Matthieu 5,3-11 : Heureux ceux qui sont en marche
Par Editeur le dimanche 1 novembre 2009, 17:55 - Prédications - Lien permanent
Prédication de Brigitte Chazel du 1er novembre 2009.
Matthieu 5,3-11
5.1 Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne; et, après qu'il se fut
assis, ses disciples s'approchèrent de lui.
5.2 Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit:
5.3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à
eux !
5.4 Heureux les affligés, car ils seront consolés !
5.5 Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre !
5.6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront
rassasiés !
5.7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
5.8 Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu !
5.9 Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de
Dieu !
5.10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux
est à eux !
5.11 Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et
qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi.
Avant d’entrer vraiment dans le vif du sujet, j’aimerais que l’on ait une
pensée particulière ce jour pour le rassemblement des protestants de France à
Strasbourg…un rassemblement de joie, de rencontres mais aussi d’écoute de ce
que l’Esprit veut dire à notre Fédération d’Eglises. Puissent leurs réflexions
et rencontres être placées sous la bénédiction de l’ ’Esprit des
Béatitudes’.
Un des textes les plus connus, un des plus simples et énigmatiques à la
fois, des plus transgressifs par rapport aux lois ‘de ce monde’, un des textes
les plus commentés et aussi -pour moi- parmi les plus durs à commenter…les
Béatitudes.
Dans l’Evangile de Matthieu, il est situé à un moment clef puisqu’il fait
partie d’un des textes qui inaugurent la prédication de Jésus. Celui-ci est au
début de sa mission de prédicateur et il ouvre comme un portail dans lequel
toutes les autres paroles vont trouver leur cadre ; il éclaire toutes les
autres paroles qui vont suivre par le radicalisme et l’ouverture des Béatitudes
à ce que le monde méprise, traite comme rien. Les quelques versets qui
précèdent les 9 proclamations ‘Heureux’ semblent également installer le texte
comme un texte central. L’évangéliste Matthieu prend son temps : il
explique que Jésus ‘voit’ d’abord la foule, puis il ‘monte sur la montagne’, il
‘s’assied’, quand ‘il est assis les disciples s’approchent de lui’, ‘il ouvre
la bouche’, il les ‘enseigne’ et enfin ‘il dit’…que de précautions, de détails
redondants parfois !
Il dit : ‘Heureux’ les pauvres, les affligés, les doux, etc..
Vous savez certainement que la traduction la plus proche du texte grec est
celle de Chouraqui qui remplace ‘Heureux’ par ‘En marche’…par son approche,
Chouraqui nous introduit dans une dynamique, dans quelque chose de vivant, de
mouvant, d’actif…les pauvres, les affligés, les assoiffés et affamés de
justice, les miséricordieux sont des personnes actives, en marche, qui ne
restent pas inertes dans leur qualificatif. Les béatitudes ne sont pas un
état !
Alors que ce sont des personnes qui semblent avoir des choses ‘en moins’…en
effet, elles sont pauvres, elles ont faim et soif, elles sont douces et ne
prennent pas le pouvoir, elles sont en fait en mouvement, en évolution, ce
qu’elles pourraient avoir ‘en moins’ n’est pas ce qui peut les gêner dans leur
route…si elles ne se situent pas du côté de l’avoir, elles sont dans le
mouvement de l’Etre.
Mais qui concernent-elles ces Béatitudes ? Qui peut se prévaloir d’être
‘pauvres en esprit’, ‘pur’ de cœur, et même ‘persécuté pour la justice’… ?
Qui peut se prévaloir et même peut penser avoir la sagesse d’indiquer la route
d’accès à ces Béatitudes ? ..Les ‘Heureux’ le seraient donc et nous
tiendraient à distance, nous de notre côté qui peinons et cherchons ?
Peut-être pas, si les proclamations ‘Heureux’ introduisent une dynamique de
‘marche’, de mouvement, peut-être ne visent-elles personne mais
constituent-elles un appel à tous ceux qui veulent bien entendre ?
Et nous qui essayons de vivre selon une justice qui nous semble bonne, de
soulager ceux qui souffrent, de prendre soin de notre planète...que
pouvons-nous faire de plus ? Devons-nous devenir des forcenés du
minimalisme et de la justice ?
Si les Béatitudes ne sont pas un état, sont-elles davantage un
idéal ?
Plus qu’un idéal, une espérance, celle de tendre vers ce visage d’ouverture
et de compassion que dessinent les Béatitudes…comme le dit la première épître
de Jean, notre espérance est bien de lui ressembler à lui, le Christ, lui le
parfaitement pauvre, doux, miséricordieux, persécuté pour la Justice…mais
comment avancer sur ce chemin ?
Si nous relisons un des autres textes du jour, l’épître de Jean, nous trouvons
une parole qui éclaire d’un jour nouveau ces Béatitudes : ‘quiconque a
cette espérance en lui se purifie, comme lui-même est pur’…il ne s’agit pas ici
de faire davantage, de nous culpabiliser, d’accumuler les activités, il ne
s’agit pas non plus d’espérer être pauvre pour être pauvre, d’être affligé,
d’espérer être persécuté pour la ‘joie’ d’être persécuté mais de nous tenir
dans l’espérance, de nous redresser quand nous perdons de vue l’espérance,
l’espérance de Le voir un jour face à face et d’être pleinement ses
enfants.
Cette espérance est elle-même active, comme les Béatitudes elle nous met en
marche et elle ‘purifie comme lui-même est pur’, elle nous façonne à son image
dans le secret, dans la patience, dans les recommencements, elle œuvre…nous
n’avons qu’à nous tenir dans cette espérance, à lui être fidèle.
Comment ? Qu’est-elle encore cette espérance ? Elle un regard
confiant posé sur Celui qui nous donne la vie en plénitude qui donne sens à
tout ce que nous vivons, elle est une relation particulière à Lui, une relation
personnelle qui nous permet d’être appelés enfants de Dieu, elle est cet esprit
de filiation qui se tisse lentement et qui nous permet de dire ‘Abba,
Père’.
Nous sommes ses enfants et c’est Lui qui nous justifiera quand tout nous
accusera.
Prenons alors la route des Béatitudes le cœur dégagé et plein d’espérance,
il en est un qui nous a précédés et qui œuvre en nous si nous voulons bien lui
donner notre confiance.
Amen.