À la rencontre des sans-abri
Par Editeur le mercredi 25 mars 2009, 17:12 - Nos petits événements de la maison - Lien permanent
De janvier à mars (2007), huit jeunes volontaires d'Unis-cités sont allés à
la rencontre des SDF

Il est dix heures. July, Céline, Francis, Khaled, Raphaël, Anne-Claire,
Emmanuelle et Svenja, se réunissent autour d’un café. Le jeudi, les huit
volontaires de l’association Unis Cités (voir note ci-dessous, ndlr) s’occupent
de l’animation auprès des Sans Domicile Fixe. Début de matinée : point sur
l’organisation et la répartition des tâches. Trois d’entre eux iront faire
« la maraude ». « Les sans-abri ne viennent pas spontanément, il faut
aller à leur rencontre», précise Raphaël, diplômé ingénieur
informatique.
Le reste de l’équipe assure les préparatifs pour l’animation qui a lieu
l’après-midi et se charge de faire une annonce aux personnes arrivées pour le
vestiaire. Une trentaine sont déjà là. Ils attendent patiemment leur tour pour
aller chercher leurs vêtements. Si tous sont dans la précarité, certains n’ont
carrément pas de logement fixe. Khaled, qui plus tard souhaite être médiateur,
adopte une stratégie : « Il vaut mieux discuter avec eux par petits
groupes plutôt que de faire une annonce à la cantonade. Ils se sentiront plus
en confiance ». Pendant ce temps, Raphaël, Francis et July longent la rue
Marcadet et débouchent sur trois tentes dressées en plein milieu du trottoir.
Un homme en short et baskets, plutôt du genre costaud, reconnaît la petite
troupe : « Ne m’encerclez pas, j’ai besoin d’espace, s’exclame-t-il
d’une voix forte. Ne faites pas comme la Croix Rouge. Quand ils se mettent
devant moi, on dirait qu’on est en état d’arrestation».
A deux ou trois pour les maraudes
Grand éclat de rire général, l’atmosphère se détend. L’homme aperçoit un
bloc notes et demande qu’on le lui prête : « Rassurez vous, je ne
vais pas vous écrire une lettre d’amour, moi, un ancien taulard ! »,
dit-il en provoquant. Et il commence à dessiner son copain Dédé qui vient de
sortir de sa tente. Le troisième, Abraham, dort encore. July, étudiante
dans le secteur social, donne une idée : « Et si vous veniez nous
apprendre le dessin ? » Notre dessinateur répond qu’il préfère plutôt le
théâtre. Puis, il prétexte une urgence pour aller à la douche et dit qu’il
passera tout à l’heure.
Sur la place Jules Joffrin, près de la bouche de métro, un groupe de sept ou
huit hommes discutent, certains avec la bouteille d’alcool à la main.
« Pas toujours facile de les aborder, surtout pour nous les filles »,
confie July. « Nous partons toujours à deux ou trois pour les maraudes »,
explique Raphaël qui se propose d’y aller en éclaireur. Un dialogue s’engage,
ça se passe bien.
Repas chauds, douches, vestiaires…
Quelques-uns semblent intéressés. Francis, bachelier en électronique, leur
distribue un petit tract indiquant le lieu du rendez-vous. Puis, le groupe leur
conseille d’aller voir « Madame Boulay », près de l’Eglise, qui accueille
du monde. Ils arrivent dans une grande salle paroissiale. Une petite dame
brune, au regard vif, les accueille chaleureusement : « Vous trouvez
ici tout ce dont un homme a besoin pour repartir. Repas chauds, douches,
vestiaires… » Déjà, une quarantaine de personnes se sont installées pour
le repas. Emballée par le dévouement des trois jeunes, Madame Boulay propose
que l’un d’entre eux fasse une annonce au micro. « Un bon moyen de faire
connaître la Maison Verte », dit-elle. Après quelques hésitations, Raphaël,
courageux, se lance. Applaudissements de la salle, encouragée par la
responsable, qui propose aux jeunes de rester déjeuner. Mais il est déjà 13 h
30, juste le temps de rejoindre l’équipe pour l’animation.
Partager des bons moments
A la Maison Verte, c’est l’effervescence. Aujourd’hui, nouvelle distraction,
lancement du ciné-club. Dès l’ouverture, cinq hommes débarquent pour regarder
la vidéo. Un autre s’affale sur le matelas et ronfle tellement fort que le
dialogue du film est à peine audible ! Dans la grande salle à côté, un
petit buffet est proposé. Michel vient souvent, c’est un bon joueur de tarot.
Trois jeunes, Khaleb, Emma-nuelle et Céline, se réunissent autour de lui. La
partie est sérieuse, ponctuée de silences tendus et de cris d’exclamation. Sur
la table d’à côté, ambiance plutôt studieuse avec le scrabble. Pierre se gratte
la tête nerveusement en cherchant ses mots. Anne-Claire et Svenja, volontaires
et récentes bachelières, l’aident à placer ses jetons, tandis que Raphaël
discute à bâtons rompus avec un « habitué ».
Finalement, aucun de ceux rencontrés le matin ne sont venus. « Mais ils
peuvent débarquer la semaine d’après ou dans quinze jours, constate Christine,
salariée de la Maison Verte. C’est tout un travail de faire venir les
sans-abri. Les jeunes font un bon boulot. Si ça marche, des bénévoles prendront
le relais ! »
Nathalie Pollet

Une confrontation parfois difficile
« Apprendre à travailler avec des publics en difficulté, c’est une
expérience humaine très riche », constate Arnaud Walbeck, responsable du
recrutement des volontaires. « Serrer la main à un SDF, c’est aussi
dépasser ses peurs… » Les jeunes découvrent que ce n’est pas toujours
facile d’aller à leur rencontre : « ça vous remet en cause tout le
temps, dit Khaled. Il faut réussir à construire un rapport de confiance avec
eux ». Une professionnelle de la Croix Rouge est intervenue pour les aider au
début. Pour Raphaël, ce n’était pas utile : « Pas besoin de
formation, c’est du bon sens ! D’ailleurs, elle nous a dit d’y aller avec
son cœur… ». Et pourtant, lui aussi avoue que la confrontation est
difficile : « Ce n’est pas si facile que ça d’aller vers des
personnes qui souffrent. Je pense qu’il faut être super humble et adopter un
comportement normal, juste proposer et ensuite écouter ». Anne-Claire et
Céline, appréhendaient aussi les contacts mais elles sont surprises en bien et
disent avoir gagner confiance en elles. Svenja, une jeune volontaire allemande,
se sent utile quand elle voit leur sourire. « Pour aider une personne à
sortir de la rue, un soutien matériel ne suffit pas, explique Stéphane
Lavignotte, directeur de la Maison Verte, il faut multiplier les occasions de
rencontre et de dialogue pour faire bouger les choses. » Fin mars, une
journée de visite est organisée au musée du Louvre pour une quinzaine d’entre
eux, à l’aide des volontaires. Une nouvelle occasion d’échanger et de grandir
de part et d’autres.

VIP ou Volontaires In Paris !
C’est le nom de l’équipe, choisi par les volontaires d’Unis Cité à la Maison Verte. La douzième promotion en Ile de France. Créée en 1995, Unis Cité permet aux jeunes de 18 à 25 ans de consacrer une période de leur vie à mener diverses actions de solidarité et de citoyenneté. Ils réalisent un service civil volontaire, dont le statut a été reconnu par l’Etat. Les VIP (Volontaires In Paris) ont choisi d’être disponibles pendant neuf mois. Ils viennent de tous horizons. La plupart sont étudiants, certain(e)s ont « décroché ». Ils ont en commun le désir de se rendre utile et de vivre une expérience nouvelle qui leur permettra aussi de mieux se connaître. Leur projet a démarré début octobre 2006, alternant formation et actions. Le lundi, journée de sensibilisation à la citoyenneté : visites d’associations, conférences et réflexion sur leurs projet d’avenir. Le reste de la semaine, ils ont deux projets par intermittence pour des durées de six à neuf mois selon les contrats. Au 1er trimestre, ils ont fait de l’accompagnement scolaire et ont créé un petit spectacle pour les enfants. Puis, les mardi et mercredi, ils ont visité des personnes âgées et handicapées. Le reste de la semaine, ils étaient à la Maison Verte.