On ne les oublies pas à la Maison Verte : Ne pas biffer les biffins
Par Editeur le mercredi 25 mars 2009, 18:28 - Notre quartier - Lien permanent
Les biffins, revendeurs à la sauvette, aux puces de la porte Montmarte, sont
en butte à des brimades continuelles. Ils se sont organisés pour faire
reconnaître cette activité écologiquement et socialement utile.

La ville serait plus belle sans eux : les crasseux, les pouilleux. La
vie aussi : car, selon l’adage « qui dort avec son chien, attrape des
puces », le loqueteux de tout poil porte la poisse. Cette misère à sa porte,
c’est le risque de la voir à demeure. Le syndrome de la contamination. Elle a
beau ne rien faire de mal, elle est une malédiction en soi. La preuve par
l’arrondissement ? Cédric, biffin à Paris depuis plus de dix ans. Cédric a
beaucoup de chance : il a une bonne bouille. Et il présente bien :
allez lui rendre visite, il est toujours propre sur lui, il est bien élevé, il
s’exprime sans faute de français, ni même d’accent, il est terriblement bien de
chez nous. Cédric est né en France, il a grandi en province. Il n’est pas un
« sans papiers ». Il ne boit pas, il ne se pique pas, il fume ses
cigarettes roulées et aime son chien. S’il fallait le vexer, car Cédric
éprouve, comme tout le monde, des sentiments, il a des habitudes presque
franchouillardes. Seulement, il n’est pas comme tout le monde : il est
biffin. Comment fait-il ? Il travaille, et en tire une certaine
fierté : « le Rmi ? C’est pour les assistés ! » Il ne vole
pas non plus : « brancher un robinet sur la canalisation d’eau qui
passe derrière chez nous ! ? J’ai des robinets, et je sais parfaitement le
faire. Mais, c’est illégal ! » Et Cédric ne veut pas se mettre en tort. A
moins que, de fait, il ne le soit déjà. C’est un peu de là, que tout est
parti : au mois de juillet 2007, Thierry Cayet, alors élu municipal de la
porte Montmartre, s’émeut du fait que Cédric n’ait pas même l’eau courante. Et
d’entreprendre, en vain à ce jour, d’alerter les interlocuteurs susceptibles
d’agir, à la Ville de Paris. L’eau achetée en bouteilles pour se laver, mais
l’électricité grâce à un groupe électrogène, et même un téléviseur « dans
lequel j’ai investi », Cédric avait commencé à « se reconstruire un
vie » en lisière du périphérique, juste face de l’hôpital Bichat :
« je suis bien, là, le bruit, on n’y fait plus attention. » La chine,
la nuit, le sommeil le matin, le travail de remise en état des objets trouvés,
l’après-midi : depuis son expulsion de la porte Pouchet, Cédric avait
retrouvé « une vie ». Mais, depuis la coupe du monde de rugby, Cédric ne
dort plus tranquille : « je n’ai rien contre le sport ! » A
l’époque, les biffins devaient décamper, car leur spectacle présentait Paris
sous un regard peu favorable, pour les touristes dormant dans les hôtels
avoisinants.
Pascale Marcaggi
Pour suivre l'actualité des biffins :
http://biffins.canalblog.com

A gauche, Cédric, le biffin. A sa droite, Thierry Cayet, ancien élu municipal
non-inscrit, qui se bat depuis le début, pour qu'ils soient reconnus comme des
vendeurs d'objets trouvés dans les poubelles, et non assimilés à des voleurs.
Le lundi 3 décembre 2007, juste avant le dernier conseil d'arrondissement de la
mandature, les biffins et leurs soutiens, venaient manifester pour la troisième
fois de la saison. Ce soir-là, un voeu a été déposé par Thierry Cayet, Auxquels
les Verts se sont associés, pour demander la prise en compte du rôle écologique
des biffins.