Marc 13,24-32.

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s'obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel. Que la comparaison du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l'été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l'homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père.

Les étoiles tombent du ciel, l'atmosphère nous cache le soleil et rend pâle la lune. Est-ce le climat qui se détraque, la pollution qui cache le firmament. C'est vrai, on dirait presque le film de Nicolas Hulot ou ce film catastrophe d'il y a quelques années : le jour d'après...

La crise écologique serait-elle la fin du monde qu'annonce la bible ?
Après tout, on pourrait se dire voilà ce qui arrive quand on se prend pour Dieu. On croit pouvoir faire ce qu'on veut avec la création, y compris la détruire, et on oublie un peu vite qu'elle nous a été confiée, comme un seigneur confie un territoire à un suzerain : pour s'en occuper, la faire fructifier et rendre des comptes à celui auquel elle appartient et aux générations futures que fait naître Dieu. Mais est-ce que les hommes ne se prennent pas pour Dieu quand ils s'autorisent à provoquer un déluge qui engloutira demain les iles du Pacifique ou le Bangladesh.
Les hommes se donnent ce droit de provoquer le déluge, alors que dans la Genèse, c'est une action de Dieu ; alors que Dieu a promis, lui, de ne plus le faire.
Les hommes s'autorisent ce que Dieu ne s'autorise pas. Ils se prennent pour Dieu quand ils s'autorisent à sonner la fin de la partie à la place de Dieu.

En croyant cela – qu'ils peuvent et qu'ils ont le droit de provoquer la fin du mode - ils se trompent lourdement. Parce que la fin des temps qu'annonce la Bible n'est pas une catastrophe.
Du Messianisme juif au retour anoncé de Jésus, ce que promettent les écritures avec la fin du monde, c'est l'avénement d'un Royaume de justice, d'un monde sans violence, où le loup et l'agneau dormiront ensemble. La fin du monde, ce n'est pas la destruction de la planète, mais la réconciliation de la création avec elle-même et donc avec l'humanité.
Ainsi, quand les humains détruisent la biosphère, ils n'accélèrent pas la fin des temps, ils ne font pas la fin du monde comme l'annonce la Bibles : ils se détruisent eux-mêmes en détruisant leur environnement.
Ils se comportent finalement en riche, au sens où l'entendait Jacques Ellul : ils se comportent comme s'ils n'avaient plus besoin ni de la nature, ni de Dieu, ni des autres humains.
Pour Ellul, le riche, c'est celui qui est complétement auto-suffisant, n'a besoin de personne. C'est parce qu'ils sont ainsi riches qu'ils auront plus de mal à acceder au Royaume qu'un chameau à passer par le chas d'une aiguille. Les hommes en faisait cela mettent fin à ce monde et brulent les vaisseaux qui leurs permettaient d'accéder à l'autre monde, celui caché derrière le chas de l'aiguille.

Mais là encore, ils se trompent. S'ils ne décident pas de la fin des temps, s'ils n'en connaissant ni le jour, ni l'heure, ils ne décident même pas de s'empecher d'accèder au Royaume par leur mauvaises actions. C'est Dieu qui décidera, au moment qu'il voudra. C'est lui et lui seul qui décidera quand est la fin du monde et qui, au quatre coins du monde, seront les élus.

Alors, pouvons-nous encore faire quelque chose puisque tout est entre les mains de Dieu ?
Nous savons quoi ne pas faire : ne pas se prendre pour Dieu, ne pas mépriser sa création, ne pas se comporter en riche, auto-suffisant suffisants.
Mais quoi faire ?

Ne pas se faire riche et fort, mais tendre comme le figuier. Non pas persévérer dans des modes de vie destructeurs mais être capable de se laisser renouveler, de mourir régulièrement pour renaître en permanence comme la nature avec le passage des saisons. Scruter les figuiers de ce monde pour se laisser émouvoir par la tendresse de leurs branches et la verdure de leurs feuilles. Regarder les étoiles, le soleil et la lune, suffisamment les observer pour savoir dire si elles sont encore à la même place qu'hier. Parce que, si demain une étoile changeait de place, nous en apercevrions-nous, alors que nous ne regardons plus le ciel, et que d'ailleurs les lumières de la ville nous en empêchent ?

Préparer le Royaume, ce n'est peut-être plus comme hier déménager et chambouler le monde. Applanir les chemins pour celui qui arrive, ce n'est plus sortir le buldozer.
C'est peut-être beaucoup plus simple, et donc pour nous beaucoup plus compliqué : savoir regarder et interpréter notre monde pour y voir ces signes de Dieu, ces signes du printemps qui vient et fait monter en nous une sève nouvelle.
Pas la fin du monde, mais d'un monde, et la naissance d'un nouveau.