On a rencontré dans le 18e
Par Editeur le mercredi 1 juillet 2009, 20:10 - Notre quartier - Lien permanent
Pierre Vergnolle est l'actuel directeur de la salle Saint Bruno (18e). Il a
fait ses premiers pas dans l’animation socio-culturelle à la Mission
populaire.

Il a l’allure détendue et parle franc. Pierre Vergnolle, directeur de la
salle Saint Bruno, dans le 18e, prend le temps de me recevoir dans son bureau.
Il m’offre un café. Nous faisons connaissance. Si c’est par hasard qu’il a
atterri à la Mission populaire évangélique de France (MPEF ou Miss Pop) à la
fin des années 1980, il n’en reste pas moins toujours fidèle aux valeurs
qu’elle défend. Issu d’un milieu catholique non pratiquant, rien ne le
prédestinait à « tomber dedans ». Il découvre le sentiment de fraternité
avec des gens engagés, paroissiens, bénévoles et pasteurs. En 1988, et pendant
deux ans, il est objecteur de conscience, à mitemps comme animateur jeunesse à
la fraternité d’Arcueil et passe l’autre moitié de son temps à l’association
Soleil et Santé, où il organise les centres de vacances pour les enfants de la
MPEF. Il va y rester huit ans.
Une communauté engagée
En 1996, il prend la direction du centre Picoulet, dans le 11e arrondissement
de Paris, une des « frats » de la Miss Pop, un lieu agréé centre
social par la CAF et la Ville de Paris (contrairement à La Maison Verte). Mais
pour Pierre, ce n’est pas un centre social comme les autres : « La
MPEF, c’est toute une vie liée à l’engagement de la communauté protestante.
Pour les pasteurs, ce sont des ministères difficiles par rapport aux quartiers
où ils sont établis. J’ai tissé là des relations plus riches et plus fortes que
dans un centre classique. J’étais entouré de gens de conviction qui portent un
message. Et les bénévoles étaient ouverts, tolérants, qu’ils soient d’ailleurs
catholiques, protestants ou musulmans. » En confiance dans cet
environnement, Pierre Vergnolle se sait maître de ses choix : « Je
suis agnostique. Mais si je devais me reconvertir, ce serait au protestantisme.
J’aime cette ouverture d’esprit de gens très croyants qui ne cherchent pas à
convaincre l’autre. Je peux écouter la Bible, me poser des questions, je sais
qu’ils ne sont pas là pour me convertir à tout prix. C’est d’une richesse
humaine très forte. » Par ailleurs,il apprécie qu’un culte protestant
puisse se dérouler n’importe où, au temple ou dans une simple salle. C’est
chose plutôt surprenante quand on vient du catholicisme. Et Pierre ne se sent
pas à l’écart lors d’une fête religieuse : « J’organisais tous les
ans au Picoulet une grande fête à Noël. C’était un moment ouvert à tous,
spirituel, très riche : les gens disaient leur foi, d’autres étaient
présents sans être spécialement croyants mais nous nous y retrouvions. »
Un quartier populaire
En 2005, il prend la direction de la salle Saint Bruno, « située entre la
Goutte d’Or (plutôt maghrébine) et Château Rouge (plutôt africain), dans une
sorte de no man’s land, ou plutôt une poche de la classe moyenne supérieure,
avec son église et son école privée, au milieu d’un quartier très
populaire. » En tant que maison des associations, la salle Saint Bruno a
en charge l’animation de la vie associative et le développement social.
« Nous réfléchissons au quartier, à ce qui peut lier les habitants. »
La salle n’accueille que très rarement les riverains. « Il manque un lieu
de rencontre, déplore-t-il. Au Picoulet, nous avions un café. » Le
week-end, des salles sont prêtées aux familles qui n’ont pas les moyens d’en
louer. Et, surtout, il y a, tous les ans, fin juin, la très populaire Goutte
d’Or en Fête, dont s’occupent activement une dizaine d’associations sous la
coordination de la salle Saint Bruno. Cette année, c’était la 24e édition
consécutive. Toutes sortes de populations s’y côtoient. La version 2006 a été
l’occasion de célébrer les 10 ans de l’occupation de l’église Saint Bernard par
les sans-papiers, avec des rencontres et des débats autour de l’accueil des
étrangers. Pierre Vergnolle croit résolument aux liens qui se tissent entre les
individus. Et il a la foi : en l’Homme.
Caroline Langlois