« Avant, tout le monde entendait ce qui se disait. Si nous voulons que la parole se libère, il faut un minimum de confidentialité », explique Hélène Fromont-Marnières. Lorsqu’elle a pris son poste de salariée à La Maison Verte, Hélène a d’abord rangé et réorganisé son espace de travail. Elle a posé des stores, utilisé la cloison amovible pour en faire un bureau, accueillant, mais aussi plus intime : « Chacun doit pouvoir se sentir libre de s’exprimer en toute discrétion, de déposer, si besoin est, des paroles personnelles, voire douloureuses. La plupart de ceux que je reçois ont des parcours très cabossés. Ils ont vécu des grandes souffrances au travail et sont souvent sans domicile fixe. »

Aider à se reconstruire

Jusqu’à présent, l’accueil à La Maison Verte se limitait avant tout à une démarche « d’urgence » : une écoute, un conseil, une orientation pour aider les gens à trouver des solutions concrètes à leurs problèmes économiques, juridiques et de logement. Demande de RMI, de domiciliation, accès à la CMU. Une fois l’urgence traitée, bien souvent la personne repartait… La mise en place d’un accompagnement global de la personne pour l’aider à se reconstruire s’est avérée nécessaire. Cette démarche d’accompagnement social et professionnel, Hélène Fromont-Marnières l’a mise en place il y a un an. Après quatorze années d’expérience en entreprise, elle décide de se reconvertir dans ce métier, plus conforme, selon elle, à ses engagements et ses aspirations personnelles. Elle suit une formation sur l’accompagnement de projets à la Sorbonne, obtient un Master et travaille sur un projet collectif concernant l’insertion professionnelle et sociale dans le 18e arrondissement en lien avec les acteurs du quartier. Elle décide de rejoindre La Maison Verte. Au départ comme bénévole en septembre 2006, puis comme salariée deux ans plus tard.

Éric, de la rue à l’emploi

Depuis, l’équipe s’est étoffée. Plusieurs bénévoles sont venus l’épauler, dont une psychologue et des stagiaires en formation dans le travail social. Ils se relaient pour mener les entretiens. « Nous sommes un peu leur dernier recours », constate Hélène : « Ils ont pour la plupart déjà été confrontés à des dispositifs d’insertion mais ça n’a pas marché, car ceux-ci étaient trop formatés dans leur forme comme dans leur durée. Ici on prend le temps de les écouter. Et pour les aider plus efficacement, nous travaillons en partenariat avec les acteurs du quartier. » Ainsi Éric, 50 ans, est domicilié depuis quatre ans à La Maison Verte. Il était fatigué d’être dans la rue. L’accompagnement s’est fait en lien avec les Petits Frères des Pauvres. Ils lui ont trouvé un toit. Puis l’accompagnement à l’emploi a été pour lui un parcours de revalorisation de ses différentes expériences. Progressivement, il s’est raconté. Il a étoffé son CV. Et a retrouvé un emploi, il est peintre carrossier.

Des entretiens mais pas de recette

Le travail d’accompagnement a été relativement rapide pour éric : trois à quatre mois. Mais le plus souvent, c’est un long chemin. Apprendre à redevenir autonome, à construire un projet demande du temps : de six mois à un an. Les entretiens durent en moyenne une à deux heures. Il est possible de venir une fois par semaine si ce rythme convient. Les dispositifs et les outils mis en place sont variables selon les capacités et les désirs des personnes accompagnées. Il n’y a pas de recette unique. « Pour les plus expérimentés, notamment les cadres, le fait d’écrire, de raconter leur parcours, va leur permettre de prendre de la distance, de porter un autre regard sur leur vécu et d’y trouver parfois un sens », ajoute Hélène Fromont-Marnières. « Cela implique une démarche volontaire de leur part et exige d’eux un réel investissement. »

S’accepter pour s’en sortir

Depuis le début de l’année scolaire, Serge Gligoric a rejoint l’association. Né à Belgrade, il a la double nationalité française et canadienne. Titulaire d’un Master de théologie protestante, cette approche l’intéresse particulièrement et s’inscrit dans le cadre de son projet de pasteur : « Ce travail m’aide à développer les compétences nécessaires pour l’accompagnement spirituel. Il y a une manière de les écouter, de les accueillir pour les aider à s’ouvrir, à se confier. Beaucoup inventent des histoires ou atténuent leurs problèmes. L’accompagnement va leur permettre d’accepter leur situation, c’est déjà un bon démarrage pour envisager un retour à l’emploi, l’acceptation de leur réalité. »

Nathalie Pollet

Happy end pour Éric, Sophie et les autres

Il y a eu Éric (cf. article), puis Sophie, domiciliée et accompagnée à La Maison Verte depuis juillet. Cette dernière a obtenu un contrat aidé dans une bibliothèque et complète cet emploi à temps partiel par des heures de ménage via Euréka Services. Sophie revit et peut enfin aller voir et gâter plus facilement ses enfants qui sont placés.

La même semaine, en juin, un des domiciliés accompagnés a trouvé un CDD et un logement. Il continue à être suivi pour pérenniser sa situation professionnelle. Par ailleurs, les Petits Frères des Pauvres, qui l’ont aidé à retrouver un toit, l’appuient dans les démarches administratives pour qu’il rembourse ses dettes (constitution d'un dossier de surendettement).

Une jeune femme, que tout le monde condamnait à des petits boulots dans la restauration, a obtenu un contrat chez un mosaïste. Titulaire d’un diplôme de stylisme, elle va compléter sa formation initiale dans un Greta (centre de formation) afin de revenir vers ce métier après plusieurs années de précarité.

Deux autres jeunes femmes ont bâti, quand à elles, un projet de formation. Après avoir tout d’abord retrouvé un travail à temps partiel pour des raisons alimentaires, elles ont décidé de reprendre des études. L’une, en Master 1 de physique appliquée sur la base d'une licence obtenue à l'étranger et l'autre, en Master 2 d'art cinématographique.


La Maison Verte recherche des bénévoles pour son équipe d'accueil en lien avec le travail d'accompagnement des personnes. Ecrire à : contact@lamaisonverte.org