A peine a-t-on poussé la porte de Ma Plume est à vous qu’on bute sur quelques chaises. Un couloir plus qu’une salle d’attente, coincé entre trois cabines dont les fines cloisons n’atteignent pas le plafond. La confidentialité des consultations que donnent les « informateurs et médiateurs sociaux par l’écriture » est toute relative. Difficile d’ignorer les problèmes de mutuelle traités dans le box no 1 et le dossier d’aide au logement rempli au no 2. Les bénévoles de permanence, cet aprèsmidi, sont deux femmes d’une cinquantaine d’années. Chez l’une, on sent de l’empathie : « Supprimer votre mutuelle, alors que vous avez travaillé quarante ans, c’est incroyable ! » L’autre se montre plus distante : « Vous avez trop attendu. C’est tout ce que je peux faire. Je suis bloquée. » Au fond du local se trouve le poste de commandement de Micheline Marret, fondatrice de l’association en 1997. Sa porte est ouverte, la présidente garde un oeil partout. Et lorsque le box se referme, ce sont ses oreilles qui prennent le relais. De ses trente-neuf ans passés dans la banque, cette retraitée hyperactive a gardé le sens de l’organisation et une coiffure impeccable, agrémentée de lunettes blanches très « tendance ».

Des dossiers complexes

Ma Plume est à vous se veut plus qu’une simple machine à écrire des courriers et à remplir des formulaires. Elle revendique un rôle de conseil juridique. Selon Micheline Marret, les permanences proposées par d’autres associations « font de la correspondance légère : des demandes d’aides au logement, des déclarations auxassurances etc. Ma Plume va bien plus loin que ça. Un dossier de reconstitution de carrière, de surendettement, de naturalisation ou de regroupement familial, ça prend au minimum deux à trois heures, souvent beaucoup plus, contre 15 à 20 minutes pour des requêtes simples. » L’association ne traite cependant pas tous les dossiers. « J’ai fait les premiers dossiers de CMU, puis ça s’est corsé. Ils nousont demandé de constituer un dossier de 2 cm d’épaisseur pour nous donner l’agrément. J’ai refusé », explique Micheline Marret. De même pour la régularisation des étrangers : « Je préfère que d’autres associations spécialisées, comme la Cimade, s’en chargent. »

Pénurie de bénévoles

plume.jpg Les salariés et bénévoles de Ma Plume est à vous ont traité en 2008 près de 12 000 dossiers, concernant en majorité des habitants du 18e originaires de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Depuis deux ans, le nombre de dossiers traités a diminué d’environ un tiers : il y a moins de pointsd’accueil et moins de bénévoles. Ceux-ci sont au nombre de 19, principalement des femmes et des retraités. Et pourtant, la demande d’assistance reste importante, comme en témoigne le brouhaha dans le couloir. Mais les candidats au poste d’écrivain public bénévole ne se bousculent pas. « Nous leur proposons une formation de 6 semaines. Ils viennent une fois ou deux, et puis ils téléphonent pour dire que c’est trop prenant ou encore que toute cette détresse, ça leur fout le moral à plat. » L’association assure au quotidien une mission de service public. « Il y a une trentaine d’assistantes sociales dans le 18e arrondissement. Avec toute cette population en grande précarité, elles n’y arrivent pas. Alors elles envoient les gens d’un endroit à un autre, comme des balles de ping-pong », déplore Micheline Marret.

Des subventions incertaines

Il est donc cohérent que Ma Plume est à vous vive de subsides publics (caisse d’allocations familiales, département, ville et Etat). Mais aujourd’hui, le renouvellement des emplois de l’association, tous pris en charge par l’Etat, est incertain. Alors, pour chasser l’inquiétude, la présidente évoque avec malice un courrier récemment rédigé par une bénévole : une lettre d’admirateur au tennisman Rafael Nadal.

Grégoire Ader

Ma Plume est à vous 6, avenue de la Porte-Montmartre, 75018 Paris, métro Porte de Clignancourt.
Tél. : 01 42 23 86 53. Site : http://www.maplume.fr.
Ouvert du lundi au jeudi de 9 à 12 heures et de 14 à 17 heures, le vendredi de 9 à 12 heures. Sans rendez-vous
(sauf pour les dossiers complexes, pour pouvoir être reçu(e) dans une des permanences du quartier).