Adrien est né en Syrie. En 1984, il débarque à Marseille pour suivre des études de gestion. Il se pose alors des questions sur l'existence de Dieu et traverse une période de doute. Il arrive à Paris en 1990, se marie avec une Française qu’il a connue à Damas, et intègre le monde du travail. C’est alors qu’Adrien va prendre conscience de l’abondance de ses biens (amour, argent, santé…). Il cherche à se rendre utile.

En 1999, il s’installe dans le 18e et trouve un lieu compatible avec ses convictions : La Maison Verte, où il a été très bien accueilli, devient sa paroisse. Son implication dans l’association et sa présence lors des cultes vont faire en sorte qu’il rentre rapidement au conseil d'administration. Ainsi, sa prise de fonction en tant que trésorier il y a trois ans s'est faite tout naturellement, grâce à ses compétences.

Son credo : le travail collectif

Le bénévole Adrien est très présent au sein de La Maison Verte. Tout d'abord sur une grande majorité des activités sociales et culturelles. Ensuite, parce qu’il s'occupe des finances et de la comptabilité.

Il propose des événements et ne les mène à bout que lorsque la communauté le soutient. Cette notion de groupe est une priorité : « Une association ne peut fonctionner que si toutes les composantes travaillent ensemble. » La concertation est nécessaire et le travail collectif indispensable lorsque les différentes parties (bénévoles, conseil, mission populaire) sont unies autour d’un objectif commun : le christianisme social (1) .

Dieu est laïc

Aussi, à travers son engagement, Adrien transmet-il les valeurs qu’il retient de sa conception du christianisme : « justice, solidarité, résistance ». La solidarité, confie-t-il, est « l'aide apportée aux plus démunis non seulement par l'accès à la culture à moindre coût, mais aussi par l'accompagnement des personnes qui ne trouvent plus leur place dans la société. »

Ces actions, bien que portées par des valeurs chrétiennes, ne doivent cependant pas conduire au prosélytisme. Adrien insiste sur le fait qu'« il ne faille pas chercher à convertir les personnes que l'on aide. » Car il agit également en tant que citoyen et applique les valeurs de la république : « liberté, égalité, fraternité ». Et reprend à son compte la phrase de Tommy Fallot (2) : « Dieu est laïc, hélas l'Homme est religieux. » Par ailleurs, on peut agir au nom du Seigneur sans le clamer haut et fort, tout en respectant les croyances et les religions de chacun.

Le point central du christianisme social est l'ouverture. L’objectif, en collaboration avec les équipes en place, est de faire avancer les projets d'accueil des exclus : handicapés, malentendants non-voyants, homosexuels, ainsi que ceux que la société a oubliés (les enfants sortis du système scolaire, les personnes âgées, les prisonniers…), à l’instar de John Bost (3) : « Ceux que tous repoussent, je les accueillerai au nom de mon Maître. »

Les héros anonymes

Adrien est plein d'espoir pour l'avenir, car malgré le contexte économique, La Maison Verte parvient à maintenir ses salariés. De plus, il éprouve une profonde reconnaissance à l’égard de « ces héros anonymes qui donnent de leur temps, de leur compétence et de leur argent pour que l’association continue d’avancer. » Il s’en étonne encore avec satisfaction. Ces gens n'attendent pas honneur et gloire mais juste que leurs combats, ensemble, soient des victoires. Adrien aimerait que chacun s'approprie le projet de La Maison Verte pour le faire avancer contre l'injustice sociale et la discrimination. Soyez le bienvenu, président.

Jonathan Lafont

1. Courant du XIXe insistant sur l’investissement des protestants sur la question sociale. 2. Pasteur, initiateur du christianisme social. 3. Fondateur d’une des premières structures d’accueil pour enfants handicapés au XIXe siècle.