Le projet est né l’été dernier (2007). Les professionnels du livre du 18e arrondissement se sont regroupés autour d’un Collectif d’éditeurs indépendants*. Actuellement, 13 éditeurs sont réunis. Ils espèrent agrandir le cercle avec le temps. Le collectif représente diverses littératures, partant du voyage jusqu’à la poésie, en passant par la politique et le roman. « Quand on est nombreux, on peut faire plus de choses, justifie Michèle Lassiaz, secrétaire générale de la nouvelle entité. Nous allons créer une dynamique autour du livre ». Si le projet est naissant, les objectifs de l’association n’en sont pas moins définis : « Nous voulons nous faire connaître à travers des salons où nous proposerons nos œuvres mais aussi des ateliers d’écriture, des récitals de chansons, des lectures publiques… », projette Michèle Lassiaz qui souhaite obtenir un local municipal pour avoir une « vitrine sur la rue ». Déjà, le 8 décembre 2007, ils étaient à la Maison Verte pour un « Noël des mots ».

Portrait d’un éditeur : Pour les oubliés de l’histoire

Nichée depuis plus de vingt ans rue Letort, au numéro 21, la maison d’édition Tirésias donne la vague impression de s’être retirée dans l’ombre. Michel Reynaud, son fondateur, se cache derrière sa barbe grise. La discrétion règne ici. Pas de couleurs criardes sur la vitrine extérieure, mais une affiche invitant à une exposition sur la guerre civile espagnole. Le ton de Michel Reynaud est plutôt grave et emprunte souvent le chemin de la nostalgie. « Quand je me suis lancé dans l’édition, je pensais avoir une mission, un devoir. Je me suis installé rue Letort parce que je ressens un grand amour pour ce quartier. C’est un vrai village, avec ses problèmes d’intégration, ses difficultés sociales. A l’époque, c’était très populaire, dans le bon sens du terme. » La démarche de l’éditeur est politique. Michel Reynaud veut entreprendre un travail de mémoire « auprès d’une population où les pères ont été humiliés ».

Résistance

L’humiliation l’épouvante, littéralement. Il parle de la guerre d’Algérie, de la déportation, des républicains et anarchistes espagnols… Et dans son métier, l’entreprise relève du « combat contre la pensée unique ». Il pense son travail d’éditeur comme un acte de « résistance ». L’indigène, le prisonnier, la femme, le déporté, le travailleur… Alors que lui se décrit comme un « Français typique », il veut comprendre le monde de l’opprimé pour faire de la mémoire l’outil de sa lutte présente. Mais l’optimisme n’est pas de mise : « La part économique du livre a tué son aspiration créatrice. Il y aura bientôt plus d’auteurs que de lecteurs. On a des difficultés énormes en librairie. A l’époque, la FNAC favorisait l’édition. On disposait de 30 mètres d’exposition. Aujourd’hui, nous n’en avons plus qu’un. Il y a 20 ans on éditait une douzaine de livre par an. Aujourd’hui on est réduit à 5 ou 6. » Pour pallier ces difficultés, les éditions Tirésias développent leur site Internet (www.editions-tiresias.com), la correspondance et les expositions. Michel Reynaud mise sur la qualité des ouvrages qu’il édite et sur l’association Les Amis de Tirésias qui organise des dîners littéraires. Mais il récuse l’étiquette « indépendant » : « Le terme est grandiloquent. Etre indépendant c’est prendre des risques. Or, en France, on peut publier. » Un des derniers « bébés » qu’il a poussé, Le Roman des Glières : la résistance des républicains espagnols au plateau des Glières, a reçu le prix littéraire de la résistance 2007. Peut-être une manière de signifier à Michel Reynaud que les « oubliés de l’histoire » sont encore nombreux et que le combat pour la mémoire a toujours besoin de « petites mains » qui y croient.

*Collectif des éditeurs du 18e

contact : Michèle Lassiaz, 06 19 71 33 80 ou editeurs18@free.fr