Actes 2,1-13 : Et l'esprit saint souffla en langue des signes
Par Editeur le mardi 30 juin 2009, 23:31 - Inclusivité - Lien permanent
Le culte du 31 mai à 11h a été plurilingue, dans l'esprit de Pentecôte. Notamment la Langue des signes. Ci-dessous des images de ce culte dont on espère qu'il ne restera pas exceptionnel. En cliquant sur "lire la suite", la prédication qui a été préparée pour ce culte avec des personnes pratiquant la langue des signes .
Le culte a mêlé à la Mission populaire de La Maison verte, les églises
Presbytérienne et Baptiste du Cameroun qui s'y réunissent. Par ailleurs, grâce
à la participation de personnes sourdes et malentendantes, d'une personne
entendante engagée dans la traduction en LSF notamment de la parole de Dieu,
nous avons pu proposer, non seulement, lecture biblique, la prédication,
l'intercession et le Notre Père en langue des signes, mais l'ensemble en Langue
des signes. Les chants étaient chantés par les entendants et signés par les
sourds ! Actes 2 1. Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble
dans le même lieu.
2. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il
remplit toute la maison où ils étaient assis
3. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les
unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux.
4. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en
d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer.
5. Or, il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les
nations qui sont sous le ciel.
6. Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce
que chacun les entendait parler dans sa propre langue.
7. Ils étaient tous dans l'étonnement et la surprise, et ils se disaient les
uns aux autres: Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens
?
8. Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre
langue maternelle ?
9. Parthes, Mèdes, Élamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la
Cappadoce, le Pont, l'Asie,
10. la Phrygie, la Pamphylie, l'Égypte, le territoire de la Libye voisine de
Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, Juifs et prosélytes,
11. Crétois et Arabes, comment les entendons-nous parler dans nos langues des
merveilles de Dieu ?
12. Ils étaient tous dans l'étonnement, et, ne sachant que penser, ils se
disaient les uns aux autres: Que veut dire ceci ?
13. Mais d'autres se moquaient, et disaient: Ils sont pleins de vin doux.
Vous êtes sans doute déjà allé au Forum des Halles. Et dans la station de RER,
vous les avez sans doute vu. Ils sont en groupe, ils parlent avec les mains.
Ils font des signes.
Ce sont des sourds et des malentendants qui se retrouvent pour discuter. Nous
personnes entendantes, nous nous sommes peut-être dit : c'est
bizarre ! C'est un monde à part ! Qu'est-ce que cela veut dire !
Vous, personnes entendantes, avez peut-être remarqué que dans cette assemblée,
participent des personnes sourdes, qu'elles soient bienvenus. Vous vous êtes
peut-être dit en les remarquant, en remarquant qu'ils parlaient avec les
mains : c'est bizarre ! C'est un monde à part ! Qu'est-ce que
cela veut dire !
Exactement ce que se disent une partie des personnes dans cette histoire de
Pentecôte. La foule voit ce petit groupe d'apôtres de Jésus, ces apôtres qui
parlent dans des langues qui ne comprennent pas, des langues qui leur
paraissent bizarre. Ils se disent : c'est bizarre ! C'est un monde à
part ! Qu'est-ce que cela veut dire !
Mais dans l'histoire de Pentecôte, cette séparation disparait. Il y a comme un
coup de tonnerre, et finalement chacun comprend ce que disent les apôtres
malgré leur langue bizarre. ça c'est dans l'histoire de Pentecôte. Mais au
milieu du forum des Halles, ici même, entre personnes sourdes et entre
personnes entendantes, pourrait-il y avoir ce coup de tonnerre pour qu'on se
comprenne ?
Certains ont vécu comme un coup de tonnerre qui leur a fait comprendre celui
qu'ils ne comprenait pas. Je vous raconte deux histoires. J'ai préparé ce culte
et cette prédication avec Love, qui raconte cette prédication en ce moment en
LSF et Anne-Charlotte.
Un jour Love, qui est entendant, entre dans une église au Congo. Il voit un
prêtre américain qui fait un culte en Langue des signes. Et il va le voir et il
dit : je veux apprendre cette langue. Et le prêtre lui répond : ce
n'est pas avec moi que tu vas apprendre, tu vas apprendre avec les sourds,
directement. Il les a rejoint, au début le contact n'a pas été facile. Mais il
a appris. Et un jour le prêtre lui a dit : je repars en Amérique, tu dois
me remplacer.
Anne-Charlotte, qui est malentendante avec un appareil, avait une amie qui lui
parlait souvent d'apprendre la langue des signes, mais ça ne l'intéressait pas.
Et un jour, dans l'hôpital où elle est infirmière, il y a un patient qui ne
parle pas français. Il ne parle qu'anglais, et ils n'arrivent pas à
communiquer. Elle se dit : "c'est difficile de parler avec lui. Mais si
c'était un patient un sourd, je n'arriverais pas à communiquer non plus". Elle
appelle son ami et a commencé à apprendre la langue des signes. Elle dit :
"au fond de moi, il y avait cette identité sourde que j'avais mis de
côté".
Vous souvenez-vous que dans l'histoire de Pentecôte, même s'il entendent le
coup de tonerrre et voient des langues de feu, certains ne croient, ils ne
comprennent pas qu'ils assistent à un miracle, à une action de l'esprit saint.
Comme ils ne comprennent pas, ils préfèrent s'en moquer. Est-ce qu'on arrive à
reconnaître un miracle quand on le voit ?
Est-ce qu'on se laisse ouvrir l'esprit, ouvrir le coeur par les miracles qui
sont déjà là autour de nous ?
Peut-être qu'on se moque des miracles qui sont autour de nous parce que c'est
plus facile que de se laisser ouvrir le coeur et l'esprit par les miracles qui
sont autour de nous ?
Dans les histoires de Love et de Anne-Charlote, il n'y a pas eu de coup de
tonnerre, pas de langue de feu. Mais ce qu'ils ont vécu, n'est-ce pas leur coup
de tonnerre à eux, leurs langues de feu à eux, des rencontres qui nous
bousculent et qui font qu'on va au-delà de la barrière des langues et des
séparations, comme dans Pentecôte, la barrière des langues et des nationalités
?
On imagine peut-être que le miracle ce serait que les sourds se mettent à
parler et à entendre, et cela arrive parfois dans la bible. Mais est-ce que le
miracle, il n'est pas déjà sous nos yeux ? Il est sous nos yeux et on ne
le voit pas.
C'est une petite fille qui apprend la Langue parlée complétée et échange
parfaitement avec ceux qu'elle aime, et peut réussir à l'école. Le miracle est
que la Langue des signes soient restée une langue vivante alors que pendant
longtemps en France, on l'a interdite, refusé, rejetée. Le miracle est que les
sourds chantent, que les sourds font des fêtes avec de la musique.
Le miracle, il est que nous partagions ce culte ensemble, d'origine européenne
ou africaine, entendant ou non, homme ou femme, homos ou hétéros. Le miracle,
c'est la vie, ce sont les gens qui échangent, les gens qui s'épanouissent, les
gens qui se rencontrent. Le miracle c'est toute cette vie, cette rencontre
alors que dans la société tout semble se mettre en travers - la jalousie, la
crise économique, le racisme, les a-priori - pour que cela n'arrive pas, pour
bloquer l'échange, pour empêcher l'épanouissement, la rencontre. Ce sont cela
les coups de tonnerre et les langues de feu que le Seigneur nous envoie.
C'est comme dans l'histoire de Pentecôte. Car dans l'histoire de Pentecôte, le
miracle est quelque chose de tout simple finalement : certains parlent,
d'autres comprennent. Mais c'est un miracle, parce que tout s'était mis en
travers pour que cet échange n'arrive pas : ils viennent de différents
pays, ils ne parlent pas la même langue, la foule juive regarde de travers les
disciples de Jésus en se disant qu'ils sont bizarre etc.
Le miracle, l'action du Saint esprit, serait comme dans Pentecôte,qu'on passe
nous aussi par dessus cette méfiance. Les sourds ont l'impression qu'on leur
demande toujours d'aller vers les entendants. Le miracle serait que les
entendants aillent à leur tour vers les sourds. Les personnes d'origine
étrangères ont souvent l'impression que ce n'est qu'à eux qu'on demande de
faire des efforts. Qu'à eux d'aller vers la société d'accueil. Le miracle
serait que ça se passe aussi dans l'autre sens. Le miracle, serait que chacun
aille vers chacun. Que chacun fasse des efforts pour aller vers l'autre. Que
nous fassions cela malgré les obstacles, y compris les inquiétudes, peurs, les
réticences qu'on a en soi.
L'esprit de Pentecote est descendu sur l'église au début de son histoire. Il
n'a pas disparu, il n'est pas remonté. Il est là :
est-ce que nous saurons lui faire une place ?
Est-ce que nous saurons lui ouvrir notre coeur et notre intelligence ?
Est-ce que nous saurons accueillir cet esprit plutot que de juger ou de moquer
les façons qu'ont les autres de vivre et de communiquer ?
Est-ce que nous saurons ouvrir nos yeux et nos oreilles, aux miracles plutot
que de s'en moquer, parce qu'on ne les comprend pas ?
Ces miracles que fait l'esprit saint tous les jours autour de nous, ces
miracles qui s'appellent nos soeurs, nos frères, et la rencontre avec eux
?
Amen.