Mes enfants,nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité.

En agissant ainsi,nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité,

et devant Dieu nous aurons le coeur en paix ;

notre coeur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît toutes choses.

Mes bien-aimés, si notre coeur ne nous accuse pas, nous nous tenons avec assurance devant Dieu.

Tout ce que nous demandons à Dieu, il nous l'accorde, parce que nous sommes fidèles à ses commandements, et que nous faisons ce qui lui plaît.

Or, voici son commandement : avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l'a commandé. Et celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu'il demeure en nous, puisqu'il nous a donné son Esprit.


Régulièrement, je demande aux uns et aux autres : nous sommes un petit nombre le dimanche au culte, est-ce que ça vous gêne ?

Dans les bons jours, je me dis, avec un peu de fierté : quand j'ai commencé, il y avait deux personnes au culte, maintenant, nous sommes entre 9 et 20. Dans les mauvais, je me morfond au contraire : nous ne sommes qu'une dizaine... A travers l'inquiétude sur ce nombre, qu'est-ce que je cherche ? Je cherche à répondre à une question : Est-ce que je « réussis » ma mission de pasteur à La Maison Verte ? Et une question plus profonde : est-ce que devant Dieu, dans ce que je dis et je fais, je suis dans ce qu'il faut dire et faire, est-ce que je suis dans le vrai, suis-je dans la vérité, dirait-on avec les mots du texte ?

Je cherche à passer d'un coeur qui se sent interrogé, voir accusé ou condamné, à un coeur apaisé.

Cette question, elle a toujours traversé les croyants. Et parfois, elle les a croisé d'une manière encore plus brutale.

Au moment de la Réforme, Luther se sent en permanence tourmenté par le démon. Jeune moine augustin, n'étant pas encore le Luther de la Réforme, il a beau suivre tous les commandements, essayer d'être le plus juste possible, il a toujours un coeur tourmenté. Il est écrasé, épuisé par la mauvaise conscience. Les gens de son époque vivent la même chose que lui : la peur de l'enfer les écrase. Luther et ceux de son époque se demandent : ce que je fais, est-ce juste, est-ce la bonne chose ?

Luther va trouver pour lui un coeur apaisé, il va trouver écho chez ses contemporains rongés par l'angoisse de l'enfer, en leur disant : ce n'est pas vous qui décidez, c'est Dieu. Vos actes, méchants ou bons n'y sont pour rien, c'est Dieu qui décide, seul. Votre mauvaise conscience ne sert à rien, vous n'y pouvez rien.

La question va se reposer à la génération suivante, à l'époque du réformateur suivant, Calvin. La question devient : d'accord, c'est Dieu qui décide. Mes actes n'y peuvent rien. Mais est-ce que dans ce monde je pourrais trouver des signes de ce qu'il a décidé ? Et ils se disent, que s'il réussissent dans la vie, dans leur métier, dans leur vie sociale, c'est sans doute un signe que Dieu les a élu. En fait rapidement, va se généraliser l'idée, que Dieu étant d'abord amour, il sauve toute le monde, même les méchants. L'angoisse n'est plus celle du salut. Elle est : ok, je suis sauvé, tout le monde est sauvé. Dans l'autre monde, je ne serai pas en enfer, personne n'ira, l'enfer est vide. Mais dans ce monde, est-ce que ma vie a un sens, est-ce que je fais ce que veut Dieu pour moi ?

Et peut-être est-ce finalement ces mêmes questions que nous nous posons aujourd'hui, et que je me pose avec mon histoire de nombre de personnes au culte : ma réussite dans ma vie sociale a-t-elle à voir avec ma juste place devant Dieu ? Est-ce que dans ma vie avec les autres, je fais ce que Dieu veut ?

La communauté de Jean, dont nous avons lu le texte est dans des angoisses similaires. Ils sont en concurrence avec d'autres religions, d'autres communautés chrétiennes. Chacune a sa façon de vivre l'évangile, le message de Jésus-Christ. Et chacun se demande : est-ce la bonne ? La question est pour eux particulièrement angoissante, parce qu'ils croient que le jugement est proche. Ils pensent que Jésus va revenir très vite, que la fin des temps est pour demain, et qu'ils vont très vite avoir à rendre des comptes là-dessus. La communauté de Jean, dont nous avons lu le texte, est en concurrence avec d'autres communautés qui voient donc les choses autrement. Chez leurs concurrents les plus directs, on est plutôt dans le 100% spirituel.

On insiste sur la pureté dans la façon de vivre, sans doute le respect des commandements sur la nourriture. Dans cette communauté concurrente, on donne sans doute beaucoup d'importance aux exploits spirituels, à ce qui est dit au début du texte :

- aimer en parole – logo, ce qui pourrait dire, les beaux raisonnements, les belles méditations,

- aimer en langues – gloso, le fait d'être rempli par l'esprit saint, et d'être capable de parler dans les langues qu'on ne connait pas, rentrer en transe, comme cela se passe dans les communautés pentecotistes aujourd'hui.

La communauté de jean se démarque d'une manière assez aisée à comprendre. Jean dit qu'il ne faut pas seulement aimer en parole et en langues, mais en actes, en oeuvres, et en vérité. Cela se comprend mieux, si on lit le verset qui se trouve juste avant ce passage : « Si quelqu'un possède les biens du monde, voit son frère dans le besoin et lui ferme son coeur, comment l'amour de Dieu peut-il demeurer en lui ? ».

Alors, cela veut-il dire que ce serait juste une opposition entre croyants super-spiritualistes et croyants qui donnent de l'importance à l'action concrète de solidarité ? Oui, il y a bien une insistance sur l'amour du frère, et la responsabilité éthique concrète. Mais il y a plus.

Car derrière, il y a toujours la question : comment suis-je juste devant devant Dieu, comment suis-je dans la vérité ? Comment passer d'un coeur condamné à un coeur apaisé ?

Nous sommes invités à un double détachement : D'abord un détachement du religieux, du spirituel quand il devient attachement à un doctrine, à un des gestes où l'habitude prend le pas sur le compris et le vécu. Du sprirituel quand il devient un exploit dans la manipulation spectaculaire de l'esprit saint. Se détacher de cela car nos angoisses d'être juste devant Dieu ne trouveront pas leur remède dans la vérité de telle ou telle école, église, ou même dans la théologie de Jean mais dans une vérité pratique et vécue.

Mais le texte fait immédiatement un deuxième déplacement. Car à dire que nos angoisses d'être juste devant Dieu trouveront leur remède dans une vérité pratique et vécue, c'est la porte ouverte à la théologie des oeuvres, à l'activisme, au fait de vouloir devenir de nouveaux purs, de nouveaux impécables en devenant non plus des champions des rituels ou des exploits pentecôtistes, mais de l'action sociale. Ce qui au bout du compte est la même chose, puisque c'est une logique de champion et de « pur ».

Le texte nous détache d'abord du religieux, puis de la tentation du super-activisme social, car avec quels mots indique-t-il les oeuvres qu'il faut faire ? Au frère qui est dans le besoin, est-il dit qu'il ne faut pas fermer sa bourse ? Non, qu'il ne faut pas fermer son coeur. Et c'est le terme « coeur » qui rythme le texte.

Le sommet du texte est cette phrase :

Voici ce qui est son commandement : c'est que nous croyons au nom de Jésus-christ et que nous nous aimions les uns les autres comme le christ nous l'a commandé. Comme moi vous savez compter. Il annonce un commandement et en cite deux : croire et aimer.

Cela nous dit que Croire et aimer, c'est le même commandement, que l'un va avec l'autre, l'un ne peut aller sans l'autre.

Il annonce un commandement et on pourrait même pousser le bouchon plus loin en disant qu'il en cite trois. Croire, aimer les autres, mais aussi savoir recevoir l'amour des autres, car c'est « aimez-vous les uns, les autres ». C'est un « pour Dieu » qui est indétachable d'un « pour les autres » et d'un « pour soi ».

Ainsi, la question « comment suis-je juste devant devant Dieu, comment suis-je dans la vérité ? » ne peut plus se traduire par « est-ce que ce que fais est ce que Dieu veut » car Dieu ne veut pas que je fasse quelque chose en particulier. Son commandement, n'est pas que je fasse ou réussisse quelque chose : c'est que je vive, que je vive au sens fort du mot, que je sache trouver un coeur qui bat, un coeur qui se gonfle d'amour.

Que je sache donner et recevoir l'amour, comme m'y invite le commandement de Jésus cité par le texte : aimez-vous les uns les autres – sachez donner et recevoir l'amour – comme je vous ai aimé.

Son commandement, ce qu'il veut, ce n'est pas que j'obeisse, que je fasse ou réussisse, c'est que je vive, que je vive cet amour qu'il m'a donné, et cet amour se vit avec les autres, à qui je donne de l'amour, et qui m'en donnent, et que je reçois. Un amour qui n'est pas un don qui nous fait un « moins » quand on donne, mais qui nous fait un plus, car nous avons ce plaisir à donner, et nous n'avons plus honte de recevoir la gratitude de celui qui reçoit. Au contraire, nous nous nourrissons de cet amour que nous donnons et que nous recevons.

Ainsi, nous avons la réponse à notre deuxième question : Comment passer d'un coeur condamné à un coeur apaisé ? La question pour le coeur n'est pas la condamnation ou l'approbation, mais la vie, l'amour vécu avec les autres.

L'important, ce n'est pas la réussite de « combien sommes-nous à nos cultes » ?

L'important, ce n'est pas « pour combien de rmistes avons-nous fait de dossier » ou « quel a été le bénéfice de la braderie ».

Ce n'est pas « est-ce que nous faisons des exploits avec de l'esprit saint, en parlant en langue ou en rentrant en transe » ?

L'important ce n'est même pas de savoir si le prédicateur réussit sa prédication ou choisit une belle liturgie. C'est de vivre. C'est que notre coeur batte, se gonfle. C'est qu'à travers un engagement concret et réel les uns pour les autres, et en particulier pour celui qui est « dans le besoin » - le besoin matériel, le besoin de relation, le besoin d'amour - dans nos actions sociales, dans nos cultes vécu en commun, dans les bonjour avant le culte et dans le café qui suit, dans notre nombre important ou petit, qu'à travers cette réalité d'humain nous vivions ce «aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». Ce « pour Dieu », « pour les autres » et « pour soi » qui saura non seulement emmener notre coeur loin des logiques du jugement, de la condamnation, non seulement l'apaisera, mais saura le faire battre et se gonfler d'amour. Amour de Dieu que nous vivons directement dans la prière par exemple, et que nous vivons aussi à travers l'amour des uns pour les autres.

Amen !