Solidarité en danger ??
Par Editeur le samedi 30 mai 2009, 16:01 - Solidarité migrants - Lien permanent
Le Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale a fixé un nombre de reconduites à la frontière pour 2009. Pour la première fois, le ministre a aussi fixé un nombre de personnes à interpeller...
...sur la base de l'article L-622-1 du Code de l'Entrée et du Séjour des
Etrangers et du Droit d'Asile. Cet article dispose que « Toute personne
qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter
l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en France sera
punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 Euros. »
C'est, d'après le gouvernement, le seul moyen d'arrêter les passeurs, qui
organisent le transport des étrangers vers la France. Il est facile de
s'imaginer que si la police n'arrive pas aux 5500 interpellations de passeurs,
elle se rabattra sur toute personne qui rentre dans les critères. C'est là que
le bât blesse car la loi comprend, dans les personnes inculpables, toutes
celles qui aident même ponctuellement des sans-papiers.
On a vu par exemple la police mettre en garde à vue une personne qui
rechargeait les portables de sans-papier, des bénévoles qui accompagnaient des
étrangers à la préfecture. Pernicieusement, la non-dénonciation de personnes en
situation irrégulière peut être constitutive de l'infraction. Naturellement,
cela concerne La Maison Verte, dont les bénévoles et salariés accueillent tout
le monde sans demander la preuve de papiers en règle. La Maison Verte accueille
des sans-papiers dans toutes ses activités (cours de français, aide
vestimentaire, activités cultuelles,...). Il n'y a pas un salarié, un bénévole
qui n'est pas concerné. Et la manifestation qui a eu lieu le 8 avril à laquelle
participaient certains membres de la Maison Verte – et à laquelle appelaient la
Mission populaire évangélique avec la Cimade, la Fédération de l’entraide
protestante, Emmaüs… - avait pour but de faire réagir le gouvernement.
En prenant le parti de la provocation - il était demandé à toutes les personnes
implicables dans le délit de solidarité de se proposer comme prisonnières pour
aider la police à arriver à ses quotas - les responsables des associations de
défense des sans-papiers voulaient montrer l'aberration de la loi. Chacun était
amené à porter un badge : "Aidant(e), je suis prêt(e) à être
poursuivi(e)", afin de demander la modification de la loi. La loi peut-être
tout aussi efficace (la poursuite des passeurs), en rajoutant au texte déjà
existant la notion de toute personne qui aura « à titre onéreux »,
aidé les sans-papiers. Ce débat a été saisi par certains parlementaires qui ont
déposé une proposition de loi sur le bureau de l'Assemblée Nationale. Il ne
reste plus qu'a attendre que le texte soit voté pour protéger les aidants qui
n'agissent que par pure solidarité comme prêché à La Maison Verte.
Jonathan Lafont