« Vamos ! » Les talons aiguilles tournent. Ils se mêlent aux pas des hommes. Les jupes virevoltent sur un tango de Carlos Di Sarli. « Accueillez la femme », ordonne Miguel Gabis à ses élèves. La première partie de la leçon est consacrée aux débutants. Les initiés arrivent plus tard. « Recapitulación », prévient le professeur argentin, un « porteño » (originaire de Buenos Aires). Conduisant sa partenaire au centre de la salle, il enseigne les pas. « On dirait qu’il est né dedans », lance, admirative, Béatrice, une jeune recrue de 44 ans. « C’est fou l’harmonie qui peut exister entre deux personnes », commente Gilles, un garçon de 15 ans qui suit les cours depuis le mois de septembre. Tous les âges se côtoient parmi les 150 adhérents de l’association « Mordida de Tango ». Et les leçons accueillent, presque toujours, autant d’hommes que de femmes. Depuis sa création en 1998, Miguel Gabis et Charlotte Hess en assument la direction artistique. Journal de réflexion autour de la danse, cours, pratiques, stages, expos, voyage annuel des adhérents à Buenos Aires, les deux professionnels initient leurs élèves à la musique de l’amour. Miguel Gabis a pratiqué la danse contemporaine et classique à l’Opéra de la capitale argentine. Il s’est tourné vers le théâtre. C’est dans le tango qu’il a trouvé : « la meilleure façon d’exprimer ses émotions et d’investir ses expériences de vie ». Il enseigne d’abord en Espagne, en Allemagne et c’est en France qu’il s’installe, « un peu par hasard », il y a dix ans. Avec Charlotte Hess, il emménage un temps rue Marcadet et suit des cours d’alphabétisation à la Maison Verte : « C’est un lieu où l’on se sent très bien, il y a une âme de tango », confie-t-il. Les activités de « Mordida » s’implantent durablement dans le 18e arrondissement : « C’est un quartier incroyablement créatif. Beaucoup d’artistes y évoluent ». En France et en Europe, il continue de se produire, tour à tour danseur ou chorégraphe, habitué du festival d’Avignon où il a présenté deux spectacles. À la Maison Verte, les élèves de Miguel Gabis miment le jeu de séduction, l’histoire d’une rencontre commençant dans le regard et se poursuivant dans l’ « abrazo », l’étreinte.

Julia Pascual