devoirs, ce n’est pas la peine de venir ! », martèle Julia, une ancienne de La Maison Verte, qui aide les collégiens depuis quinze ans. « Il faut toujours les avoir à l’œil, les sixièmes ! », confie-t-elle, un brin exaspérée mais gardant toujours son calme et un sourire en réserve. Cette année, ils sont nombreux dans cette classe, des garçons pour la plupart, soit un peu moins de la moitié des dix-huit collégiens inscrits au soutien. « A cet âge, ils n’ont pas beaucoup de devoirs, certains pas du tout, alors ils s’agitent. Les parents préfèrent qu’ils viennent à La Maison Verte plutôt qu'ils regardent la télé ou jouent aux jeux vidéo. On revoit avec eux certaines lacunes. Mais on ne se limite pas aux cours. Il faut aussi leur apprendre à dire bonjour, au revoir, à ramasser les papiers, à écouter. »

« Ici, je me sens encouragé »

Tous les écoliers ont d'ailleurs reçu une charte de bonne conduite à respecter : arriver à l’heure, être poli, rapporter ses affaires de classe, etc. Les bénévoles, professeurs ou professionnels à la retraite pour la plupart – excepté un étudiant en école d’ingénieur – s’engagent à participer à l’accompagnement scolaire tout au long de l’année. Des complicités se créent et l’envie d’apprendre grandit aussi. « Ici, je me sens encouragé », confie Dylan, 12 ans, en cinquième. « Catherine me fait bien travailler car elle est gentille », dit spontanément Joséphine, 9 ans, en CM1. « Il ne faut pas non plus être rigide. Une journée à l’école, c'est long pour les primaires, souligne Odile. On peut aussi proposer des jeux éducatifs, un puzzle ou un scrabble. »

Réussir à l'école

Les parents veulent que leurs enfants réussissent. Issus du milieu populaire et/ou d’origine étrangère – africaine, maghrébine, sri-lankaise mais aussi chinoise, polonaise –, ils sont aussi un peu dépassés par le système scolaire. Les enfants viennent en majorité des écoles du quartier, dont trois sont classées en zone d’éducation prioritaire (ZEP). Ils viennent deux fois par semaine à La Maison Verte. Des sorties leur sont aussi proposées. Lors du 20e anniversaire de la Convention de droits de l’enfant, les plus jeunes seront invités à participer aux animations. La fête de Noël sera aussi l’occasion de valoriser d’autres talents plus artistiques : ils interpréteront des chants, des sketches ou encore des poèmes.

Nathalie Pollet

* Les prénoms ont été modifiés.