Actes 4,8-12 : De quoi Jésus-Christ est-il le nom ?
Par Editeur le dimanche 3 mai 2009, 12:13 - Prédications - Lien permanent
Prédication de Stéphane Lavignotte du dimanche 3 mai.
Actes 4,8-12
8. Alors Pierre, rempli du Saint Esprit, leur dit: Chefs du peuple, et
anciens d'Israël,
9. puisque nous sommes interrogés aujourd'hui sur un bienfait accordé à un
homme malade, afin que nous disions comment il a été guéri,
10. sachez-le tous, et que tout le peuple d'Israël le sache! C'est par le
nom de Jésus Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, et que Dieu a
ressuscité des morts, c'est par lui que cet homme se présente en pleine santé
devant vous.
11. Jésus est La pierre rejetée par vous qui bâtissez, Et qui est devenue la
principale de l'angle.
12. Il n'y a de salut en aucun autre; car il n'y a sous le ciel aucun autre
nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être
sauvés.
Vous souvenez-vous où nous avions laissé nos disciples ?
On s’était étonné de cette fin dans l’évangile de Luc, de cette fin qui
rejoignait celle de l’évangile de Marc : on n’était pas sûr qu’au bout du
compte les disciples aient cru. L’évangile n’était pas très clair. Il ne disait
pas clairement, si finalement, ils avaient reconnu Jésus comme Seigneur et reçu
la résurrection.
Puis, on avait fait une petite avancée jusqu’au 6e verset du premier
chapitre des Actes des apôtres.
Et là, on entendait les disciples appeler Jésus « Seigneur », le
reconnaître comme leur Seigneur. Ensuite, dans les actes, tout s’accélère assez
vite.
Alors qu’au début, ils ne sont guère plus nombreux que nous ce matin, quatre
chapitre plus loin, ils sont 5 000 à s’être convertis. Mais avec le passage qui
s’ouvre, un autre aspect des actes s’ouvre : celui des persécutions.
Pierre et Jean ont été arrêtés. Et la démonstration que nous venons d’entendre,
ils le font devant le tribunal religieux, devant le Sanhédrin. Ils ont été
arrêtés. Ils ont été arrêtés, non parce qu’ils auraient tué, volé,
détruit.
Parce qu’ils ont prêché et soigné.
Etonnant, non ?
Ils sont là parce que leurs paroles menacent d’une révolution de l’ordre
social et religieux. Qu’est-ce qui donc menace à ce point l’ordre ?
Quelque chose de rien du tout : le nom de Jésus-Christ. Cette expression
qui est reprise plusieurs fois dans le texte. Le nom de Jésus-Christ. Comment
un nom peut-il être menaçant à ce point ?
Vous connaissez sans doute des noms qui aujourd’hui dans le débat public
suffisent tout d’un coup à semer la zizanie.
Dans un repas en famille, vous essayez les noms foulard islamique, Ségolène
Royal, homosexualité, régularisation de tous les sans-papiers… Dans 80% des
cas, au bout de quelques minutes, tout le monde se dispute.
Mais pourquoi ? Parce que derrière ces noms, que met on ?
Prenons seulement celui de foulard islamique. Il touche à plusieurs
difficultés de nos sociétés actuelles.
Qu’est-ce que ça veut dire l’identité française aujourd’hui ? Que
met-on dans cette boite ? L’islam a-t-il une place là-dedans ?
Derrière, il y a encore la peur d’être envahi, celle de perdre une identité
d’autant plus dure à défendre qu’on ne sait pas ce que ça recouvre. Ça pose la
question de la religion : le retour du religieux est-il une menace ?
Avons-nous abandonné avec autant de plaisir que ça la place du religieux dans
nos vies ?
Ça fait débattre sur la liberté des femmes, et on découvre que ce n’est pas
un débat dépassé : des femmes peuvent-elles librement mettre ce
foulard ? Le font-elles sous la pression – ou uniquement sous la pression
– des hommes ?
C’est fou ce qu’un nom peut recouvrir. Un nom, parfois, c’est un monde. Ça
fait une rupture dans notre monde et ça en ouvre un autre.
Le nom de Jésus-Christ, que fait-il ?
L’histoire nous raconte que si un homme a été guéri, c’est par le pouvoir du
nom de Jésus-Christ. Plus exactement, le nom complet est :
« Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez cloué sur la croix et que Dieu a
ramené d’entre les morts ». L’histoire se passe au début du chapitre 3. Un
infirme de naissance vient voir Jean et Pierre et Pierre lui dit : je n’ai
ni argent ni or mais ce que j’ai-je te le donne : par le nom de Jésus
christ le nazaréen, lève-toi et marche. Et il se lève et marche.
Il y a bien des choses là-dedans.
C’est un nom qui n’a pas à voir avec l’argent et l’or. Il n’est pas
richesse, il n’a pas avoir avec la puissance économique, il n’a pas à voir avec
l’ostentation de la richesse. Il a à voir avec une certaine pauvreté, un
certain dénuement. Ou plutôt, c’est la seule richesse de ce qui
« ont » ce nom. Mais c’est un pouvoir. C’est un nom qui sans rien
avoir d’autre que ce nom, change le cours des choses.
C’est un nom qui se confronte avec des situations qu’on dit perdues. Qui ne
se satisfait pas qu’on dise que tout est foutu, définitif.
Par cet exemple avec la situation de quelqu’un qu’on présente comme infirme
de naissance, donc ce serait irrémédiable. C’est un nom qui bouscule les
situations qu’on nous dit irrémédiable. Ça les bouscule, non pas pour des
mirages, mais du concret. Ça ne transforme pas des malades en personnes
toujours malades mais priantes, ou toujours exclues mais faisant des voyages à
Lourdes. L’homme était infirme de naissance, on lui dit lève-toi et marche, et
il marche.
Pierre décrit lui-même ce qu’il a fait : Nous sommes interrogés
aujourd’hui sur une bonne action à un humain malade par laquelle celui-ci a
été… guéri, traduisent certains textes. Le verbe littéralement, c’est sauvé. Le
même sauvé qu’on trouvera à la fin du texte quand on dit qu’en aucun autre nom
ne se trouve le salut. C’est une bonne action – pas un miracle, pas une prière…
- et être guêri et être sauvé, c’est la même chose, dans ce texte en tous
cas.
C’est une histoire parallèle à ce qui est contenue dans le nom-même de
Jésus.
Cet homme était infirme de naissance et se lève et marche, comme Jésus avait
été cloué sur la croix et que Dieu l’a ramené d’entre les morts. C’est un nom
qui provoque des résurrections, le terme grec pour résurrection, c’est remise
debout.
Ce nom n’est pas n’importe quoi.
C’est comme un concentré. Dans le nom de Jésus-Christ, il y a tout ce que
j’ai dit. Et sans doute d’autre chose. Mais qui pourrait se présenter ainsi, en
tous cas dans ce texte :
« Sans argent, ni or, ni pouvoir de ce monde, il est possible de refuser
les situations qu’on nous présente comme défintives et de penser que ceux qui
se croyaient morts reviennent à la vie pour se remettre debout et marcher.
Cette foi est notre seule pouvoir et notre seule richesse, mais nous pensons
qu’elle peut révolutionner le monde ».
Et ce nom, surtout avec cette compréhension là, c’est une pierre.
C’est sans doute un petit caillou. Ce petit caillou, si on l’a dans sa
sandale, on ne peut plus marcher comme avant. On peut aussi buter dessus,
trébucher dessus, et perdre notre belle prestance, si on est un puissant et
qu’on se tient comme un puissant. On peut aussi le mettre dans une fronde,
comme le fit David, et mettre en échec un plus puissant que soit.
Le texte nous dit que cette pierre a été rejetée. Mais elle ne reste pas de
côté, elle devient une pierre sur lequel on construit du nouveau. Une pierre
principale, une pierre d’angle, qui est la référence à partir de laquelle on
construit.
Ce nom est donc un appel à l’action, à la construction, mais une action, une
construction qui sera prise comme une rébellion, un appel à la révolution.
C’est un nom qui en son temps mettait bien plus le bazar dans les repas que
ceux de foulard ou Ségolène Royal.
Peut-être parce qu’aujourd’hui, les croyants, les institutions religieuses
l’ont rempli d’un autre contenu que ce que nous avons entendu à l’instant. Un
contenu dans lequel on trouverait plus les mots tradition, institution,
obeissance à l’autorité humaine, morale, religieux.
Dans ce cas, est-ce encore le nom Jésus-Christ, en tout cas
« Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez cloué sur la croix et que Dieu a
ramené d’entre les morts » ?
Ceux qui mettent les mots obeissance, institution, morale, religieux
derrière le mot Jésus-Christ le pensent, et personne n’a la vérité pour leur
dire qu’ils se trompent. Mais nous, nous sommes nous libres de penser que nous
ne mettons pas la même chose derrière le même nom.
Si dans la réalité sociale, derrière le nom « Jésus-Christ », il peut y
avoir plusieurs contenu, ainsi peut-être sur le même contenu, peut-il y avoir
plusieurs nom.
Nous disons que pour nous, quand nous disons le nom Jésus-Christ, nous
entendons en particulier : « Sans argent, ni or, ni pouvoir de ce
monde, il est possible de refuser les situations qu’on nous présente comme
défintives et de penser que ceux qui se croyaient morts reviennent à la vie
pour se remettre debout et marcher. Cette foi est notre seule pouvoir et notre
seule richesse, mais nous pensons qu’elle peut révolutionner le monde
».
Mais dans l’histoire, et même aujourd’hui, nous avons aussi donné à cela le
nom Evangile, Christianisme social, Mission populaire évangélique.
Dans le travail de tout les jours, nous lui donnons le nom d’Hélène quand
elle aide un Rmiste à retrouver un projet de vie, le nom de Christine quand
elle offre un vêtement à un SDF pour qu’il puisse se trouver beau.
Dans l’histoire, ou autour de nous, des gens ne vivent-ils pas aussi ce
contenu en y mettant des noms qui nous semblent pourtant très éloignés ?
Quand un militant de RESF ou de la CIMADE essaie de sortir un sans-papier et sa
famille de son impasse juridique mortifère, quand un militant d’Emmaüs est
arrêté et provoque l’énervement du ministre de l’immigration par ce qu’il a
accueilli un sans-papier dans sa communauté, quand Besancenot ou un militant
syndical fait pousser des hauts-cris aux représentants du patronat quand il
dénonce le pouvoir fou de l’argent devenu religion…
Dans toutes ces situations, nous pourrions mettre le nom Jésus-Christ, quand
d’autres y mettent le nom de socialisme, Secours Catholique, solidarité,
liberté de circulation, abolition de l’argent…
Dans toutes ces situations, ces mots font rupture dans notre monde, ils font
que le pieds du puissant butte sur la pierre, qu’il la rejette, et que se
construit autre chose avec cette pierre, que s’ouvre un autre monde.
Nous pourrions y reconnaître le nom Jésus-Christ, d’autres y mettent d’autre
nom. L’important, est-ce le nom qu’on l’y met ? ou plutôt, n’est-ce pas le
même nom que nous y mettons, mais orthographié de différentes façons, écrit
dans différentes langues ?
Le texte nous dit :
« Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui, car aucun autre nom sous le
ciel n’est offert aux hommes qui soit nécessaire à notre salut ». Ce nom, c’est
« Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez cloué sur la croix et que Dieu a
ramené d’entre les morts ».
Ce nom c’est « Sans argent, ni or, ni pouvoir de ce monde, il est
possible de refuser les situations qu’on nous présente comme défintives et de
penser que ceux qui se croyaient morts reviennent à la vie pour se remettre
debout et marcher. Cette foi est notre seule pouvoir et notre seule richesse,
mais nous pensons qu’elle peut révolutionner le monde ».
Certains, derrière le même nom de Jésus mette un contenu de religieux,
d’obeissance, de resignation.
Jésus est écrit avec les mêmes lettres, mais ce n’est pas le même nom que le
nôtre.
D’autres, annoncent le même Jésus que nous, celui de la libération et du
refus des résignations, ils annoncent le même nom que nous, ou presque le même
nom, ou un nom qui a beaucoup de ce nom mais avec une autre orthographe, dans
une autre langue. Si le nom de Jésus Christ était en action dans la situation
dans laquelle ils agissent, il ne se passerait pas foncièrement autre chose que
ce qu'ils font. Et peut-être est-ce le nom de Jésus Christ qui est là en
action, personne n’a le pouvoir de le savoir avec certitude.
Avec ces derniers, qui agissent ainsi, nous nous pouvons avancer, et offrir le même salut que Pierre et Jean offrirent à l’infirme de naissance qui se leva et marcha.