Pour tout cours d’eau, l’eau vient de l’amont et coule vers l’aval. L’histoire du peuple juif s’organise autour du Jourdain qui coule des montagnes du Liban, en direction de l’Egypte, vers la mer Morte, une mer salée dans laquelle on a l’impression que rien ne vit. Et très symboliquement, le peuple d’Israël fait régulièrement le chemin inverse : par exemple, sous la conduite de Moïse puis de Josué, il va quitter l’Egypte et remonter le Jourdain. De la mort, de l’esclavage, vers la vie, vers la renaissance.
Et nous-mêmes, comme eux, quand l’aval est mortifère, nous suffit-il de le quitter ? Certes, nous sommes en aval car nos corps sont comme des mers qui reçoivent l’eau après son chemin. Composés à 80 % du précieux liquide, nos corps en dépendent et nous sommes à la merci de l’état dans lequel il nous arrive. Ainsi, dans les pays du Sud, une maladie sur cinq chez les moins de 13 ans est liée la mauvaise qualité de l’eau.
Mais ne sommes-nous pas aussi en amont ? C’est nous qui sommes tout au long du fleuve et qui polluons l’eau, la consommons, la pompons et faisons qu’en aval, il en reste assez – ou pas –, et assez propre – ou pas – pour les autres.
Et ce n’est pas valable que pour l’eau. Les rejets de gaz carbonique de nos consommations provoquent une crise climatique qui concerne toute la planète.
Il n’y a plus d’aval à fuir : nous ne pouvons plus aujourd’hui nous contenter de quitter le désert car, où que nous allions, nous rencontrons les conséquences de nos actes. Aujourd’hui, il s’agit de changer nos habitudes. Se « déplacer » signifie alors prendre de la distance, aller à contre-courant, remonter en amont de nos façons de vivre, revenir sur nos certitudes.
Sous la conduite de Dieu, les Hébreux mirent quarante ans à remonter de l’Egypte vers Israël. Voilà que pour nous, il vient d’inventer le pélerinage à domicile...

Stéphane Lavignotte