La ville serait plus belle sans eux : les crasseux, les pouilleux. La vie aussi : car, selon l’adage « qui dort avec son chien, attrape des puces », le loqueteux de tout poil porte la poisse. Cette misère à sa porte, c’est le risque de la voir à demeure. Le syndrome de la contamination. Elle a beau ne rien faire de mal, elle est une malédiction en soi. La preuve par l’arrondissement ? Cédric, biffin à Paris depuis plus de dix ans. Cédric a beaucoup de chance : il a une bonne bouille. Et il présente bien : allez lui rendre visite, il est toujours propre sur lui, il est bien élevé, il s’exprime sans faute de français, ni même d’accent, il est terriblement bien de chez nous. Cédric est né en France, il a grandi en province. Il n’est pas un « sans papiers ». Il ne boit pas, il ne se pique pas, il fume ses cigarettes roulées et aime son chien. S’il fallait le vexer, car Cédric éprouve, comme tout le monde, des sentiments, il a des habitudes presque franchouillardes. Seulement, il n’est pas comme tout le monde : il est biffin. Comment fait-il ? Il travaille, et en tire une certaine fierté : « le Rmi ? C’est pour les assistés ! » Il ne vole pas non plus : « brancher un robinet sur la canalisation d’eau qui passe derrière chez nous ! ? J’ai des robinets, et je sais parfaitement le faire. Mais, c’est illégal ! » Et Cédric ne veut pas se mettre en tort. A moins que, de fait, il ne le soit déjà. C’est un peu de là, que tout est parti : au mois de juillet 2007, Thierry Cayet, alors élu municipal de la porte Montmartre, s’émeut du fait que Cédric n’ait pas même l’eau courante. Et d’entreprendre, en vain à ce jour, d’alerter les interlocuteurs susceptibles d’agir, à la Ville de Paris. L’eau achetée en bouteilles pour se laver, mais l’électricité grâce à un groupe électrogène, et même un téléviseur « dans lequel j’ai investi », Cédric avait commencé à « se reconstruire un vie » en lisière du périphérique, juste face de l’hôpital Bichat : « je suis bien, là, le bruit, on n’y fait plus attention. » La chine, la nuit, le sommeil le matin, le travail de remise en état des objets trouvés, l’après-midi : depuis son expulsion de la porte Pouchet, Cédric avait retrouvé « une vie ». Mais, depuis la coupe du monde de rugby, Cédric ne dort plus tranquille : « je n’ai rien contre le sport ! » A l’époque, les biffins devaient décamper, car leur spectacle présentait Paris sous un regard peu favorable, pour les touristes dormant dans les hôtels avoisinants.

Pascale Marcaggi

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A gauche, Cédric, le biffin. A sa droite, Thierry Cayet, ancien élu municipal non-inscrit, qui se bat depuis le début, pour qu'ils soient reconnus comme des vendeurs d'objets trouvés dans les poubelles, et non assimilés à des voleurs. Le lundi 3 décembre 2007, juste avant le dernier conseil d'arrondissement de la mandature, les biffins et leurs soutiens, venaient manifester pour la troisième fois de la saison. Ce soir-là, un voeu a été déposé par Thierry Cayet, Auxquels les Verts se sont associés, pour demander la prise en compte du rôle écologique des biffins.