Fidèle à ses vieilles gauloises qu’elle grille sans culpabilité et avec bonheur, rebelle à toutes les lois anti-tabac. Marie-Pierre Larrivé, rédactrice en chef du 18e du mois, est chez elle à la permanence du mensuel, rue Marcadet. Après avoir demandé poliment si la fumée dérange, elle s’en allume encore une. Quelques ordinateurs, une grande table et des affiches au mur : c’est là que se concocte ce journal à l’histoire peu commune. Fondé en 1994, écrit par une équipe d’une trentaine de bénévoles (des journalistes de métier, pour la plupart), le mensuel d’informations locales de l’arrondissement est un étonnant mélange de proximité et de militance.

« Je suis une fille du Sud », lance Marie-Pierre. Du Sud ? On tend l’oreille… « du sud de Paris », s’amuse-t-elle. Marie-Pierre Larrivé est, en fait, une vraie Parisienne. Elle est née, a grandi dans le 13e arrondissement. Elle aime battre le pavé, n’est heureuse qu’en ville… Si, finalement, Maire-Pierre Larrivé a choisi le nord et le 18e, c’est par amour et par commodité. Depuis de longues années, elle partage, en effet, la vie de Noël Monier, l’un des fondateurs du 18e

du mois. Par discrétion, il a choisi de laisser parler Marie-Pierre du journal. « Je ne suis plus que simple rédacteur », dit-il pour s’expliquer, rapporte Marie-Pierre.

A la recherche d’un grand appartement, ces deux-là ont atterri, il y a belle lurette déjà et avant toutes les flambées immobilières, à la Goutte d’Or. Noël, photographe, avait besoin d’espace. « Cela nous plaisait aussi de venir vivre à la Goutte d’Or, raconte Marie Pierre. Il y avait là toute l’histoire de ce quartier pendant la guerre d’Algérie. » La militance, donc ! Proche du parti communiste et de la ligue communiste révolutionnaire, Noël a longtemps œuvré comme journaliste d’abord à France Soir puis dans les journaux de la CFDT. Avant de devenir photographe…

Journalistes et anars

Au départ, le 18e du mois fut donc une histoire de copains. Et de bistrot ! « Noël connaissait Jean-Yves Rognant. Il y avait deux bandes qui rêvaient de faire un journal dans l’arrondissement », raconte encore Marie-Pierre. Des journalistes autour de Noël Monier, quelques anars autour de Jean-Yves Rognant, aujourd’hui décédé.

Une première réunion a lieu à l’Alibi, un café de la rue Duc, le QG de Jean-Yves Rognant.

Un numéro zéro sort en novembre 1994. Le test pour mesurer la faisabilité, l’audience et les forces sur lesquelles on peut compter… Surtout agitateurs d’idées, les anars s’investiront peu finalement dans le journal.

Quoiqu’il en soit, l’esprit demeure. Au plus près des réalités du quartier, le bénévolat des journalistes s’apparente à une sorte d’engagement citoyen. Depuis quinze ans, l’équipe s’est bien entendu renouvelée. « Il y a eu toujours des gens pour prendre la relève », souligne Marie-Pierre Larrivé. « Le 18e arrondissement, en fait, c’est plusieurs quartiers », poursuit la rédactrice en chef, une ex de l’AFP, avouant, bien volontiers, que travailler pour le mensuel lui a permis de connaître et sentir ce bout de Paris.

Bernadette Sauvaget

Fiche d’identité

2 200 exemplaires

600 abonnés

Mensuel de 24 pages sur la vie des quartiers, comportant un dossier, des pages histoire, un portrait et des rubriques culturelles

En vente au prix de 2,30 euros chaque début de mois dans les kiosques de l’arrondissement ; à disposition dans les bibliothèques