Psaume 90 : Dieu ou l'homme, qui tourne le dos à qui ?
Par Editeur le samedi 17 octobre 2009, 17:29 - Prédications - Lien permanent
Prédication de Stéphane Lavignotte du 17 octobre 2009
Psaumes 90
90.1 Prière de Moïse, homme de Dieu. Seigneur! tu as été pour nous un
refuge, De génération en génération.
90.2 Avant que les montagnes fussent nées, Et que tu eussent créé la terre
et le monde, D'éternité en éternité tu es Dieu.
90.3 Tu fais rentrer les hommes dans la poussière, Et tu dis: Fils de
l'homme, retournez !
90.4 Car mille ans sont, à tes yeux, Comme le jour d'hier, quand il n'est
plus, Et comme une veille de la nuit.
90.5 Tu les emportes, semblables à un songe, Qui, le matin, passe comme
l'herbe:
90.6 Elle fleurit le matin, et elle passe, On la coupe le soir, et elle
sèche.
90.7 Nous sommes consumés par ta colère, Et ta fureur nous
épouvante.
90.8 Tu mets devant toi nos iniquités, Et à la lumière de ta face nos fautes
cachées.
90.9 Tous nos jours disparaissent par ton courroux; Nous voyons nos années
s'évanouir comme un son.
90.10 Les jours de nos années s'élèvent à soixante-dix ans, Et, pour les
plus robustes, à quatre-vingts ans; Et l'orgueil qu'ils en tirent n'est que
peine et misère, Car il passe vite, et nous nous envolons.
90.11 Qui prend garde à la force de ta colère, Et à ton courroux, selon la
crainte qui t'est due ?
90.12 Enseigne-nous à bien compter nos jours, Afin que nous appliquions
notre coeur à la sagesse.
90.13 Reviens, Éternel! Jusques à quand?... Aie pitié de tes
serviteurs!
90.14 Rassasie-nous chaque matin de ta bonté, Et nous serons toute notre vie
dans la joie et l'allégresse.
90.15 Réjouis-nous autant de jours que tu nous as humiliés, Autant d'années
que nous avons vu le malheur.
90.16 Que ton oeuvre se manifeste à tes serviteurs, Et ta gloire sur leurs
enfants!
90.17 Que la grâce de l'Éternel, notre Dieu, soit sur nous! Affermis
l'ouvrage de nos mains, Oui, affermis l'ouvrage de nos mains!
Que s'est-il donc passé pour que des hommes, cela nous est présenté comme un
psaume de Moïse, écrivent ce psaume ? Encore une défaite militaire
d'Israël ? Une épidémie qui abrège les vies ? Une secheresse, d'où
cette allusion à l'hebre qui séche en une journée ? En tous cas, des
humains ont encore le sentiment qu'il sont précaires, et nuls, et encore plus
nuls devant Dieu. Ils ont l'impression que Dieu est tout puissant, et les
écrase, est en colère contre eux. Et ils ne savent pas trop comment se sortir
de cela.
Ils se retrouvent ensemble, comme dans une prière de repentance des péchés
comme nous en avons lu une tout à l'heure. Et que disent-ils ? Nous ne
faisons que des conneries. Nous passons notre temps à nous agiter pour rien.
Nous n'arrivons pas à goûter le bonheur de vivre. Nos vies passent à toutes
vitesses, et nous n'en avons finalement rien fait. Et puis, Seigneur, nous
avons peur de toi, peur de ta colère.
Et comment voient-ils Dieu ? Dans ce texte que des humains adressent à
Dieu, que disent-ils de Dieu ? Dieu est tout le contraire d'eux. Il a
toujours existé et existera toujours. C'est quelqu'un qui se met en colère, qui
est plein de fureur. Ils ont peur qu'il ne pardonne pas leurs fautes.
Ils ont l'air très loin les uns de l'autre. La distance entre eux et Dieu
est incommensurable. Nous même, parfois, peut-être ressentons-nous la même
chose. Face à Dieu, ou face à des amis, ou à notre famille.
L'impression d'avoir tout raté. D'avoir dit ou fait des choses qu'on
regrette. L'autre, l'ami, le parent ne nous a peut-être rien dit, mais on
imagine qu'il le sait et qu'il nous juge. Qu'il nous en veut, qu'il est en
colère. Alors, on ne sait plus trop quoi faire. Comme l'homme du psaume, on
voudrait redevenir poussière, on voudrait que tout s'arrête une bonne fois pour
toute.
Comment on sort de ça ? Dans le psaume, qu'y-a-t-il qui puisse à
nouveau rapprocher l'humain et Dieu ?
L'homme est persuadé que Dieu lui en veut à mort - à tel point qu'à cause
des fautes, Dieu abrégerait sa vie. Mais en même temps, il se rappelle ce que
Dieu a fait pour lui. Il se rappelle ce qui s'est réellement passé. Ce qu'a
réellement fait Dieu et pas ce qu'il imagine que Dieu pense de lui. On a beau
être fâché avec un ami, si c'est un ami, il y a des choses fortes qu'on
partagé. On a beau trouver nos parents cons, et eux nous trouver
insupportables, ça reste nos parents, et nous leurs enfants. Sauf cas
exceptionnel, il y a quelque chose de plus profond.
Et là, les hébreux se souviennent.
"Avant que les montagnes fussent nées, Et que tu eussent créé la terre et le
monde, D'éternité en éternité, tu es Dieu. " Ils se souviennent que Dieu a
préparé tout un monde pour accueillir l'homme. Qu'il fait vivre et durer ce
monde malgré toutes les erreurs et les bêtises qu'y a fait l'homme. Comme les
gens qui nous aiment ont fait, font vivre, ont ouvert leur foyer, leur famille,
leur relation, leur coeur pour nous accueillir.
Les hébreux se souviennent.
"Seigneur ! tu as été pour nous un refuge, De génération en
génération." Ils se souviennent que dans les moments difficile, les hébreux,
ont trouvé en Dieu, comme nous trouvons en nos amis, dans notre famille, un
refuge, des oreilles pour écouter nos tristesses, des épaules pour accueillir
nos pleurs.///
Il y a tout ça plus fort que ce qu'on imagine de la réaction de l'autre. Il
y a ça au début du psaume. Et à la fin, ils retrouvent Dieu. Ils font à nouveau
le lien. Ils retrouvent le Dieu qui offre son pardon, qui se laisse attendrir
et offre sa tendresse. qui donne sa joie, qui offre son amour dès le matin. Qui
redonne de vivre tous les jours qui viendront dans la joie, l'amour, la
tendresse.
Mais comment les hébreux ont-ils réussi à dépasser ce qui leur faisait si
peur ? A faire le lien à nouveau entre le souvenir ces liens forts,
construits par le temps et la vie, et ce qui pourrait reprendre aussi fort,
peut-être plus fort, après la brouille. Comment passer ce passage difficile
?
Ce qu'il leur fait si peur, c'est cette idée que Dieu les regarde avec
dureté. Qu'il est en colère, qu'il est furieux, qu'il faut le craindre. Que si
ils regardent dieu, s'ils se mettent devant lui, ils seront jugés par un regard
sévère.
Mais avez-vous remarqué, que Dieu, lui, ne dit pas qu'il est en colère.
Qu'il ne dit pas qu'il est furieux. Ce sont les hommes qui disent, qui
imaginent qu'il est furieux. Que si ils regardaient dieu, s'ils se mettaient
devant lui, ils seraient jugés par un regard sévère. Mais s'ils l'imaginent,
c'est qu'ils ne le voient pas.
D'ailleurs, avez-vous aussi remarqué la phrase qui termine le texte et qui
sonne comme le dénouement du texte, et qui est un des leitmotiv des psaumes
:
Que ton oeuvre se manifeste à tes serviteurs, Et ta gloire sur leurs
enfants ! Un peu comme s'ils disaient : Dieu, aide-nous à te voir
enfin !
Le dénouement, c'est de voir enfin Dieu.
De cesser de l'imaginer. En l'occurence, de sortir de ce piège de
l'imagination, qui nous fait le voir a priori comme en colère, furieux, plein
de courroux.
La dénouement arrive quand nous pouvons le voir tel qu'il est et non plus
tel que nous le craignons. Sortir de notre image d'un Dieu méchant, jugeur,
sans pitié.
alors que c'est un Dieu qui offre son pardon bien plus que nous n'arrivons
nous-même à nous pardonner, qui se laisse attendrir bien plus que nous
n'arrivons à nous attendrir, et offre sa tendresse, sa joie, son amour dès le
matin.
Comme font les gens qui nous aiment vraiment, malgré tout ce qui s'est
passé.
Mais comment le voir ? Le texte ne dites pas "ouvrez les yeux". Il dit
deux fois : retourne-toi.
Une seule parole de Dieu est citée. Pas : tu es méchant, tu ne fais que
des bétises. Une seule phrase de Dieu : retournez-vous. Et l'homme fait
une demande similaire à Dieu : Dieu, retourne-toi, reviens. Et en hébreux,
c'est le même verbe qui est utilisé dans le deux cas. Dieu nous demande de nous
retourner. Et l'humain demande à Dieu de se retourner. Comme dans un conflit,
où il faut que les deux fassent un pas. Mais où il faut bien que l'un des deux
commencent, même s'il a peur de la réaction de l'autre. Et il faut faire se
pas, tremblant, dans la peur. En se souvenant qu'il y a des liens forts qui se
sont tissés. En ayant foi dans la vie qui peut reprendre, plus forte. Ne
faisant confiance : l'autre, Dieu, le parent, l'ami, ne reproche pas, ne
juge pas. Il va faire un pas à son tour car il nous aime.
J'ai un peu du mal avec cette idée que Dieu ferait un demi-tour. Mais
gardons l'image.
L'humain et Dieu se faisaient la tête. Ils se tournaient tous les deux le
dos. L'humain parce qu'il faisait n'importe quoi. Dieu parce qu'il en avait
marre de voir que l'humain faisait n'importe quoi.
L'humain avait tellement conscience qu'il faisait n'importe quoi, qu'il
n'osait même plus regarder Dieu en face. Qu'il n'osait pas se retourner pour
regarder Dieu en face de peur qu'il ne soit énervé, qu'il lui en veuille. Il
n'osait plus regarder Dieu, et donc il ne savait plus quel tête faisait Dieu.
Sa peur l'empêchait de se retourner et de voir la réalité de Dieu.
Mais il fait quand même demi tour. Tremblant, dans la crainte. Et son
demi-tour permet à Dieu de faire demi-tour à son tour.
Et Dieu fait demi-tour, parce que faire la tête, même quand on est Dieu, a
fortiori quand on est un ami ou un parent, ce n'est que faire la
tête.
Ce n'est pas abandonner celui qu'on aime. Et que Dieu ne nous abandonne
jamais. Et nos vrais amis et nos parents, nous aiment toujours, ne nous
abandonnent jamais.
Il ne nous avait jamais abandonné, parce qu'il nous aime, il gardait un oeil
sur nous. Ne me demandez pas comment Dieu a un oeil sur nous quand il nous
tourne le dos, combien Dieu a d'yeux, s'il en a derrière la tête ou s'il a des
satellites, parce que là, ça devient n'importe quoi. Mais quand Dieu fait
demi-tour, je vois qu'il ne me fait pas la tête. Qu'il me sourit, qu'il m'aime
et m'a toujours aimé. Qu'il m'a toujours gardé à l'oeil.
J'ai dit : Mon demi tour donc fait faire demi-tour à Dieu. C'est
bizarre, non ?
Si Dieu nous aime sans nous lâcher, ne devrait-il pas être le premier à
faire le demi tour ? Non, parce cela ne sert à rien qu'il fasse demi-tour,
si nous même, nous ne sommes pas sorti de cette imagination, de nos craintes,
de notre regard qui ne regarde qu'en nous mêmes nos peurs, nos craintes, nos
images effrayantes de Dieu.
ça ne sert à rien que lui se retourne si nous sommes incapable de le voir
vraiment si nous sommes encore piégés par notre imagination d'un Dieu méchant
et qui juge.
Deux fois, on parle de se retourner. Donc, il est question de tourner le dos
deux fois. Dans le texte, c'est l'homme d'un côté et Dieu de l'autre qui se
tournent le dos. Mais en fait, est-ce que ce n'est pas nous, humains, qui
tournons deux fois le dos à Dieu ? Nous lui tournons une première fois le
dos quand nous agissons de manière méchante envers nous-même, envers les
autres, envers les plus faibles, envers les plus petits.
Nous lui tournons une première fois le dos quand nous ne nous aimons pas et
que nous n'aimons pas les autres, nos prochains, quand nous n'aimons ni
nous-mêmes ni nos prochains.
Et nous tournons une deuxième fois le dos à Dieu, en croyant que lui nous
tourne le dos alors que Dieu, ne nous tourne jamais réellement le dos, qu'il
est toujours prêt à nous écouter,
à nous offrir un visage souriant, plein d'amour et d'accueil pour tout ce
qui ne va pas et nous tourmente. Ayons toujours en tête et au coeur l'assurance
de cet amour sans condition, quand nous croyons à tort que les gens qui nous
aiment et que nous aimons ne nous aiment plus. Oui, dans ce monde, on peut être
aimé d'un amour sans condition, d'un amour qui n'est jamais repris. Dieu nous
le dit et nous en donne l'assurance.