Jean 2,1-12

2.1 Trois jours après, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là,
2.2 et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples.
2.3 Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit: Ils n'ont plus de vin.
2.4 Jésus lui répondit: Femme, qu'y a-t-il entre moi et toi? Mon heure n'est pas encore venue.
2.5 Sa mère dit aux serviteurs: Faites ce qu'il vous dira.
2.6 Or, il y avait là six vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs, et contenant chacun deux ou trois mesures.
2.7 Jésus leur dit: Remplissez d'eau ces vases. Et ils les remplirent jusqu'au bord.
2.8 Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l'ordonnateur du repas. Et ils en portèrent.
2.9 Quand l'ordonnateur du repas eut goûté l'eau changée en vin, -ne sachant d'où venait ce vin, tandis que les serviteurs, qui avaient puisé l'eau, le savaient bien, -il appela l'époux,
2.10 et lui dit: Tout homme sert d'abord le bon vin, puis le moins bon après qu'on s'est enivré; toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent.
2.11 Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
2.12 Après cela, il descendit à Capernaüm, avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent que peu de jours.

Où donc est occupé Jésus aujourd'hui ? ce jour-ci, à cette minute ?
Je pense aussi qu'il doit être en Haïti. Il est sans doute à s'occuper des gens qui pleurent, à essayer de les consoler, à donner du courage aux sauveteurs, aux haïtiens qui avec des moyens de fortune essaient de sortir les personnes des décombres. Quand il y a une catastrophe, on se demande où est Dieu. Je me souviens de cette anecdote que j'ai lue récemment : dans un camp de concentration, des prisonniers sont amenés en groupe. Un homme est contre un mur, attaché, il est en train d'agoniser. Dans le groupe quelqu'un demande : mais où donc est Dieu ? Et quelqu'un d'autre répond : c'est lui qui est attaché au mur.

Alors je pense que Jésus, c'est celui qui souffre sous les décombres en Haïti. Quand je vois celui qui souffre sous les décombres, je vois Jésus. Et puis donc, il est aussi auprès de ceux qui se battent contre le malheur. Dans les moments les plus durs, il est là, il nous soutient, il nous accompagne.

Mais le texte des noces de Canna, alors ?
Jésus transforme de l'eau en vin. C'est tout de même assez futile comme miracle. Les convives poussaient sans doute s'en passer. Non seulement, parce qu'après tout, ce n'est pas vitale, personne ne risque sa vie s'il n'y a pas de vin. De plus l'ordonnateur du mariage dit : "Tout homme sert d'abord le bon vin, puis le moins bon après qu'on s'est enivré; toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent.". Ce qui sous entend, que l'assemblée est déjà ivre. Et qu'ils n'en ont franchement pas besoin. Alors que c'est le premier miracle que fait Jésus dans l'évangile de Jean, le premier miracle n'est pas de soigner quelqu'un gravement malade, ce n'est pas de rendre la vie à quelqu'un, ce n'est pas de nourrir quelqu'un qui a faim ou d'en délivrer un autre d'un démon.

Non, c'est de remettre un stock de vin dans un mariage. De faire que la fête continue, que le mariage soit réussie. Et le texte nous dit que Jésus a en plus produit du "bon vin". C'est important que ce soit un vin de qualité, même si les convives sont déjà ivres et ne peuvent plus l'apprécier.

Non seulement, c'est le premier miracle que fait Jésus dans l'évangile, mais il faut savoir que dans l'évangile de Jean on ne compte que sept miracles. Et donc, alors qu'il n'y a que sept miracles, il y en a un pour une chose, apparemment futile, fêtarde, légère. Mais voilà, c'est le premier, et l'évangéliste Jean a tenu à ce qu'il soit un des sept.

Alors bien sûr, il y a une dimension symbolique forte. Le vin, c'est le sang que versera Jésus pour la croix. Le mariage, c'est le démarrage d'une nouvelle vie pour les époux, comme la nouvelle vie que connaissent les croyants en Christ, comme la vie ressuscitée de Jésus. Le mariage, c'est un moment d'alliance entre deux personnes, entre deux familles. Par le vin, par le sang, est passée une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes, en Jésus Christ, qui prend la suite d'une ancienne alliance symbolisée par les vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs.

Ainsi, au début de l'évangile, on annonce cette alliance qui va passer par la mort sur la croix et la résurrection. Mais on ne l'annonce à travers un miracle joyeux, voir futile. Ainsi, Jésus sur la croix, on ne le voit pas seulement dans le visage de ceux qui sont crucifiés par les tremblements de terre, le chômage, la misère ou les discriminations. Parce qu'après la mort sur la croix, il y a la résurrection, on voit aussi le visage de Jésus, dans nos moments de bonheurs, dans les moments de bonheurs des autres, les moments où on va mieux après être allé moins bien. Si Jésus comme premier miracle, fait un miracle pour la fête, pour l'euphorie, pour la joie, c'est que ces moment sont aussi des moments où on le rencontre, parce que la résurrection est joyeuse, qu'elle est la vie donnée en abondance, comme le vin coule en abondance dans ce mariage.
Si Jésus comme premier miracle, fait un miracle pour la fête, pour l'euphorie, pour la joie, c'est qu'il n'est pas seulement présent en Haïti avec ceux qui souffrent, il est aussi avec tout ceux qui se réjouissent, qui font la fête, qui sont heureux.
Il ne nous aide pas seulement quand nous n'allons pas, il nous soutient pour aller toujours mieux quand ça va, il met la musique plus fort dans nos fêtes, il nous souffle des blagues dans les repas avec les amis, il essaie de deviner avec nous les dessins sur le pictionnary. Quand ça ne va pas dans le monde, quand c'est à pleurer en Haïti ou en Cote d'Ivoire, il ne nous est pas reproché d'être heureux de faire la fête.

Jésus est la vie pour tous, en abondance.
Jésus nous veut heureux, il se réjouit quand nous sommes heureux, et fait en sorte que nous le soyons toujours plus. On dit : Jésus est mon secours. On dit aussi, et on doit l'avoir au coeur : Jésus est ma joie.