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Un lapin crucifié par l’économie de marché

Trottoir d'en face, troisième vitrine : on croit débarquer dans une galerie d'artiste bobo. Le pneu de vélo crevé est devenu le cadre d'un tableau, la canette de soda éventrée s'est métamorphosée en cendrier « trendy », l'argenterie ringarde de grand-mère a même servi à la conception d'un crucifix sur lequel est représenté un lapin (voir photo en haut à droite) et au-dessus duquel est indiqué : « Lapin fut arrêté, condamné à mort et crucifié par l'économie de marché et la myxomatose. Le témoignage des recycleurs proclame qu'il est ressuscité trois jours après. » C'est un peu ça l'Interloque : La résurrection des sacrifiés sur l'autel du consumérisme. L’association est labellisée « ressourcerie » (appartenant au réseau national des ressourceries : http://www.ressourcerie.fr) : « On fait de la valorisation à travers du réemploi, de la réutilisation et du recyclage », résume Fanny Van Brederode, chef de projet. « La revente permet de remettre les objets en circulation tout en favorisant une consommation responsable. » En dehors des objets retravaillés par des artistes, la plupart des articles sont vendus à des prix très abordables.
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Atelier Eugène Poubelle

Dans l'atelier « Eugène Poubelle », situé en sous-sol de boutique, on s'affaire à la réfection du stock qu'alimentent habitants et commerçants du 18e : réparation, nettoyage, ponçage, peinture, relooking… Une dizaine de bénévoles se relaie : « Avant d'être une ressourcerie, l'Interloque était surtout une association qui faisait de l'accueil et des activités auprès de personnes en difficulté sociale », rappelle Fanny. Progressivement, les activités de ressourcerie se sont structurées pour finalement constituer le « cœur de métier » de l'association. « On est toujours sur un projet de création et de consolidation d'emplois », continue Fanny. Ainsi, Martin a connu l'Interloque alors qu'il était au chômage. Il y a effectué un stage avant d'être embauché en CDD. Il est responsable de la vente dans l'une des trois boutiques : « Je peux aussi faire de la comptabilité, du tri ou de l'artisanat. Ici, on touche à tout. » Créée en 2002 par son actuel directeur, Giancarlo Pinna, l'association mène des actions de sensibilisation dans les écoles ou auprès des bailleurs sociaux. Aujourd'hui, elle se fixe un objectif plus large : faire du 18e arrondissement un quartier témoin pour que d'autres quartiers puissent mettre en place des ressourceries. La Maison Verte s'est d'ailleurs montrée intéressée pour intégrer le réseau national, à travers ses activités de braderie et de vestiaire.

Julia Pascual

Les trois missions de l'Interloque

Le réemploi : remettre dans le circuit un objet, un meuble ou un vêtement, nettoyé, testé, réparé si besoin, en conservant sa fonction d'origine.

La réutilisation : utiliser l'objet en le détournant de sa fonction initiale à travers de l'artisanat de récupération. C'est le vinyle qui devient horloge, le pneu de vélo qui devient cadre.

Le recyclage : l'Interloque noue des partenariats avec des éco-organismes qui viennent récupérer matériaux en tout genre : lampes à néon, bouchon en plastique, cartouches d'encre, équipements électro-ménagers… pour ensuite les recycler.

L’Interloque en fait des tonnes : En 2008, l’association a collecté 120 tonnes d'objets et en a valorisé 100.

L’Interloque : 7 – 7ter, rue de Trétaigne, 75018 Paris. Métro Jules Joffrin.

Tél. : 01 46 06 08 86. Site : http://www.interloque.com.

Ouvert du lundi au samedi de 10 à 13 heures et de 14 à 19 heures