On aime bien dans le 18e : Ecrivains de service public
Par Editeur le mercredi 1 juillet 2009, 20:22 - Notre quartier - Lien permanent
L’association Ma Plume est à vous, créée il y a douze ans par Micheline
Marret, aide, gratuitement, les « exclus de l’écrit » à faire valoir
leurs droits.

A peine a-t-on poussé la porte de Ma Plume est à vous qu’on bute sur
quelques chaises. Un couloir plus qu’une salle d’attente, coincé entre trois
cabines dont les fines cloisons n’atteignent pas le plafond. La confidentialité
des consultations que donnent les « informateurs et médiateurs sociaux par
l’écriture » est toute relative. Difficile d’ignorer les problèmes de
mutuelle traités dans le box no 1 et le dossier d’aide au logement rempli au no
2. Les bénévoles de permanence, cet aprèsmidi, sont deux femmes d’une
cinquantaine d’années. Chez l’une, on sent de l’empathie :
« Supprimer votre mutuelle, alors que vous avez travaillé quarante ans,
c’est incroyable ! » L’autre se montre plus distante : « Vous
avez trop attendu. C’est tout ce que je peux faire. Je suis bloquée. » Au
fond du local se trouve le poste de commandement de Micheline Marret,
fondatrice de l’association en 1997. Sa porte est ouverte, la présidente garde
un oeil partout. Et lorsque le box se referme, ce sont ses oreilles qui
prennent le relais. De ses trente-neuf ans passés dans la banque, cette
retraitée hyperactive a gardé le sens de l’organisation et une coiffure
impeccable, agrémentée de lunettes blanches très « tendance ».
Des dossiers complexes
Ma Plume est à vous se veut plus qu’une simple machine à écrire des
courriers et à remplir des formulaires. Elle revendique un rôle de conseil
juridique. Selon Micheline Marret, les permanences proposées par d’autres
associations « font de la correspondance légère : des demandes
d’aides au logement, des déclarations auxassurances etc. Ma Plume va bien plus
loin que ça. Un dossier de reconstitution de carrière, de surendettement, de
naturalisation ou de regroupement familial, ça prend au minimum deux à trois
heures, souvent beaucoup plus, contre 15 à 20 minutes pour des requêtes
simples. » L’association ne traite cependant pas tous les dossiers.
« J’ai fait les premiers dossiers de CMU, puis ça s’est corsé. Ils nousont
demandé de constituer un dossier de 2 cm d’épaisseur pour nous donner
l’agrément. J’ai refusé », explique Micheline Marret. De même pour la
régularisation des étrangers : « Je préfère que d’autres associations
spécialisées, comme la Cimade, s’en chargent. »
Pénurie de bénévoles
Les salariés
et bénévoles de Ma Plume est à vous ont traité en 2008 près de 12 000 dossiers,
concernant en majorité des habitants du 18e originaires de l’Afrique
subsaharienne et du Maghreb. Depuis deux ans, le nombre de dossiers traités a
diminué d’environ un tiers : il y a moins de pointsd’accueil et moins de
bénévoles. Ceux-ci sont au nombre de 19, principalement des femmes et des
retraités. Et pourtant, la demande d’assistance reste importante, comme en
témoigne le brouhaha dans le couloir. Mais les candidats au poste d’écrivain
public bénévole ne se bousculent pas. « Nous leur proposons une formation
de 6 semaines. Ils viennent une fois ou deux, et puis ils téléphonent pour dire
que c’est trop prenant ou encore que toute cette détresse, ça leur fout le
moral à plat. » L’association assure au quotidien une mission de service
public. « Il y a une trentaine d’assistantes sociales dans le 18e
arrondissement. Avec toute cette population en grande précarité, elles n’y
arrivent pas. Alors elles envoient les gens d’un endroit à un autre, comme des
balles de ping-pong », déplore Micheline Marret.
Des subventions incertaines
Il est donc cohérent que Ma Plume est à vous vive de subsides publics
(caisse d’allocations familiales, département, ville et Etat). Mais
aujourd’hui, le renouvellement des emplois de l’association, tous pris en
charge par l’Etat, est incertain. Alors, pour chasser l’inquiétude, la
présidente évoque avec malice un courrier récemment rédigé par une
bénévole : une lettre d’admirateur au tennisman Rafael Nadal.
Grégoire Ader
Ma Plume est à vous 6, avenue de la Porte-Montmartre, 75018 Paris, métro
Porte de Clignancourt.
Tél. : 01 42 23 86 53. Site : http://www.maplume.fr.
Ouvert du lundi au jeudi de 9 à 12 heures et de 14 à 17 heures, le vendredi de
9 à 12 heures. Sans rendez-vous
(sauf pour les dossiers complexes, pour pouvoir être reçu(e) dans une des
permanences du quartier).