Le 18e se livre : portrait de Michel Reynaud, éditeur
Par Editeur le mercredi 25 mars 2009, 18:38 - Notre quartier - Lien permanent

Les professionnels du livre du 18e arrondissement se sont regroupés autour
d’un collectif d’éditeurs indépendants. Ensemble, ils vont à la rencontre des
habitants du quartier. Portrait d'un de ses éditeurs.
Le projet est né l’été dernier (2007). Les professionnels du livre du 18e
arrondissement se sont regroupés autour d’un Collectif d’éditeurs
indépendants*. Actuellement, 13 éditeurs sont réunis. Ils espèrent agrandir le
cercle avec le temps. Le collectif représente diverses littératures, partant du
voyage jusqu’à la poésie, en passant par la politique et le roman. « Quand
on est nombreux, on peut faire plus de choses, justifie Michèle Lassiaz,
secrétaire générale de la nouvelle entité. Nous allons créer une dynamique
autour du livre ». Si le projet est naissant, les objectifs de l’association
n’en sont pas moins définis : « Nous voulons nous faire connaître à
travers des salons où nous proposerons nos œuvres mais aussi des ateliers
d’écriture, des récitals de chansons, des lectures publiques… », projette
Michèle Lassiaz qui souhaite obtenir un local municipal pour avoir une
« vitrine sur la rue ». Déjà, le 8 décembre 2007, ils étaient à la Maison
Verte pour un « Noël des mots ».
Portrait d’un éditeur : Pour les oubliés de
l’histoire
Nichée depuis plus de vingt ans rue Letort, au numéro 21, la maison
d’édition Tirésias donne la vague impression de s’être retirée dans l’ombre.
Michel Reynaud, son fondateur, se cache derrière sa barbe grise. La discrétion
règne ici. Pas de couleurs criardes sur la vitrine extérieure, mais une affiche
invitant à une exposition sur la guerre civile espagnole. Le ton de Michel
Reynaud est plutôt grave et emprunte souvent le chemin de la nostalgie.
« Quand je me suis lancé dans l’édition, je pensais avoir une mission, un
devoir. Je me suis installé rue Letort parce que je ressens un grand amour pour
ce quartier. C’est un vrai village, avec ses problèmes d’intégration, ses
difficultés sociales. A l’époque, c’était très populaire, dans le bon sens du
terme. » La démarche de l’éditeur est politique. Michel Reynaud veut
entreprendre un travail de mémoire « auprès d’une population où les pères
ont été humiliés ».
Résistance
L’humiliation l’épouvante, littéralement. Il parle de la guerre d’Algérie,
de la déportation, des républicains et anarchistes espagnols… Et dans son
métier, l’entreprise relève du « combat contre la pensée unique ». Il
pense son travail d’éditeur comme un acte de « résistance ». L’indigène,
le prisonnier, la femme, le déporté, le travailleur… Alors que lui se décrit
comme un « Français typique », il veut comprendre le monde de l’opprimé
pour faire de la mémoire l’outil de sa lutte présente. Mais l’optimisme n’est
pas de mise : « La part économique du livre a tué son aspiration
créatrice. Il y aura bientôt plus d’auteurs que de lecteurs. On a des
difficultés énormes en librairie. A l’époque, la FNAC favorisait l’édition. On
disposait de 30 mètres d’exposition. Aujourd’hui, nous n’en avons plus qu’un.
Il y a 20 ans on éditait une douzaine de livre par an. Aujourd’hui on est
réduit à 5 ou 6. » Pour pallier ces difficultés, les éditions Tirésias
développent leur site Internet (www.editions-tiresias.com), la correspondance
et les expositions. Michel Reynaud mise sur la qualité des ouvrages qu’il édite
et sur l’association Les Amis de Tirésias qui organise des dîners littéraires.
Mais il récuse l’étiquette « indépendant » : « Le terme est
grandiloquent. Etre indépendant c’est prendre des risques. Or, en France, on
peut publier. » Un des derniers « bébés » qu’il a poussé, Le
Roman des Glières : la résistance des républicains espagnols au plateau
des Glières, a reçu le prix littéraire de la résistance 2007. Peut-être une
manière de signifier à Michel Reynaud que les « oubliés de
l’histoire » sont encore nombreux et que le combat pour la mémoire a
toujours besoin de « petites mains » qui y croient.
*Collectif des éditeurs du 18e
contact : Michèle Lassiaz, 06 19 71 33 80 ou editeurs18@free.fr