«De quel genre est l'entité à qui vous adressez vos prières ? », « Qu'estce qu'un homme ? Une femme ? » Dimanche 17 mai, dans la grande salle de La Maison Verte, ces questions étaient posées à l'assemblée réunie. Diverses réponses s'inscrivaient sur des grandes feuilles de papier accrochées aux murs : « Je ne sais pas », « Les genres sont des apparences socialement construites ». A l'occasion de la journée mondiale contre l'homophobie, La Maison Verte a accueilli et participé à la préparation de ce débat, ainsi qu'à une célébration interreligieuse contre la transphobie.

Liberté d'aimer

« Dans ce monde, nous sommes contraints partout. Le seul endroit où nous sommes libres, c'est face à Dieu », tenait à partager Stéphane Lavignotte, le pasteur de La Maison Verte. Des militants de la cause LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) participaient à la réflexion autour du genre, des situations d'exclusion vécues au quotidien et du rôle de la foi dans leur vie. « Nous faisons partie du peuple de Dieu, insiste Philippe Couillet, président des Oublié(e)s de la mémoire, une association qui défend le devoir de mémoire envers les homosexuels déportés. Dieu dit qu'il faut aimer son prochain, nous avons la liberté d'aimer. » Mais « comment ne pas rejeter une religion qui vous rejette ? », s'interroge Kaleb, un militant athée qui a activement participé à la préparation du débat.

« La religion met les gens dans des cases »

« L'Eglise catholique est très mal à l'aise et heurtante par rapport à ces questionslà », reconnaît Patrick Gatineau-Guérin, président de Devenir un en Christ, une association qui accueille les personnes homosexuelles « qui veulent suivre un chemin avec le Seigneur ». « La religion met les gens dans des cases : homme, femme, poursuit Patrick Gatineau-Guérin. Et cela génère des souffrances évidentes. Alors qu'il faut résolument que l'Eglise accueille ceux qui sont avant tout des enfants de Dieu. »

Une lecture critique de la Bible

Jacques Fraissignes est un prêtre ouvrier à la retraite. Il est aussi membre de David et Jonathan – un mouvement homosexuel chrétien – depuis plus de trente ans. Il regrette que « les religions aient sacralisé les peurs vis-à-vis de ce qui est désigné comme hors norme. On a mis la parole de Dieu par-dessus, en lisant les textes à contresens, en faisant de textes d'accueil des textes de rejet. Nous souhaitons reprendre une lecture critique de la Bible, car on peut être chrétien et homosexuel. L'homosexualité est l'un des chemins qui nous conduit à Dieu. » Jacques Fraissignes vient souvent à La Maison Verte, il est sensible aux actions qui y sont menées. Tout comme Louis-Georges Tin, présent ce jour-là en tant qu'initiateur de la Journée mondiale contre l'homophobie. Cette journée a été inaugurée un 17 mai 2005, en mémoire du 17 mai 1990, quand l'OMS (Organisation mondiale de la santé) a supprimé l'homosexualité de sa liste des maladies mentales.

louis_tin.jpg (Photo : Louis-Georges Tin est à l'origine de la Journée mondiale contre l'homophobie. Il a participé au débat organisé par La Maison Verte)

Porter le combat partout où l'on peut

« Cette cérémonie interreligieuse me tient à coeur, souligne Louis-Georges Tin. Je connais Stéphane Lavignotte et ses travaux (1). Les croyants sont des partenaires importants. J'ai quitté l'Eglise catholique à cause de son homophobie, mais en réalité, il est important de porter le combat partout où l'on peut, donc dans les Eglises aussi. » C'est précisément un engagement qu'honore La Maison Verte au quotidien : « L'inclusivité a toujours fait partie du lieu, rappelle Herbert van Tongeren, ancien pasteur et président de La Maison Verte il y a une dizaine d'années. Pas avec autant d'enthousiasme que maintenant, pas tant dans les proclamations, mais l'idée a toujours été d'être ouvert à tout le monde, sans distinction de race, d'opinion, de genre... »

Soutien plus conscient

Je crois d'ailleurs qu'au-delà de La Maison Verte, ça a toujours été typique pour la Mission populaire évangélique de France. C'est une question de mentalité de toute l'Eglise. Mais Stéphane accentue cet aspect-là de la communauté, il pousse la réflexion pour que cela soit avantage conscient. C'est vraiment un prophète de l'inclusivité. »

Julia Pascual

(1) Au-delà du lesbien et du mâle. La subversion des identités dans la théologie « queer » d'Elizabeth Stuart, éd. Van Dieren, 2008.