On a rencontré dans le 18e : Antoine Delzan, prêtre prêcheur
Par Editeur le mercredi 25 mars 2009, 17:24 - Notre quartier - Lien permanent
Curé de Sainte Geneviève des Grandes Carrières depuis 7 ans, Antoine Delzan
a, tour à tour, été mathématicien et prêtre.

Rue Championnet, tout près du stade. Un petit groupe de jeunes noirs
discutent sur un bout de trottoir. « Voilà, ce sont eux mes paroissiens »,
désigne Antoine Delzan, curé de la paroisse catholique de Sainte Geneviève des
Grandes Carrières. Il vient rouvrir l’église. Le prêtre s’excuse. « Tout
est un peu barricadé aujour-d’hui », dit-il. L’un de ses collègues parisiens
l’a prévenu qu’un groupe de sans-papiers avait l’intention de venir occuper le
lieu de culte. Pour le moment, tout est calme. Finalement, Antoine Delzan ne
prend pas trop la menace au sérieux. Il s’apprête à prendre une retraite
méritée. « J’ai bossé quarante ans et mené de front une carrière
pastorale et universitaire », résume-t-il. À 73 ans, il est donc soulagé.
Antoine Delzan avoue volontiers sa fatigue même s’il a aimé ses sept années
passées dans ce coin du 18e arrondissement. « Ici, les gens sont
accueillants, gentils. Dans le quartier, même ceux qui ne sont pas chrétiens
sont très ouverts, acceptent de discuter », raconte-t-il. Ce qu’il apprécie
ici, c’est la mixité sociale. « Ma paroisse est très colorée », explique
Antoine Dalzan. Sainte-Geneviève des Grandes Carrières draine, en effet, la
population du nord du quartier : « Il y a beaucoup d’Antillais qui
travaillent à l’hôpital Bichat, d’autres à l’hôpital Bretonneau ». Ils
représentent au moins la moitié de ses pratiquants réguliers. Jusqu’à
quand ? De fait, l’environnement évolue… Le curé se définit avant tout
comme « un rebelle ». Il remet une mèche de ses cheveux en place, sourit,
cabotine un brin, s’attarde un peu avant de répondre.
Des prédications express
Mais en quoi donc est-il rebelle ? « J’ai toujours dit ce que je
pensais », avoue-t-il. Et le courant n’est pas toujours bien passé avec
l’ancien archevêque de Paris, le cardinal Jean-Marie Lustiger, réputé
autoritaire et souvent peu aimable avec « ses » prêtres.
« L’Église ne marche pas très bien, analyse-t-il. Elle n’est pas prête à
aborder les grandes questions. Elle pratique la langue de « bois ». Je ne
le supporte pas, tout comme les faux-semblants ». Antoine Delzan s’est toujours
refusé à porter le col romain. « Je ne vois pas pourquoi je m’habillerai
comme au xviie siècle », lâche-t-il, un peu agacé. Tout un symbole. « Ce
qui compte pour moi, c’est l’accueil des autres. Je ne crois pas que c’est un
col romain qui permette d’accueillir les gens ». Entré au séminaire — celui des
Carmes à la « catho » de Paris — à l’âge de 28 ans, il n’a pas non
plus eu le parcours habituel des prêtres de sa génération. Il a d’abord tâté de
la science, obtenu son agrégation de mathématiques, enseigné à la fac… De ses
premières amours, Antoine Delzan a gardé ce goût de la recherche, des ponts à
établir entre la théologie et la science. Tout en menant une activité pastorale
en paroisse, il a aussi occupé un poste d’enseignant à la « catho »
de Paris, en théologie fondamentale. Car il ne croit pas à une théologie qui ne
serait pas habitée ou incarnée par une proximité avec le peuple chrétien.
« Toute ma recherche, raconte-t-il encore, a porté sur l’effort d’annoncer
la Parole de Dieu dans notre monde. » Il se trouve aussi des affinités
électives avec le protestantisme. « J’aime prêcher », dit-il. Mais des
prédications brèves. « Pas comme chez les protestants », lance-t-il, un
peu provocateur. Dix minutes… Pas plus. « Après, les catholiques ne
maintiennent plus leur attention, constate-t-il. Je prends le texte que la
liturgie propose. Je m’interroge ensuite sur ce à quoi le texte fait
allusion : l’argent, la souffrance… J’aime toujours partir de cela et voir
ce que l’Évangile nous propose. »
Bernadette Sauvaget