Luc 3,10-15 : accueillez l'autre qui est d'accord pour vous accueillir
Par Editeur le dimanche 13 décembre 2009, 15:00 - Prédications - Lien permanent
Préditation de Stéphane Lavignotte du 13 décembre 2009.
Luc 3,10-15
3. 10 La foule l'interrogeait, disant: Que devons-nous donc faire?
3.11 Il leur répondit: Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui
n'en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même.
3.12 Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent:
Maître, que devons-nous faire?
3.13 Il leur répondit: N'exigez rien au delà de ce qui vous a été
ordonné.
3.14 Des soldats aussi lui demandèrent: Et nous, que devons-nous faire? Il
leur répondit: Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et
contentez-vous de votre solde.
3.15 Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient en
eux-même si Jean n'était pas le Christ.
Noël, c'est la naissance d'un enfant. Quoi de plus inoffensif qu'un
bébé ? A la limite, quoi de plus niais, gnan gnan. D'ailleurs n'est-ce pas
pour cela que Noël a pu être aussi facilement récupéré par le commerce ?
Par la publicité ?
Pourtant, le message du Baptiste nous rappelle, que celui qui est arrivé le
jour de Noël, il n'est certainement pas porteur d'un message tiède.
Pour tous, il dit de donner le superflus, de partager avec celui qui n'a rien.
Pas seulement de donner aux gens qu'on aime. Mais de donner à ceux qu'on ne
connaît pas et qui ont besoin. On pourrait sans doute développer à partir de
cela une critique du superflus qu'on garde pour soi. Une critique de la
sur-consommation à la période de Noël.
Je voudrais insister sur autre chose dans ce texte. Il y a dans ce texte un
quoi : que devons-nous faire, quoi faire ? Et puis, il y a un
qui.
A qui s'adresse Jean Le baptiste ? Au début, il s'adresse à la foule. Et
puis viennent le voir pour le baptême : des soldats, des collecteurs
d'impôts. Il ne les rejette pas, il les accueille. Il ya les collecteurs
d'impôts. Et puis, Les soldats : ce sont peut-être des juifs qui sont
membre de la garde d'Hérode, qui va faire tuer Le baptiste, ou bien des
mercenaires qui travaillent pour le romains. Autant dire qu'ils ne sont pas
aimés des juifs. Ils sont certes puissants et riches mais pas aimés. A toute la
foule, Le Baptiste dit en fait deux choses différentes à faire :
- partager, ses habits, sa nourriture,
- et il dit d'accueillir de faire une place aux collecteurs d'impôts et aux
soldats.
C'est sans doute cette deuxième demande qui est la plus radicale des deux.
Celle de partager, celle de se contenter du strict nécessaire, elle est forte,
surtout pour nous en cette période de Noël, mais elle n'est pas nouvelle :
c'est la générosité, la vie vertueuse, telle qu'on l'entend dans le monde juif,
et sans doute plus largement dans le monde méditerranéen.
Mais accueillir des collabos des romains dans la communauté que représente le
baptême, faire cet accueil dans la société juive qui accorde tant d'importance
au pur et à l'impur, qui exècre tellement la domination romaine, c'est le plus
fort.
Ce commandement d'accueil, il signifie mettre fin à ce qui sépare. A ce qui
sépare des humains entre eux. A ce qui sépare des enfants de Dieu entre
eux.
Et que demande-t-il aux soldats et aux collecteurs d'impôts ? Il ne leur
demande pas de cesser d'être soldat ou collecteur d'impôt. Comme il n'est
jamais très clair si Jésus demande ou non aux prostitués de cesser leur
activité.
Il dit aux soldats : ne prenez d'argent à personne par la force ou la
tromperie, contentez-vous de votre solde. Il aux collecteurs d'impôts : ne
profitez pas de votre position pour faire payer plus que ce qui vous est du. Un
racket qui assurait aux collecteurs d'impôts leurs confortables revenus.
Il s'agit encore de se contenter du strict nécessaire, de sa solde, de son
salaire. Et puis il s'agit peut-être aussi d'autre chose. Quand les soldats et
les collecteurs d'impôt usent de leur pouvoir pour extorquer de l'argent aux
personnes, c'est aussi cela qui les sépare des autres. Parce qu'on ne les aime
pas parce qu'ils nous volent. Mais aussi, on les craint, on a peur d'eux, on se
tient à distance d'eux. Là encore, en demandant aux soldats et aux collecteurs
d'impôt de cesser d'abuser de leur pouvoir, c'est leur proposer de mettre fin à
quelque chose qui sépare. Qui sépare des humains entre eux. Qui sépare des
enfants de Dieu entre eux. Ne plus voler ses frères pour ne plus être séparé
d'eux.
Je voudrais proposer deux conséquences à cette lecture du texte :
La première conséquence, c'est que cela fait relire les instructions du
début à la foule. Donner la chemise qu'on a en double, partager ce qu'on a à
manger. C'est pour soi, se contenter du superflus, c'est pour l'autre qui en a
besoin, l'aider à sortir de sa situation difficile. Mais c'est aussi une action
pour mettre fin à ce qui sépare. Ma richesse et la pauvreté de l'autre nous
séparent.
Elles nous mettent dans deux mondes différents. Elle créent une gêne qui nous
sépare. Combattre les inégalités, c'est contribuer à réduire ce qui sépare les
humains entre eux. Ce qui sépare des enfants de Dieu entre eux.
La deuxième conséquence, c'est que cela créé une nouvelle communauté. Le
principe de fonctionnement du judaïsme à l'époque de Jésus, mais surtout
l'idéologie qu'on trouve dans le Deutéronome, le Lévitique, le livre de Josué,
ceux de Samuel ou des Rois, c'est une insistance forte sur le pur et l'impur.
Les juifs et les païens. Ceux qui adorent Yahvé et ceux qui adorent les
idoles.
Et on pourrait croire que ce que lance Jean Le Baptiste avec sa morale
exigeante de pauvreté, ce serait une nouvelle façon de concevoir le pur et
l'impur. Elle ne serait plus basée sur la pureté traditionnelle mais sur le
fait d'être des ascètes qui donnent tout leur bien, où l'impur ce serait la
richesse, l'argent.
Mais la donne est changée, si on montre que ce qui compte pour le Baptiste,
si ce qu'il y a derrière son appel à la pauvreté, c'est un appel d'abord à ne
pas avoir de comportements qui coupent le lien, qui entretiennent les
séparations. La communauté du Baptiste, ce n'est pas alors une communauté de
pure au sens ancien, mais un corps mélangé, mixte, dans laquelle il y a des
scribes, des honnêtes commerçants et artisans, des bons juifs pratiquants mais
aussi des soldats et des collecteurs d'impôts. Et Jésus y rajoutera en plus les
prostitués. Bien sûr, cet appel peut avoir du sens pour nos églises, pour notre
façon de concevoir notre société, notre "identité nationale". Mais aussi notre
repas de Noël, et de manière générale nos repas de famille.
Il y a des repas où l'on ne reçoit que les copains, que les gens qu'on aime. Et
puis les repas de famille, où il y a aussi le tonton qui fait des grosses
blagues pas drôle, peut-être le père ou le beau-père qui a du mal à retenir ses
remarques racistes, la tante qui passe son temps à pleurer. Mais cette famille,
c'est aussi notre communauté, notre corps mélangé, mixte, dans lequel il y a
nos scribes, nos honnêtes commerçants et artisans, nos bons juifs pratiquants
mais aussi nos soldats et nos collecteurs d'impôts. Et nos prostitués que Jésus
nous a rajouté.
Ce qui compose alors la communauté de ce repas de Noël, ce n'est pas qu'on a
les mêmes opinions, ce n'est pas qu'on considère les autres comme des purs ou
des vertueux. C'est plus basiquement, que même si on ne s'apprécie pas
toujours, que même si on n'est pas d'accord, et bien on a envie - ou au moins
on accepte - de passer ce Noël avec l'autre. On accepte que tout ce qui nous
sépare, ne nous sépare pas. On accepte que ce qui sépare des humains entre eux,
ce qui sépare des enfants de Dieu entre eux, que cela ne nous sépare pas.
Ainsi la règle pour rentrer dans la communauté, la famille, notre église, ce
n'est plus d'appartenir à la bonne origine ethnique, ce n'est pas d'être
d'accord avec des valeurs, un mode de vie de pauvreté ou de richesse. Ce n'est
pas une couleur de peau, un niveau social ou une orientation sexuelle.
C'est une règle beaucoup plus simple : Est-ce que vous être prêt à
accueillir l'autre qui est d'accord pour vous accueillir même si beaucoup de
choses vous séparent ?
Cette règle, on pourrait trouver la trop simple parce qu'on l'applique souvent
dans les familles.
Mais est-ce qu'elle ne changerait pas énormément de choses dans la vie de notre
société ou de nos églises si on l'appliquait.
Est-ce que vous être prêt à accueillir l'autre qui est d'accord pour vous
accueillir même si beaucoup de choses vous séparent ?
Ce texte nous invite donc à un quoi - quoi faire - mais qui insiste sur un qui
- l'autre à accueillir et qui lui-même m'accueille. Et cela au moment où nous
nous apprêtons à accueillir celui qui nous a invité à accueillir tous les
autres : Jésus de Nazareth. Au centre il y a un quoi, qui pointe vers un
qui : Jésus de Nazareth.