Il a l’allure détendue et parle franc. Pierre Vergnolle, directeur de la salle Saint Bruno, dans le 18e, prend le temps de me recevoir dans son bureau. Il m’offre un café. Nous faisons connaissance. Si c’est par hasard qu’il a atterri à la Mission populaire évangélique de France (MPEF ou Miss Pop) à la fin des années 1980, il n’en reste pas moins toujours fidèle aux valeurs qu’elle défend. Issu d’un milieu catholique non pratiquant, rien ne le prédestinait à « tomber dedans ». Il découvre le sentiment de fraternité avec des gens engagés, paroissiens, bénévoles et pasteurs. En 1988, et pendant deux ans, il est objecteur de conscience, à mitemps comme animateur jeunesse à la fraternité d’Arcueil et passe l’autre moitié de son temps à l’association Soleil et Santé, où il organise les centres de vacances pour les enfants de la MPEF. Il va y rester huit ans.
Une communauté engagée
En 1996, il prend la direction du centre Picoulet, dans le 11e arrondissement de Paris, une des « frats » de la Miss Pop, un lieu agréé centre social par la CAF et la Ville de Paris (contrairement à La Maison Verte). Mais pour Pierre, ce n’est pas un centre social comme les autres : « La MPEF, c’est toute une vie liée à l’engagement de la communauté protestante. Pour les pasteurs, ce sont des ministères difficiles par rapport aux quartiers où ils sont établis. J’ai tissé là des relations plus riches et plus fortes que dans un centre classique. J’étais entouré de gens de conviction qui portent un message. Et les bénévoles étaient ouverts, tolérants, qu’ils soient d’ailleurs catholiques, protestants ou musulmans. » En confiance dans cet environnement, Pierre Vergnolle se sait maître de ses choix : « Je suis agnostique. Mais si je devais me reconvertir, ce serait au protestantisme. J’aime cette ouverture d’esprit de gens très croyants qui ne cherchent pas à convaincre l’autre. Je peux écouter la Bible, me poser des questions, je sais qu’ils ne sont pas là pour me convertir à tout prix. C’est d’une richesse humaine très forte. » Par ailleurs,il apprécie qu’un culte protestant puisse se dérouler n’importe où, au temple ou dans une simple salle. C’est chose plutôt surprenante quand on vient du catholicisme. Et Pierre ne se sent pas à l’écart lors d’une fête religieuse : « J’organisais tous les ans au Picoulet une grande fête à Noël. C’était un moment ouvert à tous, spirituel, très riche : les gens disaient leur foi, d’autres étaient présents sans être spécialement croyants mais nous nous y retrouvions. »
Un quartier populaire
En 2005, il prend la direction de la salle Saint Bruno, « située entre la Goutte d’Or (plutôt maghrébine) et Château Rouge (plutôt africain), dans une sorte de no man’s land, ou plutôt une poche de la classe moyenne supérieure, avec son église et son école privée, au milieu d’un quartier très populaire. » En tant que maison des associations, la salle Saint Bruno a en charge l’animation de la vie associative et le développement social. « Nous réfléchissons au quartier, à ce qui peut lier les habitants. » La salle n’accueille que très rarement les riverains. « Il manque un lieu de rencontre, déplore-t-il. Au Picoulet, nous avions un café. » Le week-end, des salles sont prêtées aux familles qui n’ont pas les moyens d’en louer. Et, surtout, il y a, tous les ans, fin juin, la très populaire Goutte d’Or en Fête, dont s’occupent activement une dizaine d’associations sous la coordination de la salle Saint Bruno. Cette année, c’était la 24e édition consécutive. Toutes sortes de populations s’y côtoient. La version 2006 a été l’occasion de célébrer les 10 ans de l’occupation de l’église Saint Bernard par les sans-papiers, avec des rencontres et des débats autour de l’accueil des étrangers. Pierre Vergnolle croit résolument aux liens qui se tissent entre les individus. Et il a la foi : en l’Homme.

Caroline Langlois